Monique Proulx remporte le Prix des cinq continents de la francophonie

« Mon français est assez audacieux, voire carrément délinquant par moments, c’est d’autant plus un bel honneur », avoue l’autrice québécoise.
Marie-France Coallier Le Devoir « Mon français est assez audacieux, voire carrément délinquant par moments, c’est d’autant plus un bel honneur », avoue l’autrice québécoise.

« Le Prix des cinq continents 2022 a été décerné à la Canadienne Monique Proulx pour son très singulier, poétique et original roman Enlève la nuit », a déclaré Paula Jacques, présidente du jury du prestigieux prix.

Mme Jacques était réunie vendredi avec les membres du jury, au siège de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui chapeaute le prix, afin de dévoiler le nom de la gagnante. Monique Proulx recevra ensuite son prix, accompagné d’une bourse de 15 000 euros (plus de 20 000 dollars), en marge de la Journée internationale de la Francophonie, en mars.

« J’ai éclaté de rire, j’étais très contente d’apprendre cette belle nouvelle, raconte l’écrivaine. Il y avait dix finalistes, alors je n’y pensais pas du tout, même si j’aime beaucoup ce livre. Je crois que les arts peuvent sauver le monde, et en l’écrivant, une puissance m’a traversée. J’ai voulu la transmettre comme un don. »

Huitième livre (et sixième roman) de l’artiste québécoise de 71 ans, Enlève la nuit raconte l’histoire d’émancipation de Markus Kohen, un juif hassidique qui, au début de la vingtaine, quitte sa communauté pour voler de ses propres ailes dans une métropole nord-américaine fictive.

« Les mots ont une profondeur inattendue, les situations sont vécues à hauteur “d’homme sans rien”, a noté le jury, par voie de communiqué. Du chagrin, du désir, de la naïveté, de la lumière et de l’espoir : tout y est pour chanter le roman d’une époque. »

Une langue « audacieuse »

Mme Proulx précise que le prix lui semble « particulièrement stimulant », puisque le jury est composé de ressortissants de plusieurs régions du monde. « Mon français est assez audacieux, voire carrément délinquant par moments, c’est d’autant plus un bel honneur. »

C’est d’ailleurs l’ancienne rédactrice en chef et directrice du Devoir, Lise Bissonnette, qui représentait le Québec au sein du jury cette année.

« En écrivant, j’ai beaucoup pensé à mon mentor Réjean Ducharme, raconte Mme Proulx. Sans nécessairement revendiquer une langue foncièrement québécoise, il exploitait le privilège qu’on a de vivre dans ce coin de pays où on ouvre la langue à un maximum de possibilités, où on peut intégrer des néologismes et des imperfections calculées. »

Créé par l’OIF en 2001, le Prix des cinq continents « met en lumière des talents littéraires qui reflètent l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents et les promeut sur la scène internationale », indique l’organisation.

En plus de recevoir une bourse, Mme Proulx sera accompagnée par l’OIF pour promouvoir son oeuvre littéraire tout au long de l’année. L’auteur franco-algérien Yahia Belaskri a également obtenu une mention spéciale du jury, accompagnée d’une bourse de 5000 euros.

Romancière, nouvelliste et scénariste, Monique Proulx a déjà remporté le Prix des libraires du Québec et le prix Québec-Paris pour son roman Homme invisible à la fenêtre (1993), adapté au cinéma en 1999 par le regretté Jean Beaudin (Souvenirs intimes). Son roman précédent, Le sexe des étoiles (1987), a également fait l’objet en 1993 d’une adaptation cinématographique du même nom par Paule Baillargeon. Ce film a été en lice aux Oscar et aux Golden Globe Awards.

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