Le Parlement français restitue au public une partie du château de Versailles

Paris — Les députés et sénateurs français renoncent à la vie de château. L'Assemblée nationale française a adopté hier matin une proposition de loi de Jean-Louis Debré qui restitue au public une partie de l'aile du Midi du château de Versailles, jusqu'alors affectée à titre permanent aux deux assemblées pour les réunions du Congrès.

Depuis l'ordonnance du 17 novembre 1958, une partie de cette aile est affectée en permanence à l'Assemblée et au Sénat. Ces locaux recouvrent la bagatelle de 25 000 mètres carrés dont 1000 mètres carrés pour le musée «Les grandes heures du Parlement» créé en 1995. Or le Parlement n'en utilise que le cinquième. Toute une partie du château est donc fermée au public, dont l'immense Galerie des batailles.

Une affectation justifiée par l'histoire: c'est à Versailles que l'Assemblée a vu le jour en juin 1789, c'est là que furent élus les présidents de la République de Jules Grévy à René Coty, et c'est un hémicycle suffisamment grand pour accueillir les 577 députés et 331 sénateurs.

Or, les deux chambres ne s'y réunissent qu'épisodiquement pour entériner les révisions de la Constitution (13 réunions depuis 1958) ou pour certains événements parlementaires (les retrouvailles des députés français et allemands en janvier 2003 par exemple).

Cette proposition de M. Debré suggère d'en finir avec cette affectation permanente pour permettre l'ouverture au public de cette partie du château, qui accueille déjà quatre millions de visiteurs par an. En revanche, le Parlement pourrait utiliser ces locaux gratuitement lorsqu'un Congrès doit être réuni pour réviser la Constitution ou pour d'autres manifestations parlementaires exceptionnelles.

Est-ce là un geste d'agacement après l'émission Le plus grand Français de tous les temps organisée au Sénat et diffusée sur France 2? Malgré les réticences du ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, les députés ont adopté un amendement socialiste qui empêche que l'hémicycle de Versailles soit utilisé à des fins commerciales. Il devra toutefois être approuvé lors de l'examen du texte à la Haute assemblée, à une date encore non fixée.

Plus prosaïquement, cette restitution au public s'explique par une facture d'entretien relativement salée. Les deux assemblées «n'ont pas vocation à gérer un patrimoine historique» et «n'ont pas les moyens d'entretenir comme il le faudrait la totalité des façades, cours et toitures de ces bâtiments», reconnaît Jean-Louis Debré.

Cette restitution constitue «une charge» et nécessitera «des moyens nouveaux», a également reconnu le ministre de la Culture, qui a rappelé que la surface libérée représente «la moitié du musée d'Orsay» ou «l'ensemble de l'aile Richelieu du Musée du Louvre».