La Fête nationale façon Cowboys fringants

Les Cowboys fringants s’impliquent de nouveau sur le plan politique. Ils annonçaient hier à La Tulipe, à Montréal, la tenue d’un concert montréalais de la Saint-Jean-Baptiste parallèle à celui du parc Maisonneuve. En organisant ce concert, ils
Photo: Jacques Grenier Les Cowboys fringants s’impliquent de nouveau sur le plan politique. Ils annonçaient hier à La Tulipe, à Montréal, la tenue d’un concert montréalais de la Saint-Jean-Baptiste parallèle à celui du parc Maisonneuve. En organisant ce concert, ils

Les tuiles s'accumulent pour la Fête nationale. Après la menace de déménagement des FrancoFolies de Montréal en juin pour 2006, qui viendrait jouer dans la cour des concerts de la Saint-Jean-Baptiste, Les Cowboys fringants ont annoncé hier leur concert concurrent.

Le gouvernement procède à des réductions, alors les Fringants proposent leur propre fête de la Saint-Jean, au parc Jean-Drapeau, le 24 juin. Le geste est rien d'autre que politique. Le bassiste des Cowboys fringants, Jérôme Dupras, souligne que l'urgence a fait avancer les choses. «Tout le monde s'entend, il y a un mécontentement envers le gouvernement actuel. On a décidé de marquer un grand coup avec la Saint-Jean. C'est pour faire les choses à notre façon, ce n'est pas pour dénigrer les autres Saint-Jean.» Le concert parallèle fonctionnera sans subventions, mais des billets seront vendus, à 25 $ et 30 $ pièce.

Le ministre du Loisir, Jean-Marc Fournier, annonçait il y a deux semaines des compressions de 750 000 $ dans le budget de l'organisation des festivités de la Saint-Jean. Au total, en deux ans, le gouvernement Charest a réduit ces enveloppes de 18 %. Pour les activités tenues à Montréal par la Société Saint-Jean-Baptiste, la diminution du budget représente une compression de 250 000 $, soit 30 % du budget.

Les Cowboys fringants prennent donc le relais. Ils ont invité Loco Locass, Dumas, Stephen Faulkner, Henri Band, Pépé et sa guitare et Vincent Caza dans ce qui ressemble à peu de chose près à un concert d'étoiles de la compagnie de disques La Tribu. Ces groupes défileront de 13h à 23h, entourés par Les Zapartistes qui se chargeront de l'animation. Ces derniers ont d'ailleurs égayé la conférence de presse d'hier, à La Tulipe, à Montréal.

Il était question pour Les Cowboys fringants d'organiser au départ une tournée nationale autour de la chanson d'ici. Mais le projet a pris une tournure inattendue, explique JF Pauzé, des Fringants, «quand on a vu les coupures de budget pour la Saint-Jean-Baptiste et quand on a vu que certains artistes n'étaient pas invités, comme Loco Locass». Selon le guitariste et compositeur, l'initiative est «un pied de nez aux organisateurs de la Fête nationale».

«On remet le mot "national" dans l'expression "Fête nationale", assure Chaffiik de Loco Locass. La fête du parc Maisonneuve aurait pu être la fête de n'importe quoi, de la tourtière, que ç'aurait été pareil. C'est ce qu'on dénonce.» Même s'ils ont vendu 30 000 copies de leur album Amour oral, les Loco Locass n'ont pas reçu d'appel cette année de la grande fête montréalaise, mais ils ont été invités à Drummondville le 23 juin prochain. Au parc Maisonneuve, ils ont été engagés il y a quatre ans, bien avant d'avoir une réelle résonance dans la sphère sociale. Pour Biz, le succès de la fête tient à sa dimension politique. «On a désinvesti le politique de cette fête-là. De plus, aucun des groupes ici n'a été invité au gros party. Alors, on fait quoi? On boude dans son coin ou on s'organise un gros party?» Lorsqu'on leur demande si leur concert pourrait prendre des airs de off-Fête nationale, ils répondent qu'au contraire «le off sera au parc Maisonneuve».

La prise en charge du spectacle officiel par la télévision est aussi critiquable, selon Biz. «On y fait des tounes de télé, dit Biz, qui font bien entre deux pauses publicitaires, qui plaisent à tout le monde et à personne. Si on fait une toune avec Les Cowboys, ce n'est pas parce qu'un régisseur nous aura dit que ce serait le fun de faire une toune de Paul Piché. Ce show, c'est l'affirmation de la création et de la liberté artistique, ce qu'on n'avait plus au parc Maisonneuve.» Cela dit, pour Biz, il s'agit de voir le concert parallèle moins comme une compétition à la fête officielle que comme la diversification de l'offre.

Une ponction aux effets fâcheux

Les réductions annoncées par le gouvernement Charest ont un impact négatif sur la destinée des groupes. Henri Band a déjà joué régulièrement dans la province à l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste. Son chanteur, le coloré Robert Simard, rappelle que cette période de l'année constitue une manne pour les plus petits groupes, avec un foisonnement de concerts, généralement bien rémunérés. Il craint que des groupes comme le sien écopent.

La ponction a aussi des conséquences fâcheuses sur l'organisation des diverses activités. Selon le responsable de la Fête nationale et des communications du Mouvement national des Québécoises et Québécois, Martin Roy, il est prématuré pour les groupes de dire que leurs services n'ont pas été retenus. «On accuse du retard dans tous les aspects de l'organisation de la Fête nationale, parce qu'on craignait des compressions. On faisait face à beaucoup d'incertitudes quant à la hauteur de l'enveloppe qu'on allait recevoir.» Les comités avancent donc un pied sur le frein et les engagements ont tardé à être pris.

Face aux critiques voulant que la Fête nationale soit de moins en moins politisée, Martin Roy rappelle que cette bamboula se veut celle de tous les Québécois et qu'elle doit plaire à l'ensemble des citoyens. «Si on nous reproche d'être la fête de tous les Québécois, je nous en félicite», résume-t-il.

À propos de la démarche des CF et de leurs amis, Roy souligne que l'organisme pour lequel il travaille n'a pas le monopole des spectacles au Québec les 23 et 24 juin et que les citoyens auront la chance de choisir. Le même discours est tenu par Jean Dorion, président de la Société Saint-Jean-Baptiste à Montréal et président du comité de la Fête nationale, qui se dit «ravi que cent fleurs fleurissent», reprenant à son compte l'idée maoïste.

Prenant du recul, Martin Roy soutient que le gouvernement doit continuer à subventionner les activités de la Fête nationale, ne serait-ce que pour en assurer la gratuité. Avec ses réductions, «le gouvernement n'incite-t-il pas à la privatisation de la fête?» La question est effectivement lancée.

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