Aya Nakamura fait «bang!», mais avec douceur

La chanteuse Aya Nakamura
Photo: Baptiste Gouzy La chanteuse Aya Nakamura

C’est l’événement de la rentrée musicale en France, peut-être même de l’année, et tant pis pour ses détracteurs : aujourd’hui paraît DNK, quatrième album d’Aya Nakamura, la plus grande pop star de la francophonie, que l’on verra pour la première fois sur une scène montréalaise le 4 août prochain, à l’affiche du festival Osheaga. Six ans après être apparue dans les palmarès, cinq ans après le fulgurant succès de sa chanson Djadja — 900 millions de visionnements sur YouTube ! —, l’autrice-compositrice-interprète malienne consolide son succès avec un album sensuel, assuré, à la facture musicale astucieusement prudente.

Vendredi dernier, le quotidien Le Monde lançait son édition du Magazine M avec Nakamura à la une — avec deux pages couvertures différentes, s’il vous plaît. Incomprise et raillée à ses débuts, en raison notamment de son vocabulaire, de ce mélange d’expressions africaines et parisiennes, de sa verve héritée de la commune Seine–Saint-Denis où elle a grandi, Aya Nakamura est aujourd’hui devenue une incontournable force de la scène musicale française… et la source d’innombrables sujets pour la presse people, qui se régale ces jours-ci du procès l’opposant à son ancien copain (et réalisateur).

À cet égard, celle qui se fait appeler La Nakamurance avait laissé entendre que DNK serait l’album de l’intimité dévoilée — le titre fait référence à son véritable nom de famille, Danioko. En filigrane, peut-être, mais en profondeur, pas vraiment, ses textes demeurant en surface des choses amoureuses, quoique senties. C’est l’ambiance générale de l’album qui la révèle le mieux : coulant, mature, affirmé, et respectueux des musiques populaires d’Afrique avec lesquelles elle a grandi.

Mêlant le rythme zouk (rappelant celui du house, mais plus lent, et encore plus ici sur DNK) aux influences R&B et pop, Nakamura fait son lit sur le premier tiers de l’album. Parcimonieusement rythmée sur Corazon en ouverture, plus épicée sur l’entêtante Baby (« Il veut câlins partout partout /Veut cher-tou [toucher] partout partout / Affection et tout et tout », un refrain pur nakamurance), typiquement zouk sur la cadence Daddy, duo avec le rappeur aux racines congolaises SDM, qu’on verra au Club Soda le 25 mars prochain.

Tout ce premier tiers, collaboration avec le Portoricain Myke Towers comprise (la chanson T’as peur), coule de la même eau calme, les grooves comme de petites vagues berçantes, sa voix un peu trop imbibée d’autotune, pour rester dans le thème aquatique. Ça marche, ça s’écoute tout seul. Consensuel ? Complètement. Comme si le succès de la ritournelle afropop Plus jamais de 2020 avec le Britannique Stormzy, de l’album précédent AYA (un album nettement plus sulfureux), avait guidé la direction musicale de DNK.

L’intention est pourtant claire : faire des rythmes populaires d’Afrique de l’Ouest la nouvelle variété francophone grand public. Ces dernières années, la scène musicale du Nigeria a imposé sur la planète pop sa nouvelle formule afrobeat, fortement inspirée par le dancehall jamaïcain ; en optant pour des productions musicales simples, accessibles. Mais, tributaire de sa région d’origine, Aya Nakamura (née à Bamako) propose sa propre lecture, sa propre saveur, de la pop africaine. Un peu édulcorée, certes, adaptée aux radios occidentales, mais infectieuse.

Au milieu de l’album, Nakamura fait grimper la température avec Belleck, sur une rythmique vaguement influencée par le trap, sa prosodie devenant plus punchée. Suit l’accrocheuse Cadeau, collaboration avec le jeune rappeur et chanteur Tiakola, avant la ballade dépouillée J’ai mal, sa voix s’accompagnant simplement d’accords de guitare. On découvrira deux nouvelles bombes dans la dernière portion de l’album : Le goût et son impeccable refrain, et le lent groove pop-zouk Chacun, en duo avec la chanteuse Kim.

DNK a les allures de l’album d’une artiste qui n’a désormais plus rien à prouver. Si on lui reproche un manque d’audace (cette même audace qui agaçait tant à ses débuts !), il faudra du même souffle reconnaître l’efficacité de sa formule et l’image renouvelée de la musicienne, son assurance tranquille, son sens de la formule et son impressionnante maturité artistique, atteinte à 27 ans seulement.

DNK

Aya Nakamura, Rec. 118/Warner

À voir en vidéo