Christine Morency prend sa place

L’humoriste Christine Morency
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’humoriste Christine Morency

«Je ne me sens pas stressée du tout », affirme surprenamment Christine Morency à la veille de la première médiatique montréalaise de son premier solo, Grâce. « Je sais qu’un spectacle, ce n’est jamais prêt, explique-t-elle. Il y aura toujours des gags qui seront retranchés et d’autres qui s’ajouteront. Il reste encore des corrections à faire, des améliorations qui viendront avec le temps, mais je demeure concentrée et je lâche prise. Ce spectacle est le résultat d’un an de travail et je suis fière de le présenter dans l’état où il est. Je le trouve très bon. Et la réaction du public va dans ce sens-là. Ça me rassure beaucoup. »

Si quelqu’un m’avait dit, en 2017, quand j’ai pris part à un cabaret comique pour la première fois, au moment où j’étais intervenante psychosociale auprès de personnes en situation d’itinérance à la Mission Old Brewery, que j’allais, en 2022, avoir mon propre one-woman-show et que les billets allaient se vendre aussi bien, je ne l’aurais jamais pris au sérieux.

Au cours des cinq dernières années, malgré la pandémie et sans passer par l’École nationale de l’humour, Christine Morency s’est taillé une place de choix dans le coeur des gens. Il y a eu Morency (Christine. Pas François.), une version préliminaire de son actuel spectacle, mais aussi des premières parties et des galas, sans oublier de remarquables apparitions à la télévision (Le show de Rousseau, L’open Mic de…, Bonsoir bonsoir, Big Brother célébrités. Gérants d’estrade,Le maître du jeu) et à la radio (Véronique et les Fantastiques et Complètement midi).

« C’est à peine croyable, reconnaît l’humoriste de 36 ans. Si quelqu’un m’avait dit, en 2017, quand j’ai pris part à un cabaret comique pour la première fois, au moment où j’étais intervenante psychosociale auprès de personnes en situation d’itinérance à la Mission Old Brewery, que j’allais, en 2022, avoir mon propre one-woman-show et que les billets allaient se vendre aussi bien, je ne l’aurais jamais pris au sérieux. » En mai, six mois après le début du rodage, 25 000 billets avaient trouvé preneurs. Aujourd’hui, on est fort probablement autour du double. « Je n’ai pas vraiment d’explication, reconnaît Morency, mais je réalise à quel point je suis chanceuse de faire le métier que j’ai toujours rêvé de faire. »

Le public, c’est tout

Sans tourner le dos à la télévision et à la radio, l’humoriste ne cache pas sa joie de retrouver les planches : « Sur scène, je suis libre, libre, libre. Je ne suis nulle part aussi heureuse que là. Je l’ai souvent dit, mais, pour moi, le public, c’est tout. Je carbure aux rires, à l’échange et aux rétroactions. Une salle de spectacle, c’est là que la magie se passe. Quand je mets les pieds sur scène, j’ai l’impression d’être en famille. Si les gens ont aimé la cousine pas barrée qu’ils ont vue à la télé, ou qu’ils ont entendue à la radio, ils vont assurément aimer celle que je suis en spectacle, c’est-à-dire la même. Sur scène, je suis Christine ! C’est une version survoltée de moi, mais c’est quand même moi. Jamais je ne dirais sur scène quelque chose que je ne serais pas capable de dire dans la vie de tous les jours. En fait, cette histoire de personnage, dont certains se réclament, je n’y crois pas du tout. »

En toute intimité

Christine Morency a accepté qu’une équipe de tournage entre dans son intimité pendant l’année qui précède le lancement de son premier spectacle solo. Le résultat : six épisodes de 30 minutes, une télésérie documentaire désopilante, bien entendu, mais aussi fort émouvante, où l’humoriste fait preuve d’une honnêteté désarmante, creusant sans ambages les tenants et les aboutissants de la grossophobie. Dans les trois premiers épisodes de Christine Morency. Sans filtre, on découvre ses proches collaborateurs, ses collègues de la télé, ceux de la radio, sans oublier ceux de l’impro. On rencontre sa mère lors d’une inénarrable séance de magasinage vestimentaire dont elles reviendront bredouilles. Dans une piscine d’hôtel, Christine aborde avec sérieux le rapport qu’elle entretient avec son corps, avant de désamorcer le tout en ayant recours à une irrésistible autodérision. La télésérie est diffusée le mercredi, à 20 h, sur les ondes de Z. Les abonnés de Crave ont accès aux épisodes une semaine avant leur passage à la télévision.

Cette femme attachante, débordante de charisme, elle est aussi au coeur de Christine Morency. Sans filtre, une télésérie documentaire diffusée à la chaîne Z. « Je trouve ça bon, n’hésite pas à exprimer l’humoriste. Il y a des moments ou je suis vulnérable, d’autres où j’ai beaucoup de plaisir, des passages où j’ai des craintes, d’autres encore où je souffre de solitude. Je ne suis pas gênée de montrer qui je suis, de laisser paraître mes travers et mes qualités, mes forces et mes faiblesses. Je me sens en confiance avec l’équipe. Je dois également avouer que j’ai un penchant pour les documentaires sur les coulisses du spectacle. J’ai adoré celui consacré à Jennifer Lopez sur Netflix. Mon premier solo, c’est mon Super Bowl à moi, et je trouve ça intéressant de donner à voir aux gens le chemin que j’ai parcouru pour en arriver là. »

Grosse pointure

Alliant autodérision et dénonciation, Christine Morency a fait de la grossophobie son sujet de prédilection : « J’en parle de plusieurs façons un peu partout dans le spectacle, en plus de consacrer un numéro juste à ça, mais j’ai malgré tout le sentiment de ne pas avoir fait le tour de la question. C’est une amorce, pour ce spectacle qui sert de présentation, mais je sais que s’il y a une suite, il va falloir que j’y revienne et que j’aille plus loin. Pour le moment, je suis consciente que ma seule existence dans la sphère médiatique, avec l’apparence que j’ai, ça en choque plusieurs, qui ne se gênent d’ailleurs pas pour me le communiquer. »

Il sera certainement question de sexe et de séduction, mais l’humoriste se permet aussi de susciter le rire en abordant des sujets plus graves : « Je parle notamment de mon filleul, Loïc, qui vit avec le trouble du spectre de l’autisme. Je ne ris pas de lui, je ne ris pas de son état, je ris des situations cocasses qu’il crée. Je pense qu’on peut rire de tout, mais il faut le faire de la bonne manière, en se tenant loin de la méchanceté. On ne peut pas tout faire sous le couvert de l’humour noir. Pour que la blague touche sa cible, il est nécessaire d’avoir une relation avec la personne ou le sujet, de comprendre tout ce qu’il y a autour. Il faut aimer l’autre pour rire de lui sans facilité, comme il faut s’aimer soi-même pour être capable de rire de soi. »

Grâce

De Christine Morency.
Une production de Pomme grenade.
À l’Olympia, du 29 novembre au 1er décembre, et en tournée à travers le Québec jusqu’en novembre 2023.



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