Il «est temps de progresser» en diversité au MBAC

La directrice par intérim du Musée des beaux-arts du Canada, Angela Cassie
MBAC La directrice par intérim du Musée des beaux-arts du Canada, Angela Cassie

Angela Cassie est la directrice par intérim du MBAC depuis le 10 juillet dernier, à la suite de la démission de Sasha Suda, restée en poste trois ans seulement. Mme Cassie était jusque-là vice-présidente à la transformation stratégique et à l’inclusion. À ce titre, elle a contribué à implanter le nouveau Plan stratégique du musée axé sur d’avantage d’inclusion et d’équité, y compris dans les processus d’embauche, l’acquisition d’oeuvres, l’organisation des expositions et l’accueil du public. Elle est la premier directrice afro-canadienne de l’établissement.

Comment réagissez-vous aux nombreuses critiques de la part des employés, des ex-employés et même de l’ancien directeur du musée, Marc Mayer, qui a parlé d’une « tragédie culturelle canadienne d’envergure » concernant la crise récente du musée ?

Je ne veux pas aborder les attaques personnelles. Je veux plutôt parler des principes et des valeurs qui incluent le respect des individus et accueillent des dialogues ouverts.

 

Combien de personnes ont été congédiées sous Mme Suda ou sous votre direction ? On entend parler de 20 à 30 postes éliminés. C’est juste ?

Je ne peux pas parler de cas précis des ressources humaines. Mais je peux dire que, oui, nous sommes en voie de transformation et que cette transformation nous demande de nouvelles capacités. Nous sommes en train, avec un plan stratégique clair, de faire progresser l’organisme pour créer des expériences transformatrices avec l’art.

Comment justifiez-vous le congédiement de Greg A. Hill, premier conservateur de l’art autochtone, qui se dit pourtant très en phase avec les objectifs de décolonisation du musée ?

Je ne peux pas parler des détails de son cas. Avec le nouveau département Voie Autochtones et diversité, nous voulons soutenir la souveraineté des peuples autochtones et leurs voix dans l’organisme. Nous avons établi une équipe qui dirige ces efforts y compris dans l’équipe de conservation et pour accompagner la haute direction. Il n’y a pas de département semblable dans d’autres musées, c’est un investissement important et une priorité pour nous.

Comment est le climat de travail ?

Je parle à beaucoup d’employés à tous les jours. Nous avons fait des changements dans quelques départements dans les derniers mois et années. Le résultat montre que les équipes sont plus engagées, avec un impact important sur le moral et la fierté de travailler au musée. L’impact est positif. Notre personnel est dévoué, des individus continuent de contribuer à un niveau professionnel très élevé parce qu’ils ont à coeur de transformer le musée. Nous sommes extrêmement reconnaissants de ce professionnalisme.

Comment allez-vous apaiser les tensions ?

Je reconnais la très riche histoire du musée et j’ai aussi entendu beaucoup d’appels pour la modernisation et la transformation de l’organisme. Il y a beaucoup de voix qui, depuis très longtemps, sont absentes dans nos bureaux et sur nos murs. On entend depuis plusieurs années qu’il n’y a pas assez de femmes artistes dans nos expositions, qu’on n’a pas assez fait pour représenter les artistes noirs et racisées. C’est justement ce travail que nous sommes en train de faire pour être à la hauteur de cette mission. Notre fondation est très solide, mais il est temps de progresser.

Le plan stratégique, au coeur de cette transformation, a-t-il été commandé par le ministère du Patrimoine ?

Il n’a pas été commandé par le ministère. Le conseil d’administration et le musée sont responsables du plan stratégique. Ils ont reconnu le besoin d’une transformation pour plus d’accessibilité, plus d’ouverture, plus d’innovation y compris numérique. Le plan stratégique permet d’articuler ces objectifs et de mesurer nos progrès par rapport à la collection et aux expositions.

Est-ce vrai que la direction du musée a songé à ne plus présenter la rétrospective Riopelle prévue dans un an parce que cet artiste, mâle et blanc, à l’ancienne, ne cadre pas dans les nouveaux objectifs diversitaires ?

Nous sommes très fiers de présenter une exposition de Jean-Paul Riopelle. Pour nous ce n’est pas à l’exclusion des voix présentes dans nos expositions. Nous ne sommes pas en train de retirer des perspectives : nous en ajoutons. Nous agrandissons l’espace au profit de tout et de toutes. Nous avons très hâte d’inaugurer cette exposition Riopelle en octobre 2023.

Voulez-vous devenir directrice en titre du musée ?

Pour l’instant, je suis contente d’assurer l’intérim et je suis reconnaissante de la confiance du conseil d’administration.

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