Le tchaï, le raï et la baguette de pain bientôt inscrits au patrimoine immatériel de l’humanité?

Un chef étudie des baguettes présentées pour un concours à Paris, en 2016. L’UNESCO pourrait reconnaître mardi que « les savoir-faire artisanaux et la culture de la baguette » font partie du patrimoine immatériel de l’humanité.
François Guillot Agence France-Presse Un chef étudie des baguettes présentées pour un concours à Paris, en 2016. L’UNESCO pourrait reconnaître mardi que « les savoir-faire artisanaux et la culture de la baguette » font partie du patrimoine immatériel de l’humanité.

La baguette française, le raï algérien, la « slivo » serbe ou encore la harissa tunisienne : l’UNESCO examine à partir de lundi à Rabat les candidatures d’inscription aux listes du patrimoine immatériel de l’humanité.

Présidé par le Maroc, le Comité du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco examinera de lundi à samedi 56 demandes d’inscription, dont quatre nécessitant une sauvegarde urgente, comme l’art de la poterie au peuple Cham au Vietnam, a précisé l’organisation.

C’est la première fois qu’il se retrouve en présentiel après deux sessions annuelles successives (2020 et 2021) tenues en ligne en raison de la pandémie de COVID-19.

Les résultats seront publiés sur les comptes Twitter de l’UNESCO à partir de mardi après-midi.

Parmi les dossiers les plus en vue : la baguette de pain (France), le chant populaire raï (Algérie), les fêtes foraines (France et Belgique), la culture du « tchaï / thé » (Azerbaïdjan et la Turquie), les techniques traditionnelles de transformation du thé (Chine), le rubab, luth d’Asie centrale (Iran / Tadjikistan / Afghanistan), la slivovitz, l’alcool de prune de Serbie, le rhum léger (Cuba), ou encore le savoir-faire et les pratiques culinaires autour de la harissa, le condiment traditionnel tunisien.

Afin d’éviter les controverses, l’UNESCO honore avant tout des traditions, des pratiques et des savoir-faire à sauvegarder.

Aussi elle ne reconnaîtra pas que la baguette de pain appartient au patrimoine mondial immatériel, mais que « les savoir-faire artisanaux et la culture de la baguette » en font partie.

C’est le savoir-faire des maîtres du rhum léger à Cuba qui sera considéré, et non le spiritueux.

Quant au raï algérien, il ne sera pas intégré sur la liste comme musique mais en tant que tradition entourant ce genre musical.

 

« C’est du patrimoine vivant. La grande différence entre cette liste du patrimoine immatériel et la liste du patrimoine (matériel) mondial, c’est qu’ici ce sont des communautés qui sont représentées et qui sont les protagonistes de cette sauvegarde », a expliqué à l’AFP Ernesto Ottone, sous-directeur général pour la culture de l’UNESCO.

Ainsi un patrimoine immatériel peut-être partagé entre plusieurs pays, comme en 2020 l’inscription du couscous avait été le résultat d’une candidature conjointe de quatre pays d’Afrique du Nord : l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie.

L’ambassadeur du Maroc auprès de l’UNESCO, Samir Addahre, a regretté de « ne pas avoir pu présenter un dossier commun » avec l’Algérie pour le raï, en raison de la rupture des relations diplomatiques entre les deux voisins, mais il a dit espérer d’autres candidatures communes « quand les circonstances s’amélioreront un jour ».

Adoptée en octobre 2003 et ratifiée par 180 pays, la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel promeut la sauvegarde des connaissances et savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel.

Outil de la diplomatie culturelle, elle récompense également des « pratiques culturelles transmises de génération en génération, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs ou encore les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ».

La liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité compte aujourd’hui 530 éléments inscrits, dont 72 nécessitent une sauvegarde urgente.

À voir en vidéo