Un projet de bibliothèque rejeté à Coteau-du-Lac

La Ville de Coteau-du-Lac a demandé, obtenu et finalement rejeté une subvention de deux millions de dollars de Québec et d’Ottawa pour l’édification d’une nouvelle bibliothèque municipale.
Photo: Ville de Coteau-du-Lac La Ville de Coteau-du-Lac a demandé, obtenu et finalement rejeté une subvention de deux millions de dollars de Québec et d’Ottawa pour l’édification d’une nouvelle bibliothèque municipale.

La Ville de Coteau-du-Lac a demandé, obtenu et finalement rejeté une subvention de deux millions de dollars de Québec et d’Ottawa pour la construction d’une nouvelle bibliothèque municipale.

Le projet soutenu par la mairesse Andrée Brosseau est tombé, à quatre voix contre trois, lors d’un vote tenu au conseil municipal le 21 octobre. La Ville avait jusqu’à ce vendredi pour accepter l’enveloppe des ordres supérieurs de gouvernement.

Le budget pour la construction de la nouvelle bibliothèque a d’abord été estimé à 4 millions de dollars au moment du lancement du projet, en novembre 2020. Il a été révisé à plus de 6 millions environ un an plus tard, après les élections fédérales de 2021.

Ottawa a débloqué un million provenant du programme Investir dans le Canada, qui comprend un volet culturel. Québec y a ajouté 956 500 $ tirés de son programme d’Aide au développement des infrastructures culturelles. Le montage financier demandait donc à la municipalité d’injecter au moins 4 millions dans le chantier.

Somme trop importante

La somme a finalement été jugée trop imposante par une majorité d’élus dans le contexte d’une possible récession, de la hausse des taux d’intérêt et des coûts de construction, mais aussi devant les besoins d’investir pour rénover d’autres infrastructures de la ville. En plus, le conseil municipal n’avait pas l’obligation de s’engager à réaliser le nouvel équipement malgré la demande de subvention.

Le service des communications a fait savoir au Devoir que la mairesse n’était pas disponible pour commenter la situation, renvoyant à une déclaration diffusée en ligne par Mme Brosseau. Il a aussi été impossible d’obtenir un commentaire des quatre conseillers municipaux opposés au projet.

Je pense profondément qu’une municipalité doit investir dans ses services même en temps de récession. Les services offerts par une bibliothèque sont gratuits. Si on investit dans un centre culturel attirant, charmant, les gens vont le fréquenter en grand nombre.

 

« Si jamais le projet de reconstruction ne fonctionne pas et qu’on perd la subvention, on pourra quand même peut-être lancer une rénovation », dit Christine Arsenault, conseillère municipale qui a appuyé le projet au vote du mois dernier avant de se ranger à l’avis que les citoyens n’ont pas été assez consultés sur l’opportunité de ce chantier de plusieurs millions.

« C’est très important que les gens sachent qu’on n’abandonne pas l’idée d’avoir une nouvelle bibliothèque. On veut la rénover ou la reconstruire. Mais en ce moment, je pense qu’on n’a pas assez d’information pour pouvoir avancer, et c’est dommage. »

Pour 10 000 Coteaulacois

La construction planifiée quadruplait l’espace occupé par l’établissement actuel nommé en l’honneur du journaliste Jules Fournier (1884-1918), originaire de Coteau-du-Lac et collaborateur du Devoir de la toute première heure. Le site actuel ne devait pas nécessairement être choisi pour la nouvelle construction de 925 m2 permettant de satisfaire les besoins d’une population d’environ 10 000 habitants. La municipalité en croissance compte actuellement environ 7600 Coteaulacois.

Anik Tremblay est du nombre. Elle habite la ville depuis sept ans. Elle se décrit comme « une fervente utilisatrice » de la bibliothèque Jules-Fournier avec son fils. Elle raconte avoir reçu avec joie l’annonce publique du projet de reconstruction et avoir connu une aussi grande déception au vote fatidique d’octobre.

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Cétait l’estimation du budget pour la construction de la nouvelle bibliothèque, en millions de dollars, au moment du lancement du projet, en novembre 2020. Il a été révisé à plus de 6 millions environ un an plus tard, après les élections fédérales de 2021.

« Tout le monde pensait que c’était dans la poche, dit-elle. La bibliothèque actuelle n’est pas adéquate. Il y a des livres partout et des locaux au sous-sol. […] On veut un prolongement de l’entente sur la subvention. Je ne comprends pas, à la base, pourquoi la population n’a pas été consultée sur ce projet, et on devrait donc demander aux ministères concernés du temps pour faire cette consultation. Ce n’est pas aux élus de décider pour nous. »

Motion de censure

Il a été impossible d’obtenir une réaction du ministère de la Culture. Mme Tremblay a lancé une pétition en ligne pro-biblio qui a déjà recueilli plus de 600 signatures.

Elle est allée avec d’autres citoyens au dernier conseil municipal cette semaine. Elle a eu la surprise d’y voir voter une motion de censure contre la mairesse Brosseau par des élus municipaux qui lui reprochent un manque de transparence dans le dossier de la bibliothèque.

« Ils disent que les informations changent régulièrement, et j’ai beaucoup de difficulté à comprendre cette position, parce que dès le départ, dès le dépôt de la demande de subvention en nombre 2021, nous avions déjà le document de travail avec tous les chiffres, dont le budget d’investissement, dit le conseiller David-Lee Amos, pro bibliothèque. Mes collègues tapent sur le bureau en disant qu’ils n’ont jamais eu accès à ces informations. C’est faux. Il n’y a rien de caché, et l’information a été déposée à nouveau en juillet. »

Les élus, y compris la mairesse, sont indépendants, sans affiliation à un parti politique municipal. M. Amos, qui est né à Coteau-du-Lac, comme Mme Arsenault d’ailleurs, répète avec Mme Tremblay qu’accepter les subventions n’engage pas la Ville à réaliser le chantier. Il a appuyé le projet au départ et il pense que ses électeurs auraient pu être consultés avant le début de la construction fixé dans l’entente avec Québec et Ottawa au 31 décembre 2026.

Il revient finalement sur l’importance de la bibliothèque comme équipement municipal. « Je pense profondément qu’une municipalité doit investir dans ses services même en temps de récession. Les services offerts par une bibliothèque sont gratuits. Si on investit dans un centre culturel attirant, charmant, les gens vont le fréquenter en grand nombre. »



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