Très décevant Trio Karénine

Le Trio Karénine
Lyodoh-Kaneko Le Trio Karénine

Le Trio Karénine, jeune trio français, se présentait mardi soir à la salle Bourgie dans un programme associant Clara et Robert Schumann à Mendelssohn. La partie Schumann nous a suffi pour renoncer face à un ensemble à la réputation qui nous semble surfaite.

C’est rare, mais cela arrive. Quand, vraiment, les bras nous en tombent, il nous arrive d’abandonner un concert à la pause. Après une heure de pensum aux allures d’expertise, nous avons rendu notre tablier. Inutile de s’infliger le 2e trio de Mendelssohn pour renforcer un avis déjà largement forgé sur le groupe formé par Paloma Kouider au piano, Charlotte Juillard au violon et Louis Rodde au violoncelle.

Si d’aucuns voient dans ce groupe la relève française, ou même les successeurs des Wanderer, Dieu nous en garde ! Il n’y a rien. Rien de l’expertise instrumentale individuelle et rien de la complicité ou de la vision chambriste.

Timidité fatale

 

Les concerts que nous abandonnons en cours, il y en a un ou deux par an. Ce ne sont pas forcément les pires. Ce sont ceux où les données sont claires et, surtout, dont les stigmates peuvent devenir énervants lorsqu’ils sont décodés.

Dans le cas de Variations Goldberg avec Simone Dinnerstein ou de Schubert par Khatia Buniatishvili, les outrances sont évidentes. Ce sont des ajouts à un texte musical. Dans Clara et Robert Schumann, et dans la manière générale des Karénine, ce sont des manques.

L’entame du Trio de Clara Schumann pose problème d’emblée : tout le premier mouvement ressemble à un concerto pour piano timidement accompagné par deux instruments à cordes, ce qu’il n’est en rien. Pourtant, la violoniste a le thème d’emblée, qu’elle a l’air de s’excuser d’avoir à énoncer.

Le concert nous révélera, hélas, que cette timidité doucereuse n’est pas une erreur, mais un tic, une méthode, un mode opératoire. On retrouve cette absence de franchise des attaques dès lors que le violon a un rôle moteur dans le finale de Clara ou dans le 3e mouvement de Robert, par exemple.

Alors pourquoi, et à quoi bon ? Séduire en produisant un « joli son moelleux » ? Mais cela n’a aucun sens, fait de cette manière. Une douceur de texture (Mintz, Shaham, Beilman, Lozakovitch, pour citer quelques violonistes post-Milstein) n’a rien à voir avec un « retrait de son », une absence de franchise sonore.

Dans le système interprétatif des Karénine, les mouvements finaux prennent certes de la carrure au fur et à mesure. Mais le finale du Trio de Clara est très loin de l’allégresse que l’on perçoit dans le nouvel enregistrement mené par Anne-Sophie Mutter (Sony).

Alors, le Trio Karénine plombé par sa violoniste ? Pas seulement. Tous les grands trios (Beaux-arts, Wanderer) existent et charment par un pianiste exceptionnel. Or, mardi, outre les questions d’équilibre dans Clara Schumann, on se demandait pourquoi Paloma Kouider jouait l’Érard de la salle Bourgie et pourquoi il lui semblait impossible de tirer davantage de couleurs intéressantes de cet instrument.

Quant au violoncelliste Louis Rodde, c’est un fin musicien, mais la France regorge de violoncellistes de classe mondiale, catégorie qui fournira sans doute le membre d’un futur grand trio français, qui n’est pas celui-là, en dépit des efforts de certains promoteurs.

 

Trio Karénine

Clara Schumann : Trio op. 17. Robert Schumann : Trio op. 110. Mendelssohn : Trio no 2. Salle Bourgie, mardi 1er novembre 2022.

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