Le quotidien dans l’Égypte ancienne

Une momie de chat présentée à l’exposition «Le temps des pharaons»
Photo: Marie-Josée Marcotte Icône Une momie de chat présentée à l’exposition «Le temps des pharaons»

Le temps des pharaons n’est pas tout à fait comme la plupart des expositions sur l’Égypte ancienne, qui se concentrent sur l’aura des pharaons. Cette mouture conçue par MuseumsPartner (Autriche), en collaboration avec le Lokschuppen Exhibition Center, le Musée Roemer et Pelizaeus (Allemagne) ainsi que le musée de l’Université d’Aberdeen (Royaume-Uni), nous plonge dans le quotidien de tous les sujets de ces rois élevés au statut de mi-dieu mi-humain. Plus encore, cette exposition intègre les nouvelles connaissances découlant des recherches des dernières décennies sur la hiérarchie structurant leur société, leurs moyens de subsistance, leurs croyances, leur alimentation, leurs coutumes vestimentaires et leur vision de la mort.

La passionnante expédition que nous propose l’exposition débute par une incursion sur les bords du Nil, ce fleuve qui a façonné le pays et ses habitants. Le Nil était alors la principale voie de communication à travers le pays, comme en témoigne notamment la maquette d’un bateau âgé d’environ 4000 ans. Les bateaux de ce type servaient à transporter des blocs de pierre pour la construction des pyramides, qui n’était pas assurée par des esclaves, mais par des artisans spécialisés.

Des objets authentiques

 

Les visiteurs auront notamment la chance inouïe de voir divers objets authentiques utilisés dans le quotidien des Égyptiens et dont l’état de conservation est époustouflant compte tenu du fait qu’ils sont âgés de plusieurs millénaires.

Par exemple, un ensemble de calames, ces roseaux taillés en pointe dont se servaient les scribes pour écrire sur le papyrus, et d’encriers contenant des pigments de cinq couleurs, qui date de 3500 ans. On trouve aussi un paillasson constitué de fibres végétales qui couvrait le sol de terre battue des maisons et une balayette, petite botte de roseaux servant au nettoyage du logis. « Dans les maisons les plus humbles, les gens s’asseyaient par terre sur ce paillasson, tandis que dans les demeures de personnes de statut social plus élevé, on pouvait disposer de tabourets, dont on peut voir un spécimen dans l’exposition », souligne Marie-Christine Bédard, commissaire de l’exposition.

Très impressionnants aussi sont ces fragments de tissus en lin, ces larges colliers faits de perles de faïence colorée, ces divers accessoires de maquillage, tels qu’un fard à paupières au khôl, un applicateur à fard, une pierre ayant servi à broyer les minéraux à fard et des pincettes pour l’épilation.

Autre pièce unique de l’exposition : un fragment de papyrus du Livre des morts, lequel rappelle tout ce que la personne doit avoir fait pour mériter de renaître dans l’Autre monde, explique l’égyptologue Regine Schulz, professeure à l’Université Ludwig Maximilians de Munich et directrice du Musée Roemer et Pelizaeus. Même si les pharaons ne sont donc pas au coeur de cette exposition, une salle est consacrée à six de ceux qui ont marqué l’histoire de l’Égypte ancienne par leurs accomplissements. Parmi eux, Khéops, qui est connu pour avoir érigé la Grande Pyramide de Gizeh ; Thoutmôsis III, qui a multiplié les conquêtes ; Ramsès II, qui, pendant son règne de 67 ans, a signé le plus ancien traité de paix connu au monde ; Akhenaton, qui tenta d’imposer une religion « monothéiste » centrée sur le dieu du Soleil Aton ; et Hatchepsout, épouse de Thoutmôsis, qui exerça la régence pendant la minorité de son beau-fils et par le fait même assuma tous les pouvoirs du pharaon. Quelques femmes ont en effet occupé la fonction de pharaon, et un portrait visuel et sonore nous est proposé pour certaines d’entre elles.

Le mythique Toutânkhamon n’y figure pas, car « il n’a assumé le titre de pharaon que de l’âge de 9 ou 10 ans à 19 ans et n’est célèbre à nos yeux qu’en raison de la découverte de son fabuleux tombeau il y a exactement cent ans », indique Mme Bédard.

Une des pièces maîtresses de l’expo est, bien sûr, la momie de dame Takhar, une riche maîtresse de maison qui a vécu à Thèbes il y a environ 2700 ans, qui gît à côté de son cercueil décoré et des quatre canopes qui contenaient ses viscères (foie, intestins, poumons et estomac).

Le recours à la tomodensitométrie (TDM) a rendu possible la réalisation d’un examen en profondeur de cette momie sans l’endommager, contrairement aux façons de faire de jadis, qui consistaient à déballer la momie, a expliqué Mme Schulz. « Cette technique d’imagerie nous permet même d’en apprendre sur les maladies dont la momie était atteinte et sur les raisons du décès. »

La TDM a ainsi servi à retirer virtuellement les 50 couches de bandelettes qui enveloppent la momie sans la détruire. Un hologramme animé fait donc voir aux visiteurs le dépouillement de la momie jusqu’à ses chairs séchées, puis son squelette. Une reconstruction faciale virtuelle de cette dame effectuée par des chercheurs de l’Université Albert-Ludwig de Fribourg est également présentée au chevet de la momie.

Le chat, animal sacré

 

Une spectaculaire reproduction de la chambre funéraire de Sennedjem, un employé de l’État qui vécut pendant le règne de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.), nous projette dans l’ambiance qu’on désirait créer pour la seconde vie du défunt.

Parmi les éléments exceptionnels de l’exposition se trouve aussi la momie d’un chat, animal sacré qui non seulement préservait les réserves de céréales des souris et des rats, mais aussi était considéré comme « une manifestation divine » qu’on ne pouvait blesser ou tuer sous peine d’être accusé d’un crime majeur. Plusieurs divinités égyptiennes épousaient pour cette raison des formes félines.

Une visite commentée est offerte aux visiteurs, qui pourront ainsi choisir d’approfondir des thèmes tels que l’esclavage, la condition des femmes et la construction des pyramides. Un atelier visant à stimuler l’observation des artefacts par les enfants sera également proposé aux familles. Des projections grand format et des écrans interactifs permettent d’appréhender plus concrètement certains des thèmes abordés.

Le temps des pharaons

Au Musée de la civilisation, à Québec, jusqu’au 12 mars 2023

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