Le Québec fait sa place à Angoulême

Thomas Louis-Côté, directeur général de Québec BD
Photo: Guillaume D. Cyr Thomas Louis-Côté, directeur général de Québec BD

Le plus important festival de bande dessinée francophone au monde débutera jeudi à Angoulême, dans la partie sud-ouest de la France, et il mettra à l’honneur le Québec et sa capitale nationale en leur consacrant une partie de son espace et de sa programmation ; toute une fierté si l’on considère que l’événement — qui est à la bédé ce que Cannes est au cinéma — célèbre cette année son cinquantième anniversaire.

Un anniversaire marqué, d’ailleurs, par la controverse puisqu’une exposition consacrée à l’auteur Bastien Vivès, qui devait être présentée durant le Festival, a dû être annulée, l’auteur ayant été accusé de faire la promotion de l’inceste et de la pédophilie dans certains de ses albums.

Et si on a aussi accusé, en 2016, le festival de faire preuve de sexisme (aucune femme ne faisait partie de la sélection officielle), on s’est repris l’année dernière en soulignant l’oeuvre de l’autrice québécoise Julie Doucet, qui est devenue ainsi la première Canadienne, et seulement la troisième femme, à recevoir le Grand Prix d’Angoulême, un honneur salué et mérité.

D’ailleurs, Doucet signe l’une des trois affiches officielles du festival cette année, les deux autres ayant été conçues par le Français Riad Sattouf et le Japonais Hajime Isayama.

« Un alignement des astres »

La consécration de Julie Doucet est en partie ce qui explique la présence du Québec au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, mais ce n’est pas le seul facteur selon Thomas-Louis Côté, directeur général de Québec BD, un organisme basé à Québec voué à la promotion du 9e art d’ici. « Ce n’est pas la première fois que le Québec est mis à l’honneur au festival d’Angoulême. Il l’a été en 2000 et aussi durant les années 1980. Mais, pour cette année, c’est vraiment un alignement des astres qui permet cette présence. Il y a la vitalité actuelle de notre bande dessinée, qui fait en sorte que les éditeurs sont de plus en plus tentés de distribuer ce qui est créé ici vers l’Europe. »

Reste que la consécration de Julie Doucet y est, de son propre aveu, évidemment pour quelque chose, tout comme le fait, dit-il, « que l’on trouve de plus en plus d’albums québécois nommés pour différents prix, ce qui était un phénomène rare, avant ».

C’est vraiment un alignement des astres qui permet cette présence.

Effectivement, si on analyse la liste des nominations, on remarque que l’album Poisson à pattes (Pow Pow), de Blonk, est nommé pour deux prix, soit dans la Sélection officielle et dans la catégorie Sélection Fauve des lycéens. L’autrice de l’album jeunesse Félixe et la maison qui marchait la nuit (La Ville brûle), Sophie Bédard, se retrouve dans la catégorie Sélection jeunesse et, finalement, les éditions de la Pastèque sont nommées pour l’album La petite évasion des autrices européennes Marzena Sowa et Dorothée de Monfreid.

En outre, l’auteur franco-québécois Jean-Louis Tripp recevra, en marge du festival, le Prix du Jury des BDGest’Arts, remis par le site BDGest, pour son album Le petit frère (Casterman). Sans compter qu’Anne-Marie Saint-Cerny et Christian Quesnel présideront le jury de l’Éco-Fauve Raja, prix qu’ils ont remporté l’an dernier pour Mégantic. Un train dans la nuit (Écosociété).

L’âge de la maturité pour la bédé québécoise

En tout, une trentaine d’auteurs d’ici seront présents à Angoulême, en plus de la présentation de projets comme PopUp Limoilou, une expérience en réalité virtuelle sur ce quartier populaire de Québec.

Toujours selon Thomas-Louis Côté, ce n’est pas pour rien que le Québec fait aussi belle figure cette année. Il estime que le marché de la bande dessinée québécois a atteint une certaine maturité, grâce entre autres aux maisons d’édition consacrées au genre qui sont apparues depuis une vingtaine d’années. « Mécanique générale, La Pastèque, Nouvelle adresse/Front Froid, par exemple, qui sont nées au début des années 2000, ont fait en sorte d’amener plus d’auteurs à s’intéresser à la bande dessinée. Ce qui a mené à une plus grande présence médiatique. On a vu d’autres maisons d’édition se consacrer au genre, par la suite. »

Il ajoute que le fait que Michel Rabagliati, auteur de la série Paul, ait été nommé chevalier de l’Ordre des arts et des lettres en France, l’année dernière, a fait en sorte qu’on parle davantage de bande dessinée au Québec. « C’est une roue qui tourne. » Il ne reste plus qu’à espérer, maintenant, que cette belle tendance se maintiendra.

À voir en vidéo