Aut'Chose au Café Campus - Encore des «ailes à ses bretelles»

«Prends une chance avec moé», a demandé Lucien Francoeur comme au premier jour. Comme sur le 45-tours que j'achetai avec mon argent en 1974. Bien sûr qu'on a embarqué dans son «char de mongol»: hier, et seulement hier, on signait le pacte, on disait oui, vas-y mon Lulu, on voulait bien y croire. Un plein Café Campus ne souhaitait que ça. Se prendre une fois de plus pour Jim Morrison, réquisitionner Rimbaud pour pas cher, refaire de l'oeil à Brigitte Fontaine et à son hymne Comme à la radio, célébrer la mémoire de feu Gilles Rousseau dans la version-hommage d'Aut'Chose aux Hou-Lops de Blue Jeans sur la plage. «La naissance de la tragédie», scandait Francoeur à la fin de la chanson. Eve Cournoyer, invitée parmi tout un tas d'autres invités (Papillon, Michel Faubert, etc.), venait d'évoquer les «frissons nouveaux» des amoureux. Juré craché, j'étais ému.

Par moments, pourtant, je décrochais, rigolais en douce. Francoeur cabotinait comme Francoeur peut cabotiner, envoyant des vannes à gauche et à droite, varlopant le Pape au passage («Le Pape est mort, c't'une affaire de faite...»), poussant comme à l'époque le ridicule à l'extrême des fois que le génie s'y trouverait. Je raccrochais quant il rejouait les chansons d'Aut'Chose qui comptent, Le Freak de Montréal, Bar-B-Q Lady, Chanson d'épouvante, et surtout Ch't'aime pi ch't'en veux: «T'es mon trésor mon or en barres / J'te changerai pas pour un gros char...» Bien dit.

Autour de lui et du guitariste d'origine Jacques Racine, le band assurait puissamment. Avec application et sérieux: ni Vincent Peake (bassiste de Groovy Aardvark), ni Joe Evil (claviériste de Grimskunk), pas plus Michel Langevin que Denis D'Amour de Voivod n'étaient là autrement que par choix. Mieux, ils étaient là par respect. Francoeur, ainsi soutenu, exultait, faisait «son frais», comme il disait. Et pourquoi pas? Sa poésie rock'n'roll avait encore des «ailes a ses bretelles». Hier soir, il n'était pas rongé par son mythe, ni par les boulamites. Le «Batman de l'underground», une fois de plus, avait le verbe pour lui et chantait pour les «voleurs de Corvette» et «ceux qui mangent leurs crottes de nez». Mille fois ça plutôt qu'Offenbach avec Martin Deschamps.