Maka Kotto, l’éternel rêveur qui ne rêve plus à la souveraineté  

Au cours de sa carrière politique de 14 ans à Ottawa puis à Québec, Maka Kotto aura tenté de convaincre d’autres immigrants du bien-fondé de la souveraineté, souvent en vain.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au cours de sa carrière politique de 14 ans à Ottawa puis à Québec, Maka Kotto aura tenté de convaincre d’autres immigrants du bien-fondé de la souveraineté, souvent en vain.

Figure emblématique de la diversité au sein du milieu indépendantiste, l’ex-ministre Maka Kotto confie avoir « décroché » du mouvement souverainiste, à défaut d’un projet clair. Si jamais la question devait à nouveau revenir à l’avant-plan, l’ancien péquiste a maintenant la conviction que cela ne passera pas par le Parti québécois, ni par aucun autre parti par ailleurs.

« La réflexion sur la question de l’indépendance, elle va toujours se poser. Mais est-ce que c’est quelque chose de réalisable à court terme, et même à moyen terme ? J’en doute. Le travail que monsieur Parizeau avait fait en 1995, avec la France, entre autres, et même avec les États-Unis, il n’y en a pas d’équivalent aujourd’hui. Ceux qui se disent encore souverainistes ne s’appuient finalement sur aucun projet concret », glisse l’ancien ministre de la Culture, en marge de la sortie de sa biographie Maka Kotto. Les racines, les fleurs et les fruits.

« Les racines », c’est son enfance à Douala, au Cameroun, dans un milieu plutôt aisé, mais gangrené par une corruption savamment entretenue par les anciens colonisateurs français. Un peu effronté, il s’est initié au théâtre durant ses années de collège chez les Jésuites. Sur les planches, il prenait plaisir avec ses camarades à monter des sketchs pour se moquer de la dictature en place, au grand dam de son père, qui le rêvait plutôt en haut fonctionnaire.

C’est en immigrant en France qu’il pourra déployer ses « fleurs » et vivre de sa passion. Il y mènera durant les années 1980 une carrière d’acteur, qui l’amènera à décrocher l’un des rôles principaux dans l’adaptation cinématographique de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, de Dany Laferrière. Un tournage qui lui fera découvrir le Québec, là où finalement il a pu récolter « les fruits » de son émancipation. Il deviendra même ministre de la Culture en 2012 durant l’éphémère gouvernement Marois, ce qui dépassait même les rêves les plus fous de son père, qui n’était malheureusement plus là pour le voir.

« Le passif colonial et esclavagiste était l’éléphant dans la pièce dont on évitait de parler en Afrique et en France. C’est le Québec qui m’a réconcilié avec l’Occident », explique-t-il avec beaucoup de reconnaissance.

Énigme politique

 

Écrit par son ancien attaché politique Serge Geoffrion, cet ouvrage dresse un portrait intime de Maka Kotto, mais empiète aussi forcément parfois sur le terrain politique. Il égratigne à quelques reprises le mouvement souverainiste, mais demeure somme toute assez tempéré, sans jamais tomber dans la vendetta personnelle.

En entrevue au Devoir, l’ancien politicien est cependant allé un cran plus loin en affirmant que le Parti québécois fait face à la quadrature du cercle en prétendant vouloir à la fois former un gouvernement et réaliser la souveraineté. « Porter un projet de société et gouverner, c’est antinomique. C’est impossible de plaire à tout le monde en gouvernant. On finit toujours par se mettre des gens à dos, des syndicats, avec nos décisions économiques. La question de l’avenir constitutionnel ne devrait plus être partisane. La question de la souveraineté devrait être défendue par la société civile, pas par un parti politique », soutient Maka Kotto, qui refuse cependant d’enterrer son ancienne formation politique.

Durant la dernière campagne électorale, il a activement milité pour son épouse, Caroline St-Hilaire, candidate malheureuse de la Coalition avenir Québec dans Sherbrooke. Mais il ne faut pas pour autant y voir un appui politique au parti de François Legault. « Caroline et moi, on est deux personnes très différentes. Elle a toujours été plus de centre droit, et moi de centre gauche. C’est une pragmatique, alors que je suis un idéaliste », poursuit celui qui a été défait en 2018 et qui exclut tout retour en politique active.

Le courage de ses convictions

 

Au cours de sa carrière politique de 14 ans à Ottawa puis à Québec, Maka Kotto aura tenté de convaincre d’autres immigrants du bien-fondé de la souveraineté, souvent en vain. Difficile de faire contrepoids au multiculturalisme canadien, dans lequel baignent les nouveaux arrivants dès leur arrivée au pays.

Mako Kotto dit exécrer le multiculturalisme, qui mène au « séparatisme entre les communautés » et qui empêche les immigrants de développer tout sentiment d’appartenance à l’endroit du Québec. Laïc convaincu, il croit aussi que le concept même d’appropriation culturelle est un leurre. À l’heure de débats enflammés sur le « mot en n », Maka Kotto ne se reconnaît pas dans cet antiracisme importé des campus américains, lui qui a pourtant milité toute sa vie — comme comédien, puis comme ministre — contre la discrimination et pour une plus grande diversité à l’écran.

« Longtemps il n’y a pas eu d’offre culturelle au Québec qui prenait en compte la diversité. Beaucoup d’immigrants ont donc été exposés à la culture états-unienne. Or, les États-Unis n’ont pas réglé leurs problèmes. Tant qu’ils ne l’auront pas fait, on assistera à des déviances. »

Au moins, les choses changent à la télé et au cinéma québécois. La diversité y est de plus en plus visible, se réjouit-il. Maka Kotto pourrait-il être tenté par un retour à ses premières amours ? Le comédien devenu politicien demeure évasif sur ses projets, mais il ne cache pas son envie de renouer avec l’art dans les prochaines années.

Maka Kotto. Les racines, les fleurs et les fruits

Serge Geoffrion, Les Éditions de l’Homme, Montréal, 2022, 267 pages.

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