Plus de financement aux cinéastes de la diversité, moins aux francophones

Les tournages ont recommencé beaucoup plus rapidement durant la pandémie au Québec que dans le reste du Canada.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les tournages ont recommencé beaucoup plus rapidement durant la pandémie au Québec que dans le reste du Canada.

Téléfilm Canada a accordé aux productions francophones une part de financement moins importante cette année que lors des deux précédentes. L’institution fédérale, qui est l’un des plus importants bailleurs de fonds dans l’industrie du cinéma, réalise cependant des progrès importants en matière de diversité et de parité.

Au cours de l'exercice financier 2021-2022, l'enveloppe dégagée pour les projets francophones a augmenté pour revenir presque à son niveau d'avant la pandémie. En proportion, il s'agit toutefois d'une baisse. Alors que depuis deux ans, 39 % du budget de Téléfilm Canada était consacré aux productions en français, cette part a glissé à 33 % lors de la dernière année.

Cela dit, ce ratio deux tiers-un tiers ne représente pas en soi un recul, mais correspond plutôt à l’objectif de Téléfilm Canada depuis plusieurs années. « Ce n’est pas un recul, car il y a quelques années, on n’atteignait même pas la cible de 33 %. On était chanceux depuis deux ans d’être au-dessus d’un tiers. Ça s’expliquait probablement par le fait que les tournages ont recommencé beaucoup plus rapidement durant la pandémie au Québec que dans le reste du Canada », précise la présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), Hélène Messier.

Mme Messier croit cependant que l’objectif actuel de 33 % pour le cinéma en français est largement insuffisant, et plaide plutôt pour une hausse du seuil à 40 %. Elle ne manque d’ailleurs pas de rappeler que les libéraux fédéraux en avaient fait la promesse lors de la dernière campagne électorale. Joint par courriel, le cabinet du ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, a réitéré son engagement à « augmenter la part réservée de la production francophone », mais n’a pas donné d’échéancier.

« J’espère que le ministre va respecter sa promesse. Car le seuil de 33 % n’est pas du tout adéquat pour le Québec », poursuit Hélène Messier, qui souligne que la situation de l’industrie au Québec n’a rien à voir avec celle du cinéma du Canada anglais.

Plus que représentatif

 

Car même avec une enveloppe budgétaire plus importante et un marché plus grand, les films produits ailleurs au pays peinent à trouver leur public. En 2021, huit films québécois ont dépassé les 500 000 dollars au box-office. Un exploit dont peuvent se targuer à peine deux longs métrages produits au Canada anglais, dont le film jeunesse de la Pat Patrouille.

Par ailleurs, le rapport annuel de Téléfilm Canada affiche des chiffres impressionnants en matière de diversité. Parmi les 96 productions subventionnées par l’institution durant la dernière année, 26 avaient pour réalisateur une personne issue de la diversité. C’est même davantage en proportion que la part des membres de la population canadienne qui disent faire partie d’une minorité visible (environ 22 %). Autre donnée dont se réjouit Téléfilm : la zone paritaire hommes-femmes est atteinte pour plusieurs indicateurs. En effet, 40 % du financement a été accordé à des films portés par des réalisatrices. Il y a cinq ans, c’était 26 %.

« On s’est rendu compte que l’on avait peut-être des barrières systémiques dans nos programmes, on a donc modifié les critères pour être plus inclusifs. […] On commence à voir le fruit de ces efforts-là, mais il y a encore des angles morts. Il y a encore du travail à faire », indique avec prudence René Bourdages, vice-président de la gestion du portefeuille culturel chez Téléfilm Canada.

L’institution se défend de faire une obsession des questions de diversité et de parité. Pour Téléfilm, ces objectifs ne nuisent en rien aux productions francophones, même s’il est vrai que le nombre de créateurs issus des minorités visibles au Québec est moindre qu’en Ontario.

« C’est vrai que la réalité démographique n’est pas la même. C’est vrai non seulement au Québec, mais aussi dans l’Ouest et en Atlantique. On s’adapte donc aux réalités de chaque marché. […] Mais il ne faut pas non plus toujours utiliser la logique [démographique]. Sinon, l’allocation réservée à la production francophone ne serait pas d’un tiers, car la population francophone au pays est moins qu’un tiers », illustre M. Bourdages.

Selon lui, la baisse de la part du financement francophone de 39 % à 33 % est avant tout circonstancielle, et n’est en aucun cas délibérée.

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