Faire tourner les têtes

Gabrielle Tremblay-Baillargeon
Collaboration spéciale
Coiffe. XXe siècle. Région du Rio Xingu, Brésil. Population kamayura (?). Plumes d’aras rouge, bleu et hyacinthe, fibres végétales.
Photo: Pierre-Olivier Deschamps Collection musée des Confluences – Donation Antoine de Galbert (Lyon, France) Coiffe. XXe siècle. Région du Rio Xingu, Brésil. Population kamayura (?). Plumes d’aras rouge, bleu et hyacinthe, fibres végétales.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Depuis le 17 novembre, le musée Pointe-à-Callière présente Le monde en tête. La collection Antoine de Galbert, une exposition pour le moins singulière qui rassemble plus de 300 couvre-chefs issus de 50 pays d’Amérique, d’Océanie, d’Afrique et d’Asie.

Par ces coiffes et parures de tête, le musée montréalais espère offrir une fenêtre sur la grande diversité culturelle du monde. « C’est assez surprenant comme type de collection, mais c’est une occasion unique pour Montréal de pouvoir présenter ce corpus exceptionnel », affirme d’entrée de jeu Anne Élisabeth Thibault, directrice générale de Pointe-à-Callière (PAC), cité d’archéologie et d’histoire de Montréal.

Réunies par le collectionneur et mécène en art actuel et contemporain Antoine de Galbert, ces coiffes occupaient déjà une salle d’exposition de La maison rouge, une fondation et un centre d’exposition en art contemporain situé à Paris et mené par de Galbert, détonnant avec les expositions habituellement consacrées à l’art contemporain de l’espace. « Au fil des années, Antoine de Galbert a développé une curiosité pour les cultures du monde et leurs objets, comme la coiffe », raconte Mme Thibault. À sa fermeture, en 2018, La maison rouge a fait don de la collection de 500 couvre-chefs extraeuropéens au Musée des confluences de Lyon, qui assure la continuité, la documentation et la préservation des objets depuis.

Acquises principalement en France par l’entremise d’un réseau de galeries d’art, d’antiquaires et de collectionneurs, les coiffes datent du XVIIIe au XXIe siècle, la plupart ayant été fabriquées au XIXe. Aujourd’hui, l’établissement offre l’occasion de les exposer à Montréal, à même le seul musée d’archéologie de la métropole. « Au musée, on a des objets tellement anciens que ces coiffes nous paraissent contemporaines », rigole Mme Thibault.

D’ici comme ailleurs

Grâce à une scénographie enveloppante et immersive, le visiteur est invité à suivre un parcours découverte qui regroupe 13 thèmes. « Ce qu’on a voulu mettre en lumière, c’est la pluralité des cultures à travers un objet qui est commun à toute l’humanité, le couvre-chef », indique la directrice. Des coiffes de protection physique, par exemple, dont plusieurs sont importées d’Asie, portent certains symboles destinés à se protéger de forces invisibles, allant ainsi au-delà de la simple protection pratique du soleil et des intempéries. Les larges chapeaux portés dans les champs de riz du Japon et de Chine, par exemple, sont ornés de broderies protectrices, alors que d’autres, plus petits, sont réservés aux enfants, considérés comme particulièrement vulnérables aux forces occultes.

D’autres coiffes sont regroupées sous le thème de la cérémonie ou encore de l’identité, réservées par exemple aux hommes ou aux femmes des groupes ethnoculturels représentés dans l’exposition. « Certaines coiffes thaïlandaises comportent des éléments et des détails symbolisant la richesse ou la fécondité », explique Mme Thibault. Des coiffes de chef, de mariage, ou encore des coiffes très expressives réservées au spectacle forment d’autres thèmes abordés au musée de Pointe-à-Callière.

Au-delà des appartenances culturelles, certaines coiffes s’inscrivent également dans le monde actuel ou contemporain à leur création. « On sent aussi la mondialisation des marchés à travers les coiffes », souligne Anne Élisabeth Thibault. Une casquette de danse en forme de raie qui vient d’Océanie, par exemple, est inspirée de celles qui sont portées par la marine allemande entre 1884 et le début de la Première Guerre mondiale, alors que l’Allemagne colonisait une partie du nord-est de la Nouvelle-Guinée.

Ailleurs, des coiffes ornées de grandes plumes colorées façonnées par des peuples d’Amazonie retiennent l’attention. Ces cimiers de coiffe, diadèmes et autres parures rappellent les oiseaux de la forêt du Brésil, mais aussi l’exposition Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt tenu à PAC en 2017. « C’est un parcours varié qui permet d’ouvrir une porte sur les différentes cultures du monde dans une seule exposition », résume la directrice générale. L’exposition comprend des clés d’interprétation sous forme d’images, de vidéos d’archives, de projections et d’éléments interactifs qui mettent en lumière les différentes cultures représentées à travers les objets.

Pour le musée, dont la mission est de « faire aimer et connaître le Montréal d’hier à aujourd’hui », il s’agit également d’une occasion de représenter les nombreuses communautés culturelles de la métropole. « Il y a une connexion très forte entre les objets qui sont présentés et les cultures montréalaises », précise Mme Thibault. « À travers cette exposition, le public peut en apprendre un peu plus sur la métropole et ses habitants. Ça va réchauffer le coeur des Montréalais pendant la période hivernale », conclut-elle. Les coiffes quitteront le Vieux-Montréal à la mi-mars 2023.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

À voir en vidéo