Bernard Derome reçoit le prix Judith-Jasmin Hommage

Pendant quatre décennies, Bernard Derome a été un témoin privilégié des événements marquants de l’histoire.
Guillaume Levasseur Le Devoir Pendant quatre décennies, Bernard Derome a été un témoin privilégié des événements marquants de l’histoire.

L’ex-chef d’antenne du Téléjournal de Radio-Canada Bernard Derome a reçu le prix Judith-Jasmin Hommage, samedi soir, lors du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Cette prestigieuse récompense vient souligner l’ensemble de sa carrière. Entrevue.

« Quand je l’ai appris, j’ai été extrêmement surpris et en même temps très ému parce que cette reconnaissance vient des pairs, c’est une reconnaissance extraordinaire », a confié M. Derome en entrevue avec Le Devoir, quelques jours avant de recevoir officiellement son prix.

Même s’il a quitté le milieu il y a une dizaine d’années, il se souvient de ses débuts comme si c’était hier. « J’étais jeune, mais j’ai toujours eu cette graine de journalisme en moi. Je savais que je voulais faire de la radio, de la télé », indique-t-il.

Avant même d’atteindre la vingtaine, Bernard Derome s’est retrouvé derrière le micro de la station CJBR Rimouski en 1963. Deux ans plus tard, il intégrait le service de l’information de Radio-Canada à titre de journaliste, puis rapidement comme animateur. Dès 1967, il a pris la barre de magazines télévisés d’affaires publiques tels que Présent et Aujourd’hui, avant de retourner brièvement dans la salle de nouvelles.

Au tournant des années 1970, celui qui rêvait d’être correspondant à l’étranger a finalement reçu une offre qu’il n’a pu refuser : être le chef d’antenne du Téléjournal de Radio-Canada. Il a occupé cette chaise jusqu’en décembre 2008, avec une brève pause de 1998 à 2004. Durant ces années, il animait des émissions d’information spécialisées comme 5 sur 5 ou Le Monde.

« L’objectif qui m’a habité toutes ces années était d’instaurer des bases, de définir les contours d’une fonction qu’on connaissait encore peu au Québec à l’époque, on commençait à peine à avoir des chefs d’antenne aux États-Unis », explique-t-il.

M. Derome a ainsi travaillé fort pour livrer un Téléjournal digne de ce nom. Cela passait bien sûr par sa rigueur, son éthique irréprochable, sa crédibilité et son ton toujours juste pour présenter les nouvelles. Mais aussi par la mise en place de toute une mécanique de travail d’équipe avec des réunions de production quotidiennes de préparation du bulletin.

Il a aussi et surtout bataillé pour garantir l’indépendance du service des nouvelles devant les pouvoirs politiques ou financiers et le service commercial. Il s’est aussi vivement opposé aux interruptions publicitaires pendant le Téléjournal.

« J’étais journaliste avant tout, pas annonceur », souligne-t-il, rappelant qu’avant qu’il n’instaure cette façon de faire, les lecteurs de nouvelles américains et canadiens avaient l’habitude de faire de la publicité.

Quatre décennies de nouvelles

 

Pendant quatre décennies, il a également été un témoin privilégié des événements marquants de l’histoire. Il a notamment présenté la crise d’Octobre, les référendums de 1980 et 1995, mais aussi plus d’une vingtaine d’élections fédérales, provinciales et municipales.

Encore aujourd’hui, il se dit habité par certains de ces moments en ondes. « La guerre en Irak, c’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué. On suivait ça de près, on a vu les choses arriver à un moment donné et on a repris l’antenne en interrompant les éditions au programme, puisqu’on n’avait pas encore de chaîne en continu. Je me souviens surtout avoir dit d’un ton grave : “Le Canada est en guerre”. Je ne pensais jamais dire ça un jour. »

Autre moment marquant de sa carrière : la tuerie de Polytechnique, le 6 décembre 1989. Il n’était pas en ondes ce jour-là puisqu’il accompagnait sa fille qui se faisait opérer des amygdales. « Pendant qu’elle se reposait et que j’attendais pour qu’on rentre, on a commencé à entendre le bruit des sirènes et les ambulances qui arrivaient vite les unes après les autres. Une infirmière de Sainte-Justine m’a dit : “M. Derome, il y a quelque chose de grave qui se passe !”» se remémore l’ex-animateur. Le lendemain, il était à la barre d’une émission spéciale dans les locaux de Polytechnique. « Je me souviens m’être demandé : “mais qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on dit dans de tels événements ?” Il ne fallait pas tomber dans le pathos ou le cucul, il fallait trouver le ton juste, les bons mots. »

S’ennuie-t-il de l’époque où il se trouvait ainsi dans le feu de l’action ? « C’est sûr que, quand je regarde une soirée électorale, c’est palpitant, ça rappelle des souvenirs », répond-il, en riant de constater que sa fameuse formule « Si la tendance se maintient » est restée dans la bouche de ses successeurs à Radio-Canada. « J’aurais dû en acheter les droits », lance-t-il à la blague.

M. Derome estime toutefois avoir eu le temps de faire son deuil depuis toutes ces années. « Quand j’ai dit “c’est terminé”, c’est terminé. Je suis passé à autre chose. Et en même temps, je suis encore actif dans le milieu, mais d’une autre manière, avec le documentaire. C’est formidable, on a du temps, on prend le temps. »

D’ailleurs, il a deux projets de documentaires à l’étude présentement. Il est aussi, depuis 2010, le tout premier président de l’Institut d’études internationales de Montréal de l’UQAM.

En plus de ce prix Judith-Jasmin Hommage, l’animateur a déjà été plusieurs fois honoré durant sa carrière. Il a notamment reçu le prix Olivar-Asselin en 1981, il est membre de l’Ordre du Canada, chevalier de l’Ordre national du Québec et il a reçu en 2009 la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec.

Le jury du prix Hommage est composé d’anciens présidents et d’anciennes présidentes de la FPJQ.

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