«Jamais Lu Québec»: nouvelle génération

Marcelle Dubois, Marie-Ève Lussier Gariépy et Marianne Marceau à la conférence de presse pour le festival Jamais Lu Québec, le 3 novembre dernier
Llamaryon Marcelle Dubois, Marie-Ève Lussier Gariépy et Marianne Marceau à la conférence de presse pour le festival Jamais Lu Québec, le 3 novembre dernier

Transition et continuité marquent cette année le Jamais Lu Québec. Continuité, quand cette 11e édition du festival reprend tous les éléments de sa formule habituelle ; Marianne Marceau, qui occupait la direction artistique depuis 2015, cède toutefois les rênes à l’autrice et comédienne Marie-Ève Lussier-Gariépy.

Pour cette présente édition, qui se fera dans une direction commune, les deux femmes ont retenu le thème Révolution tendresse. Le festival, après plus de deux ans d’une pandémie qui a coupé court à tout élan collectif, souhaite ainsi annoncer un retour du mouvement.

Les différents textes présentés dans le cadre du Jamais Lu se rejoignent ainsi dans une même recherche de communauté, avance Marianne Marceau (Un ennemi du peuple, Christine, la reine-garçon), « un même appel commun ». Le besoin de proximité y était assumé : à leur façon, ces textes réalisaient tous « le tour de force de faire oeuvre de bonté », complète Marie-Ève Lussier-Gariépy (Titre(s) de travail, .ES), qui prendra seule à partir de l’année prochaine les rênes de ce festival qui a pour but de nourrir la vitalité théâtrale à Québec.

De mère en fille

Par-delà la passation de la direction artistique, la continuité sera cependant de mise. Entre lectures d’inédits, classe de maître et ambiance festive, les principaux éléments du festival Jamais Lu sont au rendez-vous pour une édition qui, toujours au Périscope, se tiendra cette année sur quatre jours, du 30 novembre au 3 décembre.

L’une des activités traditionnelles du festival, l’Accélérateur de particules, présentera cinq récits en chantier. Ces extraits de vingt minutes permettront d’entendre notamment Je ne comprends pas ma langue maternelle, un premier texte de Miryam Amrouche ancré dans son vécu.

Née d’un père algérien et, surtout, d’une mère russe qui a fait le choix de ne pas lui transmettre sa propre langue, la diplômée de la dernière promotion du Conservatoire d’art dramatique de Québec évoque la singularité d’une fille et de sa mère qui ont pu apprendre le français « en même temps »… dans un contexte bien différent toutefois : l’une comme langue seconde, l’autre comme langue première.

Monté en une série de flashs, son texte cherchera à combiner les registres d’expression : le français langue première, le français langue seconde, le français Google Translate — mais la musique et la poésie en renfort, également. Si la langue façonne nos identités, elle nourrit parfois aussi la distance qui peut s’installer entre deux générations, alors que les migrations se multiplient sur le globe.

La paternité en tête

Kilonova, l’un des deux textes présentés en lecture intégrale cette année, marquera par ailleurs le retour à l’écriture du comédien et auteur Nicola-Frank Vachon — qui nous avait donné Hypo (Dramaturges Éditeurs, à paraître dans une version bédé), créée à Premier Acte en 2017 et reprise ensuite.

Le succès de cette dernière pièce, qui a « quand même bien fonctionné », admet le principal intéressé, a d’ailleurs contribué au temps de gestation de ce nouveau projet, autour du duo formé d’un prisonnier et d’une danseuse, style cam-girl : « Comment réapprend-on à vivre après trente ans en prison ? Mais aussi, comment tisse-t-on des liens avec une personne qu’on n’a jamais connue… et qui dit être notre fille ? »

Cette proposition, servie ici dans une mise en lecture pour sept comédiens pilotée par Maryse Lapierre, aura puisé inconsciemment à l’amour d’un père pour ses enfants : « Juste le fait de m’imaginer qu’ils disparaissent, j’en suis incapable : un vide, un trou comme ça… C’est pas mal le moteur du texte. Mais ça, je l’ai réalisé après coup. À quel point, quand tu deviens parent, ton coeur ne t’appartient plus. Ton rapport à la vie change… »

Festival Jamais Lu Québec

Au théâtre Périscope, du 30 novembre au 3 décembre

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