Nom à consonance étrangère: une chronique de Pierre Curzi jugée réductrice

L’ancien député péquiste Pierre Curzi est accusé d’avoir réduit le libéral Monsef Derraji à la consonance étrangère de son nom, vendredi matin, lors d’une chronique au micro de Paul Arcand.

Appelé à donner son avis sur les potentiels candidats à la succession de Dominique Anglade, Pierre Curzi a laissé entendre que Monsef Derraji pourrait être dans cette course le représentant de la frange du Parti libéral issue de l’immigration, étant donné son nom d’origine arabe.

« Je ne le connais pas. […] Je ne veux pas dire des niaiseries, mais j’imagine que c’est quelqu’un qui est assez connu dans toutes les communautés. Son nom semble indiquer en tout cas qu’il a des accointances avec certaines communautés. Peut-être », a déclaré en ondes l’ex-député souverainiste, qui a remplacé au pied levé le chroniqueur Jonathan Trudeau vendredi matin à Puisqu’il faut se lever.

Monsef Derraji a immédiatement dénoncé sur Twitter cette analyse, qu’il a jugée réductrice. « Réduire une personne à la consonance de son nom, ce n’est ni un concept politique que je partage avec vous ni une façon de faire de l’analyse politique destinée à l’ensemble des Québécois. Ressaisissez-vous », a écrit le député de Nelligan, dans l’ouest de Montréal.

Lors de sa chronique, Pierre Curzi a également avancé que le député fédéral Joël Lightbound pourrait être dans cette course au leadership le candidat de la communauté anglophone, s’en remettant strictement encore là à la consonance de son nom. A contrario, André Fortin pourrait être la voix des francophones durant cette course au leadership, en a-t-il déduit.

« Ces trois candidats-là sont les trois candidats qui représentent un petit peu ce qui reste du Parti libéral : une minorité de francophones [avec André Fortin], des anglophones avec M. Lightbound, et je présume que M. Derraji est bien installé chez les allophones », a résumé M. Curzi sur les ondes du 98,5 FM, avant que Paul Arcand ne précise que Monsef Derraji est né au Maroc, mais qu’il est installé au Québec depuis plusieurs années.

Hypothèse fautive

 

Joint par Le Devoir, Pierre Curzi a d’abord assumé ses propos, n’y voyant rien de scandaleux. « Je ne voulais pas l’insulter, c’est juste que je ne connaissais pas [M. Derraji]. Je me suis juste dit qu’il avait probablement un lien avec différentes communautés. Mais si je l’ai insulté, je suis désolé, ce n’était pas mon intention », a fait savoir celui qui a quitté la vie politique en 2012.

M. Curzi a souligné que son propre nom de famille est à consonance étrangère, et qu’il ne verrait aucun problème à être associé à la communauté italienne pour cette raison.

Cela étant dit, André Fortin a beau avoir un nom francophone, il est député d’une circonscription de l’Outaouais où près de 40 % de la population a l’anglais pour la langue maternelle. En quoi porte-t-il davantage les intérêts des francophones que Joël Lightbound, élu à la Chambre des communes dans un secteur de Québec presque exclusivement francophone ? Joël Lightbound est né à Toronto d’un père anglophone et d’une mère francophone, mais il a grandi dans la région de Québec.

« OK, je comprends, là… Je suis désolé d’avoir fait ça. Mais comme je ne connaissais ni l’un ni l’autre, j’ai pensé que l’un avait des affinités avec les anglophones, et l’autre avec les allophones. Si je me suis trompé, je m’en excuse », a finalement dit Pierre Curzi en entrevue.

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