Entendre les effets de la crise du logement

Stefan Christoff, musicien et membre du collectif, enregistrant des sons dans le quartier Villeray, à Montréal
Christian Konjian/La Brique Stefan Christoff, musicien et membre du collectif, enregistrant des sons dans le quartier Villeray, à Montréal

Chaque ville génère ses propres paysages sonores, et selon un collectif d’artistes montréalais, ceux de la métropole, en 2022, s’avèrent grandement influencés par la crise du logement. C’est pourquoi le groupe a lancé Réverbérations d’une crise. Une enquête sonore sur le logement à Montréal, vendredi soir, à la Casa Del Popolo. Il s’agit d’un ambitieux projet mêlant musique expérimentale et balado, interrogeant les effets de la crise à travers le son.

« On entend souvent parler du côté privé de la crise du logement, des drames individuels. Évidemment, le drame est immense, mais la crise du logement change aussi le visage de la ville dans son ensemble. Les quartiers et leurs ambiances changent », soutient Hubert Gendron-Blais, auteur, musicien, et chercheur postdoctoral à l’Université McGill.

Avec une dizaine d’autres artistes, M. Gendron-Blais a tendu le micro à des citoyens victimes de l’embourgeoisement de leur quartier. Il a également voulu rendre compte « des paysages sonores des espaces menacés », dit-il, en effectuant des enregistrements des sons ambiants de secteurs particulièrement touchés par la crise.

C’est ainsi que le collectif a lancé, vendredi, un album de musique expérimentale qui contient à la fois des extraits d’entrevues, des sons ambiants et de la musique originale. Le groupe a également produit un balado qui explore, en sept épisodes de trente minutes, différents thèmes connexes comme la gentrification, les politiques de la vie nocturne et l’itinérance autochtone.

« On a voulu enregistrer des sons qui rendaient compte de comment la crise du logement détruit des communautés affectives », explique M. Gendron-Blais. Sa propre pièce sur l’album, où l’on entend des enregistrements issus de la ruelle derrière l’appartement où il habite, à Parc-Extension, correspond précisément à cette démarche.

Il raconte avoir été « rénovincé » de son dernier appartement à Villeray, et s’être retrouvé à Parc-Extension par la force des choses. « En tant que jeune blanc éduqué dans un tel quartier en transformation, je participe à son embourgeoisement. C’est pourquoi j’ai plutôt choisi de faire entendre les cinq ou six langues qui peuvent être parlées en même temps dans ma ruelle l’après-midi. Ma pièce est comme un hommage à la multiplicité de ma ruelle, qui, au fond, est menacée », affirme Hubert Gendron-Blais.

Le son, plus « collectif » ?

En entrevue avec Le Devoir en septembre dernier, l’acousticien Romain Dumoulin déclarait qu’il y a « clairement un décalage entre le visuel et le sonore » dans notre perception de l’environnement. Les chercheurs des paysages sonores, comme M. Dumoulin, arrivent ainsi à démontrer empiriquement les conséquences de diverses politiques — qu’on ne voit pas — à travers le son.

M. Gendron-Blais explique justement que l’objectif de ses créations sonores est de « faire entendre des réalités qui sont peut-être moins audibles dans l’expérience individuelle, de toucher à quelque chose de plus ambiant, collectif et diffus ».

Tous les volets du projet Réverbérations d’une crise. Une enquête sonore sur le logement à Montréal, soutenu par le centre d’artistes Oroboro et le Conseil des arts du Canada, sont disponibles sur le site Web du même nom.

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