Sortir de sa zone de confort, façon Tranna Wintour

L’humoriste Tranna Wintour
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’humoriste Tranna Wintour

L’ascension de Tranna Wintour est un exemple édifiant du dépassement de soi. Depuis sa sortie de la téléréalité Big Brother Célébrités au printemps dernier, l’humoriste et animatrice s’est taillé une place de choix dans le star-système québécois. Après avoir écumé les scènes des festivals ces derniers mois, elle présentera vendredi sa première performance solo de l’année.

« En général, je ne suis pas du genre à me lancer dans des situations qui me sortent de ma zone de confort. J’y suis même très attachée, admet Tranna Wintour au Devoir. Mais 9 fois sur 10, ça en vaut la peine. »

Le jeu en a valu la chandelle avec Big Brother, où elle a été exposée au grand public en étant filmée 24 heures sur 24. « Ce n’était pas quelque chose que je rêvais de faire. Au contraire, le principe même de Big Brother est sincèrement mon plus grand cauchemar. Ça m’a vraiment poussée hors de mes limites. »

Tranna Wintour ne cache pas qu’elle y participait d’abord et avant tout pour donner un élan à sa carrière et pour gagner en visibilité. C’est mission accomplie. En plus d’animer son propre gala dans le cadre du Dr. Mobilo Aquafest, un festival montréalais qui met en avant des concepts originaux, l’humoriste anglophone qui fait carrière depuis peu dans sa langue seconde est montée sur les planches cette année à Juste pour rire, Just for Laughs et ComédiHa !, en plus de performer lors de divers événements.

Improviser son chemin

Pour la première fois depuis que le public francophone l’a découverte, elle présentera un solo vendredi lors d’un spectacle entièrement improvisé. Une autre façon de se dépasser. D’autant plus que 3600 Seconds: An Improvised Hour avec Tranna Wintour sera sa toute première performance bilingue.

Difficile d’en savoir davantage sur la teneur de son spectacle, puisque la principale intéressée l’ignore elle-même. « Le show va être une surprise pour moi aussi, mais j’ai quelques idées de sujets en tête. » L’un d’entre eux est son célibat. « J’aimerais parler de cet enjeu, des messages avec lesquels j’ai grandi comme personne trans et la façon dont ça impacte ma vie romantique », révèle-t-elle. À titre d’« obsédée de culture pop », comme elle se définit, tout porte à croire qu’elle fera aussi référence à quelques-unes de ses idoles, dont Alanis Morissette et Barbra Streisand, toutes deux mentionnées lors de notre entretien.

Tranna Wintour fait les choses à sa manière : « Je me donne la permission d’avoir des moments qui ne sont pas nécessairement drôles. Oui, c’est du stand-up, mais c’est du storytelling également. Je veux m’enlever la pression de faire rire à tout prix. »

Cette pression, elle la ressent lorsqu’elle participe à des festivals à grand déploiement, notamment lorsqu’elle se trouve devant une foule qui ne la connaît pas. « Ça me fait vivre une certaine inquiétude. Est-ce un public qui va me comprendre ? Est-ce un public conservateur ? » se questionne-t-elle.

Encore là, Tranna Wintour sort de sa zone de confort. Avec l’expérience, elle a appris à ne pas s’en faire lorsqu’on ne réagit pas à ses blagues, même si c’est toujours « pénible » et « malaisant ». « Beaucoup d’humoristes disent que si le public ne rit pas, c’est de ta faute. Je ne suis vraiment pas d’accord avec ça. C’est comme les gens qui pensent que le client a toujours raison. J’ai travaillé assez d’années dans le service à la clientèle pour dire que le client n’a vraiment pas toujours raison ! »

Juste une personne

Les personnalités trans connues au Québec se comptent sur les doigts de la main. La participation de Tranna Wintour à Big Brother a démystifié sa réalité pour bon nombre de téléspectateurs, ce qui lui vaut d’être actuellement citée au gala Mammouth parmi 15 personnes inspirantes.

« À Big Brother, des gens qui étaient transphobes m’ont connue simplement comme personne. Pas comme personne trans ; juste comme une personne ! précise-t-elle. Ça a changé leur perspective. Ça, c’est vraiment incroyable. »

Pour quelqu’un qui a déjà reçu des insultes transphobes pendant qu’elle était sur scène, ça montre le chemin parcouru, même si les personnes trans sont encore sous-représentées selon elle. À cet égard, un autre succès qu’a connu Tranna Wintour en 2022 a été de se retrouver en couverture du magazine Véro. « Un rêve devenu réalité » pour elle, qui salue l’ouverture et l’acceptation que représente cette consécration.

Ne lui reste plus qu’à animer son propre talk-show et à faire la couverture du 7 jours, deux rêves qu’elle caresse depuis la tendre enfance. « Je veux avoir l’expérience complète d’être une vedette québécoise et, oui, ça inclut absolument de faire la couverture du 7 jours ! » s’enthousiasme-t-elle en riant.

3600 Seconds: An Improvised Hour avec Tranna Wintour

Au Club social Le Scaphandre, le 25 novembre, à 20 h

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