Loco Locass au Club Soda - Festif et politique

Ça y est. Enfin, ça y est presque. Pour son concert de «rentrée» hier soir au Club Soda, Loco Locass a fait la preuve qu'il était désormais à classer dans les grandes ligues. Parti en orbite, le groupe n'a jamais permis à son public de toucher le sol, tellement sa charge politique était portée par une verve qui n'est pas que celle des mots. À quelques détails près, les choses ont tourné rondement, la musique, essentiellemt du récent album Amour Oral, et l'énergie y étaient pour beaucoup.

Dès l'ouverture du concert, avec Résistance, le public levait de terre et entonnait les premiers mots d'une longue soirée, touffue et généreuse, faite de missives. Encore une fois, le trio a touché le but qu'il s'était donné, celui d'être manifestif à souhait. Lorsqu'on sait combien le verbe est tonique chez les locass, il fait bon savoir que les amateurs connaissent les textes par coeur et suivent sans broncher.

Biz, Chafiik et Baltam, ce dernier visiblement affecté d'un sale virus, se sont donnés sans compter, et les petites anicroches de la soirée sont sans doute à mettre sur le compte de l'emportement et de la dépense, ce qui vaut mieux que les risques trop calculés. Du côté de l'énergie, Loco Locass n'a rien à envier à personne, d'autant plus que son groupe de musiciens, fort compétent, assure comme pas un. Et chacun, le bassiste tout particulièrement, lui dont l'instrument était mis (trop?) de l'avant par la sonorisation, a su livrer dignement la marchandise.

Après la Bataille des murailles, Groove Grave, Biz et Batlam se sont livrés à un duel symbolique sous des masques de latex à l'effigie de W. Bush et de Ben Laden pour W Roi. Suivait le petit cours d'histoire avant La censure pour l'échafaud, leçon que la foule a écouté religieusement, une rareté à l'époque actuelle où tout le monde ne cesse de jacasser dans les salles de concert. Sans casser le rythme, Biz a raconté l'histoire d'Ezechiel Hart (1770-1845), ce député juif de Trois-Rivières élu en 1807 comme exemple pour prouver que le Québec est tout sauf raciste et fasciste. L'affaire est un brin démago, mais elle vaut mieux que les mensonges des politiciens, ces «lbougons en cravate», dixit Batlam, mis en scène par la commission Gomery.

Loco Locass, en gagnant en confiance, réussit à éviter la linéarité qu'implique les textes parlés plus que chantés. À La censure pour l'échafaud a été greffée une polka enivrante (et un extrait de La Reine, des Cowboys Fringants, un beau clin-d'oeil), le raï avec Karim de Syncop pour Maison et idéal, ou encore les tams-tams de Chaffiik et l'affaire a levé sans faire de surplace.

Avec ces références et la présence fort appréciée des Catburglaz, Loco Locass avait les moyens de défendre sa position, celle d'un Québec souverain pour un pays inclusif. C'est pourquoi on se demande encore, au moment d'introduire, dans W Roi, un segment drum'n'bass, Chaffiik est allé dire que c'était seulement pour Montréal, parce que le genre n'était pas rendu dans les régions, un jugement gros comme le bras. Comme exemple de solidarité, on repassera. Ce faux pas, une maladresse, n'allait toutefois pas gâcher le plaisir, en route vers l'apothéose de Libérez-nous des libéraux.