«René et Lévesque», la nouvelle exposition du Musée de la civilisation

René Lévesque à l’inauguration de La Grande 2 en 1979
Photo: Archives Hydro-Québec René Lévesque à l’inauguration de La Grande 2 en 1979

Avant d’être celui qui a porté les espoirs de millions de Québécois, René Lévesque a été un enfant. C’était un enfant brillant et indiscipliné, fils d’avocat, qui vivait dans le village gaspésien de New Carlisle et qu’on envoyait jouer au tennis pour le sortir des livres de la bibliothèque de ses parents, qu’il dévorait.

C’est un peu ainsi que s’ouvre René et Lévesque, la nouvelle exposition du Musée de la civilisation, situé à Québec, qui tente de faire un lien entre le René Lévesque des jeunes années devenu journaliste et l’homme politique charismatique et complexe qui a posé plusieurs bases du Québec moderne.

Le jeune René montre très tôt des talents très prononcés pour l’écriture. Dans les écrins de verre, on peut voir une composition précoce, écrite alors qu’il a autour de 13 ans, pour le journal étudiant du séminaire de Gaspé, sur les raisons de « demeurer français » au Québec. De ces jeunes années, on verra aussi le microphone de la station de radio CHNC, où le jeune Lévesque a fait ses débuts à 15 ans, ou encore la lettre marquant son expulsion du collège des Jésuites pour indiscipline…

Journaliste dans l’âme

Mais ce sont vraiment ses années de journaliste correspondant de guerre qui forment son esprit à l’actualité internationale. « S’il vivait encore aujourd’hui, il serait journaliste », indique Martine Tremblay, vice-présidente de la fondation René-Lévesque, qui est à l’origine de l’exposition.

Une bonne partie des objets exhibés proviennent en fait d’un appel au public lancé par le musée pour récolter des pièces évoquant l’univers et la vie de René Lévesque.

La réponse a été enthousiaste : des 250 artefacts ainsi recueillis, 60 sont exposés ici. La fille de René Lévesque, Suzanne Lévesque, a prêté un cendrier de l’homme politique, autrefois rempli à ras bord. Son fils Claude Lévesque, qui a été journaliste au Devoir, a pour sa part prêté la précieuse machine à écrire Remington, datant des années 1950, de son père visionnaire.

Parmi les artefacts, les photos, les nombreuses lettres et les nombreux enregistrements, la pièce marquante de l’exposition est sans doute ce napperon de papier du restaurant Homestead du Vieux-Québec signé par les membres démissionnaires du Parti libéral qui ont suivi René Lévesque en 1967. Celui-ci venait de présenter au congrès du Parti libéral un manifeste intitulé Un Québec souverain dans une nouvelle union canadienne, dont le parti avait refusé de débattre.

On peut voir également un bulletin de vote où figure le nom de René Lévesque, candidat libéral dans Montréal-Laurier. Sur ce même bulletin apparaît aussi le nom d’un autre René Lévesque, quant à lui candidat indépendant, qui cherchait à casser la popularité du premier en essayant de méprendre l’électorat. Lucien Bouchard, président d’honneur de l’année René Lévesque, a découvert l’homme lorsqu’il avait 17 ans, à travers les reportages à l’étranger de Point de mire. Proche de Lévesque, qu’il n’a pourtant pas suivi au Parti québécois en 1976, il relève que les résultats du référendum de 1980 ont longtemps peiné le fondateur du parti, « qui comprenait », pourtant, l’ambivalence du peuple québécois, qu’il retrouvait en lui-même.

M. Bouchard dit d’ailleurs croire encore aujourd’hui que le projet de souveraineté demeure la meilleure avenue possible.

Tous les objets de l’expo habillent la légende d’un homme qui, par ailleurs, s’encombrait peu de possessions matérielles. « Il ne gardait rien », dit Martine Tremblay.

L’exposition vise ouvertement à atteindre un public jeune, qui n’est pas nécessairement initié à la politique récente du Québec et qui n’a pas connu René Lévesque de son vivant. « Je ne pensais pas qu’on parlerait encore de mon père 35 ans après sa mort », confie Suzanne Lévesque, manifestement émue par l’événement.

Le directeur du Musée de la civilisation, Stephan Laroche, relève par ailleurs que ce musée est l’endroit idéal pour accueillir cette exposition puisque l’établissement a été créé sous le gouvernement Lévesque, sous le nom initial de Musée de l’innovation. Après le Musée de la civilisation du Québec, l’exposition René et Lévesque devrait, en 2024, partir en tournée dans les musées régionaux et les nouveaux Espaces bleus du Québec.

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