Saucier + Perrotte, architectes de cirque

Un de perdu et un de retrouvé. La firme québécoise Saucier + Perrotte architectes n'a pas remporté le fabuleux contrat du Musée canadien des droits de la personne, à Winnipeg. Par contre, elle a été sélectionnée par le Cirque du Soleil et Walt Disney pour concevoir un nouveau chapiteau fixe, à Tokyo.

«Réaliser un bâtiment de cirque, c'est une chance extraordinaire pour n'importe quelle firme d'architectes», commente Gilles Saucier, cofondateur de la firme avec André Perrotte. Il rappelle qu'il se construit très, très peu de salles circassiennes et qu'il ne reste presque plus de lieux fixes de l'âge d'or du XIXe siècle.

Le chapiteau en dur de quelque 140 millions sera le deuxième de ce type pour le Cirque du Soleil, le premier se trouvant à Orlando, en Floride. À Las Vegas, la compagnie occupe des salles aménagées pour elle, mais à l'intérieur de grands casinos.

Le cirque de Tokyo accueillera un spectacle original dont le développement débutera dans les prochains mois. M. Saucier refuse de dévoiler le concept en gestation. «Il y a un lien nécessaire à établir entre la forme et le fond, ajoute-t-il tout de même. C'est là que la substance va prendre toute sa force.»

Parler de sa proposition pour le musée de Winnipeg lui pose beaucoup moins de problèmes. L'institution nécessitera environ 240 millions de dollars. Le bureau du Montréalais Dan Hanganu figurait aussi parmi le trio de finalistes. Le jury a finalement retenu le projet de l'architecte américain Antoine Predock, un septuagénaire du Nouveau-Mexique dont ce sera le premier grand chantier. Le musée, financé en partie par la famille du magnat des médias Israël Asper, devrait ouvrir ses portes en 2009 ou en 2010.

«C'est bien dommage que nous ayons raté ce contrat, dit Gilles Saucier. Je pense même que notre proposition était beaucoup plus contemporaine dans sa forme, plus apte à capter l'attention, plus capable de créer une image contemporaine du Canada. Les deux firmes québécoises avaient les compétences et la réputation pour réaliser ce projet. [...] Il y a une tendance à aller chercher du prestige à l'extérieur du pays, alors que les architectes d'ici sont parfaitement à la hauteur. C'est bien simple: on refuse à l'architecture nationale le droit d'inventer que l'on accorde au cirque ou à la danse contemporaine.»

En même temps, on sent bien que Saucier + Perrotte bascule dans la cour mondiale. Le duo a participé l'automne dernier à la Biennale internationale d'architecture de Venise. La firme était finaliste pour le parlement de l'Alaska. Elle a terminé récemment trois gros projets en Ontario: les résidences pour étudiants de New College à Toronto, l'Institut de recherches en physique théorique à Waterloo et le Communication Culture & Information Technology Building (CCIT) à Mississauga.

Certains de ces cas, comme celui du Cirque du Soleil, opposé au contrat perdu de Winnipeg, donnent finalement à l'architecte l'occasion de méditer sur les mérites comparés des concours et des contrats. «Le concours n'est pas nécessairement le meilleur moyen de dessiner un projet, conclut Gilles Saucier. Le client n'est pas devant nous. C'est un moyen convenu, obligatoire. Je préfère de loin la commande directe. Cet autre moyen permet d'approfondir le projet de la bonne manière avec le client plutôt que de l'appâter avec une image plaisante transformée par la suite... »