Cirque - L'air de rien

À l'aide de musiques traditionnelles de la piste, d'un rideau de velours rouge orné de motifs anciens et, surtout, en déployant beaucoup d'invention, ces trois clowns parlants d'origine toulousaine, qui se nomment Dangelo, Jack et Dimitri, arrivent à évoquer, en quelques minutes, l'atmosphère des petits cirques d'autrefois. Leur entrée en scène, un peu longuette quand ils la reprennent, est d'ailleurs constituée d'un résumé en accéléré des principales attractions du chapiteau classique. Ils sont très polyvalents, ils ont de l'humour et ils savent parler le langage circassien composé de gestes autant que de mots, langage que les petits enfants comprennent sans délai — ils le prouvaient par des cris d'oiseaux et des rires sonores le soir de la première.

En plus, ces Acrostiches à bretelles blanches sur costume noir chantent, et fort bien! Après un numéro de main à main exécuté avec des mannequins qui réservent bien des surprises, ils exécutent un numéro de jonglerie qui ne vaut pas seulement par ses prouesses techniques, mais par le fait qu'ils le font en chantant une chanson de leur cru sur le thème «à quoi pensent les jongleurs quand ils jonglent?» L'harmonie des voix est parfaite, les arrangements des trois parties très agréables, de sorte que les oreilles se trouvent aussi réjouies que les yeux.

Après un numéro d'acrobatie parodique nommé Les Girafes siamoises viennent deux numéros tirant leur inspiration de la voltige sur chevaux qui a fait les beaux jours des cirques traditionnels. Sauf que dans le cas des Acrostiches, les trois écuyers exécuteront leurs pirouettes et leurs sauts périlleux sur un chariot de métal relié à un pivot fiché au centre de la piste par un bras de métal et tiré par une bicyclette. Dans un premier temps, la bicyclette est actionnée tour à tour par les trois acrobates; dans un second temps, on installe sur la selle un mannequin animé par un moteur; c'est là que les choses se corsent, que l'adrénaline monte et que le rythme s'accélère jusqu'à nous étourdir. Dangelo, Jack et Dimitri vont bondir sur le dos du «cheval», exécuter des figures de groupe parfaitement synchronisées, multiplier les saltos et les pirouettes, jouer à enjamber le bras horizontal qui tourne à vive allure ou à s'allonger dessous, l'évitant au dernier moment dans un époustouflant ballet. En rappel, ils consentiront généreusement à reprendre les massues pour donner au public l'occasion d'apprécier leur maîtrise de la jonglerie.