Il ne vécut pas heureux et n'eut aucun enfant

La notoriété... Une sorcière l'avait bien prédit à Hans Christian, né pourtant sur un pauvre lit de noces bricolé avec les planches, tentures funèbres comprises, d'un catafalque! L'immortalité... Toute une revanche pour un créateur mal dans sa peau parce que pas beau pour deux rixdales, pour un auteur de contes qui n'eut ni enfance, ni enfants.

Jusqu'à l'adolescence, il possède néanmoins un instrument magique, une voix, qui, à défaut de lui valoir la carrière qu'il espère au Théâtre royal, le propulse dans les salons de la noble Copenhague. Au Danemark, les années 1820 correspondent à un âge d'or culturel et les mécènes ne manquent pas pour offrir gîte et instruction à un jeune homme qui souhaite se faire poète. S'il réussit comme digter, c'est toutefois avec ses premiers contes, publiés en 1835, qu'il connaîtra un succès instantané.

Une révolution littéraire

Car Andersen innove en élevant le conte au rang de genre littéraire. Il est aussi le premier auteur à en inventer de nouveaux. (Les frères Grimm, tout comme Charles Perrault, consignaient plutôt les légendes de la tradition orale.) Il écrit avec humour et fantaisie dans une langue imagée que les enfants trouvent accessible et amusante, à contre-courant de ce qu'on estime alors être éducatif, souligne la biographe Jackie Wullschlager.

Mais justement, on se méprend : parce qu'ils donnent dans la satire et la critique sociale, ses 173 contes sont loin d'être exclusivement destinés aux enfants. Comme l'histoire de sa propre vie, d'ailleurs, qu'il n'a de cesse de réécrire pour l'enjoliver même si, pourtant, «il n'y a rien de mal à être né dans une basse-cour lorsqu'on sort d'un oeuf de cygne»...

Cette année, une foule d'activités ont lieu partout au Danemark pour commémorer le bicentenaire de la naissance de l'écrivain.
- Du 15 mai au 30 décembre, le Danish Women's Museum, à Århus, présente une exposition intitulée Women around Hans Christian Andersen. Les femmes autour...Voilà qui est bien dit car, pour l'auteur, les frères de ses amies étaient des objets de désir beaucoup plus grands que celles-ci.

Il n'en demeure pas moins qu'à sa mort, en 1875, on trouva dans une pochette autour de son cou une lettre d'amour qu'une dulcinée lui avait écrite... 45 ans auparavant. Curieusement, cependant, ladite lettre était absolument impeccable, ce qui signifie qu'il n'avait donc pas porté la pochette toutes ces années. Ah, quel incorrigible romantique, cet Andersen ! www.womensmuseum.dk.
- Du 18 au 22 mai, Robert Lepage présente Le Projet Andersen au Théâtre royal danois, à Copenhague.
- Du 15 juin au 31 août, de mardi à vendredi, à Odense, on propose aux visiteurs des promenades guidées dans les rues de la ville natale de l'écrivain (www.visitodense.com). À Copenhague, les samedis et dimanches, on peut aussi marcher dans les pas d'Andersen (www.copenhagen-walkingtours.dk).
- «Voyager, c'est vivre», disait celui qui emportait toujours une corde dans ses bagages. Pourquoi une corde? Mais afin de pouvoir fuir par une fenêtre si toutefois l'auberge où il logeait prenait feu, voyons! À Copenhague, au Statens Museum for Kunst, se tient l'exposition Here in Italy... qui réunit des extraits de lettres et de journaux intimes d'Andersen ainsi que des toiles de peintres danois ayant séjourné, comme l'auteur, en Italie au cours des années 1830 et 1840. www.smk.dk.
- À Copenhague, au 6, Vingårdstraede, on peut visiter l'appartement sous les combles où Andersen a vécu de 1838 à 1847. Ce qui s'appelait l'Hôtel du Nord a donné son nom à ce qui est devenu le Magasin du Nord, qui a fait de la suite un musée.
- Le 71 Nyhavn, à Copenhague, est une adresse à retenir. Aujourd'hui un hôtel, l'imposant édifice en briques rouges tout au bout du canal de Nyhavn (Nouveau Port) était jadis un entrepôt où l'on emmagasinait sel norvégien, épices orientales et denrées exotiques en provenance des quatre coins du monde. Hans Christian Andersen l'a probablement bien connu, lui qui a vécu tout à côté, au no 67, pendant 20 ans. www.71nyhavnhotel.com.

- Hans Christian Andersen - The Life of a Storyteller, de Jackie Wullschlager (Knopf, 2000), est une magnifique biographie du célèbre Danois.

- Renseignements: www.visitdenmark.com/hca2005.