L'Ukraine, un pays mobilisé pour sa culture

Un jeune ukrainien est évacué de la région de Donetsk le 30 novembre 2022.
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Un jeune ukrainien est évacué de la région de Donetsk le 30 novembre 2022.

Fin février 2022, à peine une semaine après le déclenchement de la guerre, les images d’un musée ukrainien bombardé par l’armée russe enflamment les réseaux sociaux. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères déclare que « près de 25 toiles de l’artiste exceptionnelle Maria Primatchenko », dont l’art naïf a inspiré Chagall et Picasso, ont brûlé dans cette attaque délibérée du musée d’histoire locale d’Ivankiv, près de Kiev.

Des images satellites ont permis de confirmer que les frappes russes visaient précisément l’institution. Une gouache de Maria Primatchenko — éminente peintre moderniste ukrainienne — représentant une colombe est ensuite devenue un puissant symbole pour la paix. L’Ukraine s’est ainsi tournée vers son patrimoine culturel pour surmonter la guerre, alors que Vladimir Poutine a tenté de convaincre le monde qu’elle forme « un peuple unique » avec la Russie.

« En cette période de crise, les Ukrainiens ont besoin de leurs habitudes, de leurs pratiques et de leurs traditions. Ils doivent pouvoir reconnaître leurs racines pour garder le moral », explique Krista Pikkat, responsable du service Culture et Situations d’urgence de l’UNESCO, en entrevue avec Le Devoir.

Le patrimoine endommagé

Mme Pikkat rappelle toutefois que la culture ukrainienne court de « graves dangers » depuis le début de l’invasion. Elle a dirigé, en juillet dernier, une mission pour évaluer les répercussions de la guerre sur le secteur culturel. L’UNESCO a répertorié, à ce jour, 227 sites culturels et 2827 établissements d’enseignement endommagés. La situation « risque encore de s’aggraver », déclarait Mme Pikkat, en conférence de presse, au retour de sa mission.

L’avenir lui a donné raison. Fin novembre, lorsque les autorités ukrainiennes ont repris le contrôle de Kherson après plus de six mois de siège russe, ils ont découvert que le musée d’art de la ville avait été pillé. « [Les Russes] ont pris presque 80 % de la collection du musée et une grande partie de la collection d’un autre musée — les peintures les plus chères, les pièces de collection », s’est indigné le ministre ukrainien de la Culture, Oleksandr Tkachenko.

Des « efforts remarquables »

L’UNESCO travaille désormais de concert avec le gouvernement ukrainien et des organisations non gouvernementales afin de préserver le patrimoine culturel du pays. Dès les premiers jours de l’invasion, les autorités locales ont déployé « des efforts remarquables » pour protéger les églises, les musées et les monuments, « surtout à Lviv », précise Krista Pikkat.

Plus grande ville de l’ouest du pays, loin du front, Lviv s’est imposée comme l’un des principaux bastions de la culture ukrainienne. Des sacs de sable entourent toujours les monuments de la ville afin de les protéger des bombardements. Des bâches et des plaques de tôle recouvrent encore les fenêtres de certaines églises. Des musées, dont le Musée national de Lviv, ont aussi été vidés par mesure préventive.

Mme Pikkat ajoute que le « patrimoine non tangible » ukrainien fait également l’objet d’importantes mesures de conservation. « La première dame d’Ukraine m’a indiqué à quel point elle avait été touchée que l’UNESCO ajoute le bortsch ukrainien à sa liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente », raconte-t-elle, à titre d’exemple.

La guerre n’étant pas terminée, l’Ukraine tente toujours, par tous les moyens, de protéger sa culture. Le centre historique d’Odessa — grande ville maintes fois bombardée —, célèbre pour son escalier du Potemkine, pourrait d’ailleurs être ajouté à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, « dès 2023 », indique Mme Pikkat. Sept sites ukrainiens y sont inscrits à l’heure actuelle.

Les artistes dans la tourmente

Tout comme les sportifs, les artistes russes ont fait l’objet de houleux débats cette année, ici comme ailleurs. On s’est demandé s’il fallait les bannir de toutes les plateformes. Rappelons l’annulation du concert du pianiste Alexander Malofeev à l’Orchestre symphonique de Montréal, en mars dernier, qui n’a pas fait l’unanimité.

Chez eux, les Ukrainiens ont instauré un véritable boycottage. Une loi approuvée par le Parlement ukrainien en juin a notamment interdit la diffusion de certaines pièces musicales russes à la télévision et à la radio, ainsi que dans les écoles et les transports publics. « La culture russe est une composante de la machine de propagande russe », a déclaré le ministre ukrainien de la Culture, Oleksandr Tkachenko, plus tôt ce mois-ci.



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