«L'involution»: dans l’esprit sinueux de Maude Landry

Maude Landry présentait la première montréalaise de son spectacle mardi soir au Gesù.
Éric Myre Maude Landry présentait la première montréalaise de son spectacle mardi soir au Gesù.

Alors que la plupart de ses contemporains se préoccupent d’évolution et de progrès, d’expansion et de croissance, Maude Landry est engagée dans un processus d’involution, d’où le titre de son premier spectacle solo, qui connaissait sa première montréalaise mardi soir au Gesù. Avec beaucoup d’habileté, l’humoriste de 31 ans, lauréate de l’Oliver de la découverte de l’année en 2018, entraîne son public dans une folle introspection, un savant délire, une irrésistible incursion dans les dédales de sa pensée galopante.

Pas question pour Maude Landry de débarquer en rock star. Pas question de sautiller dans les faisceaux de lumière comme une boxeuse sur le point de livrer un match décisif. Pas question de se laisser imposer le rythme effréné de son milieu ou de son époque. Avec cette nonchalance dont elle a le secret, elle donne dès son entrée en scène le ton du spectacle : montée sur une planche à roulettes, un casque sur la tête — on n’est jamais trop prudent —, elle traverse lentement, très lentement, un plateau jonché de vieilles lampes et de plantes en plastique. C’est parti pour un tour de manège dans l’esprit sinueux d’une femme qui pose sur elle et sur le monde qui l’entoure un regard singulier et désopilant.

Plusieurs registres se croisent dans le stand-up de Maude Landry. À commencer par de nombreuses observations astucieuses, des constats qui prennent très souvent une forme interrogative. Impossible alors de ne pas penser à Pierre Légaré ou à André Sauvé. Mais les réflexions philosophiques de Landry ont cela de spécifique qu’elles sont le plus souvent rattachées à son histoire personnelle, à ses déboires avec la santé mentale, le patriarcat ou l’insomnie. Mine de rien, il est question des diktats de la beauté, des affres de la séduction et de la tyrannie du succès, en somme d’une cohabitation quasi perpétuelle avec l’humiliation et l’anxiété.

Mais n’allez surtout pas croire que la soirée est astreignante, loin de là. En guise de contrepoint à ses quelques constats alarmants, l’humoriste déverse un fleuve de divagations toutes plus rigolotes les unes que les autres. Lancée dans un prodigieux coq à l’âne, Landry élabore des théories aussi fumeuses que captivantes à propos de la vie animale et de ce que l’humain aurait à y apprendre. Chiens, chats, dauphins et mouffettes ne sont que quelques-uns des membres de l’impressionnante ménagerie qu’elle convie sur scène. Véritable tube en devenir, la chanson consacrée à la « conne Licorne sans corne » est un pur délice, un sommet dans ce registre absurde au sein duquel l’humoriste évolue comme un poisson dans l’eau.

Indéniablement, Maude Landry pratique ce qu’il est convenu d’appeler un humour intelligent. Intelligent parce qu’il est pétri de doutes et de questions, parce qu’il est irrigué par l’indignation et l’insoumission, mais surtout parce qu’il laisse entrevoir l’apport non négligeable de chaque réflexion individuelle dans la transformation collective qui s’impose.

L’involution

De Maude Landry. Une production du Groupe Phaneuf. Au Lion d’Or les 9, 14, 15 et 21 février. Au Grand Théâtre de Québec le 22 février. En tournée à travers le Québec jusqu’en décembre.

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