Le Tout-Paris sous le chapiteau

Paris — Le jet-set parisien s'était donné rendez-vous sous le chapiteau du Cirque du Soleil hier pour la première de Saltimbanco. Premier spectacle de la multinationale du cirque dans la capitale française depuis 15 ans, Saltimbanco a été créé il y a 12 ans à Montréal. Parmi les grandes capitales du monde, seule Paris lui résistait encore.

Le monde du showbiz s'était mobilisé exactement comme pour la première d'une comédie musicale de Luc Plamondon. On avait mis le paquet, de Catherine Deneuve à Jean-Paul Belmondo en passant par la styliste Sonya Rykiel, le comédien Jean-Pierre Marielle et la journaliste Christine Ockrent. Sans compter Florent Pagny et quelques vedettes italiennes.

Le Québec n'était pas en retrait puisque Garou et Luc Plamondon s'étaient déplacés. Seul le monde politique s'était décommandé pour cause d'enterrement du pape ce matin. Signe qu'on ne rigolait pas avec les paillettes et les décolletés, les hommes en smoking de chaque côté du tapis rouge accueillaient toutes les personnalités en anglais, évidemment!

Le président et fondateur du cirque, Guy Laliberté, est arrivé avec sa tuque habituelle. «Il était temps qu'on arrive à Paris», a-t-il déclaré en guise d'explication pour ces 15 ans d'absence. Pourquoi arriver en France avec un spectacle ancien? «C'est un show âgé mais qui a le coeur jeune», a-t-il dit. Depuis une douzaine d'années, le Cirque du Soleil a toujours abordé les nouveaux marchés avec ce spectacle très accessible. Guy Laliberté ne tient pourtant «rien pour acquis». On sait que le public parisien est difficile et que la France foisonne de troupes de cirque, aussi bien traditionnelles que d'avant-garde.

Fait exceptionnel pour un spectacle de ce genre, les deux bulletins télévisés de TF1 et France 2 ont consacré hier quelques minutes à brosser le portrait de la success story québécoise. Quelques articles élogieux ont déjà paru dans la presse. Le magazine Le Point et le quotidien Libération ont publié de longs reportages sur le phénomène québécois.

Seul Le Figaro a déploré que le Cirque du Soleil arrive à Paris avec un spectacle aussi peu innovateur. «Paris est une ville exigeante qui, sur le plan de l'innovation, en a vu beaucoup. On se demande pourquoi le Cirque du Soleil a choisi d'y amener Saltimbanco. [...] L'emballage a vieilli. Les costumes affichent les couleurs criardes de la variété de ces années-là et la musique ressemble à du sirop pour coiffeur. Il est parfois difficile d'être à la hauteur de sa réputation.»

On saura dans quelques jours si la critique, qui connaît très bien le cirque contemporain, sera conquise. Le public d'hier, lui, ne demandait que ça. Si Saltimbanco ne révolutionne rien dans le domaine des arts du cirque, le spectacle a tout de même gardé une fraîcheur et une joie de vivre qui en ont déjà conquis plusieurs. «Je suis un type sensible et j'ai pleuré», a dit Henri Salvador. Le chanteur a vu tous les spectacles du cirque à Montréal et à Las Vegas. De son appartement du Vieux-Montréal, où il se rend parfois, il voit le chapiteau du cirque.

Même son de cloche du côté de Charles Aznavour, qui a avoué d'emblée aimer tout ce que fait le Québec. «Ce que j'aime, c'est le mouvement, la trouvaille. Tout est mis en valeur. C'est très efficace.»

Saltimbanco est un spectacle hédoniste qui joue beaucoup avec la salle. Même si le public parisien est moins participatif que celui des villes américaines, le côté sensuel du spectacle devrait plaire. Il reste trois mois au Cirque du Soleil pour convaincre Paris.