Le sort d’une maison historique de Québec entre les mains du tribunal

Au milieu des grands bâtiments administratifs et résidentiels du coin, la maison Alfred-Ernst, résidence centenaire d’un étage et demi, fait contraste.
Francis Vachon Le Devoir Au milieu des grands bâtiments administratifs et résidentiels du coin, la maison Alfred-Ernst, résidence centenaire d’un étage et demi, fait contraste.

La maison Alfred-Ernst, une résidence de Québec à valeur patrimoniale exceptionnelle, échappe pour le moment à la démolition voulue par ses propriétaires. Le ministère de la Culture avait pourtant autorisé son démantèlement en 2018, avant de faire volte-face et de s’opposer à la disparition de la maison érigée au XIXe siècle.

La petite habitation de briques rouges au toit mansardé, située au 1125, rue de l’Amérique-Française, représente un des vestiges du faubourg Saint-Louis, un quartier de gagne-petit qu’un incendie a largement ravagé en 1876. Les flammes avaient réduit en cendres 411 maisons ; seul le couvent Bon-Pasteur avait su résister au brasier.

C’est au lendemain du désastre, entre 1877 et 1879, que le typographe Alfred Ernst aurait fait construire sa maison dans le faubourg. Ce quartier, aujourd’hui situé à l’ombre du Grand Théâtre et de l’hôtel Le Concorde, a vu les immeubles de bureaux pousser à partir des années 1970, lorsque l’État a commencé à ériger des tours dans le secteur pour héberger sa fonction publique en pleine expansion. Au milieu des grands bâtiments administratifs et résidentiels du coin, la résidence d’un étage et demi fait contraste.

Aujourd’hui, le sort de la maison centenaire repose entre les mains du Tribunal administratif du Québec (TAQ), qui doit trancher un litige opposant les propriétaires de la résidence au ministère de la Culture et des Communications (MCCQ). Les décisions du TAQ dans ce dossier, d’abord mis en lumière par Le Soleil, révèlent certains pans de cette saga, qui remonte à 2018.

Volte-face du ministère

La maison Alfred-Ernst semblait vouée à disparaître il y a quatre ans. Le 27 novembre 2018, le ministère avait autorisé sa démolition complète, et seul manquait le permis de la Ville de Québec pour que les pics puissent commencer la besogne.

La Ville précise qu’en mars 2021, la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec a refusé la démolition de la maison. Pour que la commission autorise le démantèlement, il aurait fallu que la structure du bâtiment soit irrécupérable, qu’elle présente un danger pour la sécurité publique, que la valeur architecturale ou historique de la maison soit nulle ou qu’elle nuise au secteur.

La Ville souligne avoir « inspecté l’extérieur du bâtiment à quelques reprises dans les dernières années ». Elle n’a toutefois pas inspecté l’intérieur de la maison Alfred-Ernst, qui demeurait habitée en 2020, selon le répertoire du patrimoine bâti de Québec.

Le ministère de la Culture a demandé l’avis du Conseil du patrimoine culturel le 27 avril 2021 concernant des travaux à réaliser sur la demeure. Deux mois plus tard, le 25 juin, le MCCQ confirmait sa volte-face et signifiait aux propriétaires son intention de ne pas reconduire l’autorisation de démolition.

Les autorités ministérielles demandent plutôt qu’un chantier se mette en branle pour assurer la pérennité du bâtiment. « La maison Alfred-Ernst devrait faire l’objet de travaux de restauration [pour] sa préservation », écrit le ministère, selon le compte rendu qui figure dans une décision du tribunal administratif datée du 10 février 2022.

Depuis, les propriétaires contestent la décision du ministère, invoquant que le bâtiment complet « doit être démoli, tel qu’il appert des expertises qu’ils ont obtenues ». M. Michel et Mme Chalifour n’ont pas donné suite à la demande d’entrevue du Devoir. Le ministère de la Culture, quant à lui, refuse de commenter le dossier puisque « celui-ci est judiciarisé ».

La plus récente décision du TAQ dans ce dossier remonte au 3 octobre dernier. Dans celle-ci, les deux propriétaires « contestent une décision en révision du 14 avril 2022 du ministère […] [qui refuse] la démolition de la maison Alfred-Ernst ».

Le sort de la résidence centenaire demeure maintenant entre les mains du tribunal administratif, qui n’a pas encore tranché quant à la démolition.

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