Bouillon de culture

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
Dans l’exposition Changer de décor se trouvent des décorations et meubles victoriens de l’entre deux-siècles qui caractérisaient l’intérieur des familles de la classe aisée.
Photo: Musée POP Dans l’exposition Changer de décor se trouvent des décorations et meubles victoriens de l’entre deux-siècles qui caractérisaient l’intérieur des familles de la classe aisée.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Cette fin d’année apporte son lot de nouveautés dans la programmation des musées, notamment au Québec. Animations de Noël, art contemporain et exposition à saveur sociale figurent au menu des réjouissances.

Musée McCord Stewart : univers enchantés

Le musée d’histoire sociale de Montréal revient, cette année encore, avec une programmation spéciale pour les Fêtes. À proximité du musée, sur la rue Victoria, seront exposées à partir du 25 novembre les fameuses vitrines mécaniques de Noël de la maison Ogilvy, cédées au musée par Holt Renfrew en 2018. Créées en 1947 par la fabrique de jouets allemande Steiff — l’une des plus célèbres du genre dans le monde —, ces vitrines animées mettent en scène Le moulin dans la forêt, un décor bavarois habité par une multitude d’animaux en peluche. Tout comme cette dernière, une autre vitrine a été achetée par la grande enseigne du centre-ville : Le village enchanté, que les 17 ans et moins pourront admirer gratuitement dans une salle du musée. Des animations interactives figurent aussi au programme. Ces scènes de Noël font partie de l’imaginaire collectif montréalais depuis des décennies ; leur intégration à la collection saisonnière du Musée McCord garantit leur conservation à long terme.

De plus, la collecte Bienvenue ! On joue ? revient pour une quatrième édition : les visiteurs peuvent offrir un jouet usagé en bon état à l’attention d’un enfant d’une famille nouvellement arrivée au Québec en y joignant l’historique du jouet. Ces cadeaux seront donnés aux enfants des familles bénéficiaires du Centre social d’aide aux immigrants.

Infos pratiques : Les vitrines Le moulin dans la forêt et Le village enchanté sont exposées jusqu’au 8 janvier.

Photo: Elias Touil Musée McCord Stewart Les fameuses vitrines mécaniques de Noël de la maison Ogilvy seront accessibles dès le 25 novembre 2022.

Musée d’art contemporain de Montréal : Nelson Henricks

Cette exposition, portant le nom de l’artiste, vient d’être inaugurée au musée montréalais consacré à l’art contemporain. L’artiste montréalais en arts visuels propose deux oeuvres inédites : la première installation, intitulée Don’t You Like the Green of A ? (N’aimes-tu pas le vert du A ?), explore la résonance entre lettres et couleurs, en référence à l’artiste peintre américaine Joan Mitchell, membre du courant expressionniste abstrait. À cette occasion, MAC en famille présente l’activité Résonance chromatique, un atelier d’expression artistique à faire avec les enfants.

La seconde installation, Heads Will Roll (Des têtes vont tomber), décline la force contestataire sous-jacente de la musique populaire et expérimentale. À travers plusieurs vidéos mettant en scène performeurs, musiciens et danseurs, Henricks réinterprète le concert de casseroles qui a accompagné les manifestations du Printemps érable, tenues en opposition à la hausse des frais de scolarité au Québec. C’est le percussionniste Stuart Jackson qui se produit notamment dans l’une des vidéos en battant le rythme sur des accessoires de cuisine.

Enfin, Henricks propose une sélection de 15 films de courte durée produits par Andy Warhol dans les années 1960 et appelés Screen Tests (prêtés pour l’occasion par l’Andy Warhol Museum de Pittsburgh).L’approche de l’artiste vedette du pop art : filmer des personnes immobiles durant quelques minutes jusqu’à ce que la pellicule s’épuise. Ces images invitent le visiteur à réfléchir sur l’action de regarder et d’être regardé. Cette insertion dans l’exposition de Henricks est un hommage à l’apport considérable de Warhol dans l’expérimentation de l’art vidéo. Des rencontres avec Nelson Henricks et le conservateur Mark Lanctôt (le 23 novembre en français et le 18 janvier en anglais) ainsi qu’un concert de Stuart Jackson (30 novembre) sont aussi prévus au Musée d’art contemporain.

Infos pratiques : L’exposition Nelson Henricks est présentée jusqu’au 10 avril 2023. Le MAC en famille est offert les premiers samedis du mois, du 3 décembre 2022 au 1er avril 2023.

Photo: Nelson Henricks Nelson Henricks, Don’t You Like the Green of A?, 2022

Musée Pop : changer de décor

L’attrayante exposition présentée dans le musée de Trois-Rivières se consacre à l’art de l’ameublement dans une perspective historique. À travers cinq périodes, de la fin du XIXe siècle et tout au long du XXe siècle, sont présentés des décors domestiques québécois et leur mise en perspective avec les versions modernes d’aujourd’hui. Chaque pièce d’habitation est mise en scène entre passé et présent : cuisine, salon, chambre, sans oublier le fameux sous-sol des bungalows, renouvelé avec le temps en salle multifonctionnelle. Fini le décor rétro des années 1970 : place à l’exploitation personnalisée de l’espace. Présente à l’extérieur des maisons rurales jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’incontournable « bécosse » fait aussi partie de ces lieux qui ont connu une évolution spectaculaire. Enfin, cette collection inclut également décorations et meubles victoriens de l’entre-deux-siècles qui caractérisaient l’intérieur des familles de la classe aisée. Cette exposition fait aussi le lien entre le mobilier artisanal et le mode de vie rural, vecteur de savoir-faire en menuiserie. Cette exposition, émaillée de portraits qui ont marqué l’ébénisterie québécoise, plaira à tous.

Infos pratiques : L’exposition Changer de décor est présentée jusqu’au 5 mars 2023.

Musée des beaux-arts du Canada : prix Sobey pour les arts 2022

Cette année marque le 20e anniversaire de ce prix remarquable qui soutient la carrière des artistes contemporains canadiens grâce à des bourses très consistantes (le premier prix reçoit 100 000 $ ; les quatre autres finalistes, 25 000 $). Il est d’ailleurs reconnu à l’échelle internationale comme l’un des plus prestigieux et des plus généreux en art contemporain. Cette année, les cinq finalistes, qui appartiennent à des communautés visibles, posent leur regard sur des thématiques du monde moderne : féminisme, décolonialisme, spiritualité, équité. Chacune de leurs installations puise dans l’histoire pour proposer une vision de l’avenir à travers des performances qui fusionnent art et activisme.

Tyshan Wright, artiste visuel de la Nouvelle-Écosse, revisite les instruments de musique traditionnels des Marrons de Jamaïque, dont il est un descendant. Krystle Silverfox, artiste pluridisciplinaire et membre de la Première Nation Selkirk, vit au Yukon. Elle travaille essentiellement avec des matériaux naturels et propose une réflexion sur son identité d’artiste femme autochtone. Vivant dans la région des Prairies, l’artiste multimédia Divya Mehra s’intéresse, quant à elle, aux questions d’équité, de diversité et d’inclusion à l’ère du postcolonialisme. L’artiste finaliste du Québec, Stanley Février, s’interroge sur la place de l’humain notamment dans le contexte de la mondialisation. Ce sculpteur et performeur d’origine haïtienne crée des oeuvres interdisciplinaires pour dénoncer la violence sociale notamment chez les minorités marginalisées. Enfin, Azza El Siddique, née au Soudan et vivant en Ontario, crée des installations sensorielles en utilisant notamment les parfums d’Orient, inspirées par l’architecture de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. En constante évolution, son oeuvre symbolise l’entropie liée à la fatalité de la mort et de la dégradation.

Infos pratiques : Les oeuvres des finalistes des prix Sobey pour les arts 2022 sont exposées dans les salles d’art contemporain jusqu’au 12 mars 2023.

Photo: MBAC Tyshan Wright, vue d’installation, Exposition du Prix Sobey pour les arts 2022, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Collection de l’artiste.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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