Parution de «Londres», inédit de Céline sur les bas-fonds de la capitale britannique

Londres est le second roman de  Céline à être publié depuis que des manuscrits de l’auteur ont réapparu de manière attendue en 2021. Il est la suite de Guerre, publié l’an dernier.
Nicolas Bove Agence France-Presse Londres est le second roman de Céline à être publié depuis que des manuscrits de l’auteur ont réapparu de manière attendue en 2021. Il est la suite de Guerre, publié l’an dernier.

Un nouvel inédit de l’écrivain français Louis-Ferdinand Céline, Londres, paraît jeudi, roman qui avait longtemps disparu et qui dépeint la cruauté des bas-fonds de la capitale britannique il y a un siècle.

Ce volume de quelque 500 pages est tiré de près de 1200 feuillets manuscrits que Céline, fervent collaborationniste, avait laissés derrière lui en fuyant Paris pour l’Allemagne, en juin 1944.

Mis à l’abri pendant trois quarts de siècle, ces écrits sont réapparus de manière inattendue en 2021.

Les éditions Gallimard ont déjà publié en mai Guerre, un autre roman plus court, où un soldat de la Première Guerre mondiale grièvement blessé, le brigadier Ferdinand, évoque sa convalescence. Londres en est la suite.

Ferdinand, qui a échappé à la boucherie de la bataille des Flandres, s’échappe en 1916 de l’autre côté de la Manche.

« On la sentait dans Londres la guerre et partout mais de loin encore. Sur le pavé le soir venu c’était encore plus bourré d’attractions que d’habitude et les magasins congestionnés d’amateurs », décrit l’auteur.

Face sombre des mégapoles

 

Envoyé au consulat de France à Londres en 1915 après sa blessure sur le front, Louis Ferdinand Destouches dit Céline (1894-1961) contracte un mariage dont l’état civil n’aura jamais connaissance. Au terme d’une vie de plaisirs et d’ennui, il larguera les amarres pour le Cameroun en 1916.

Dans la biographie de référence de l’écrivain, republiée le 6 octobre par les éditions Bouquins, François Gibault décrit le jeune homme comme « captivé par la vie nocturne de Londres, celle des bas quartiers, celle de Soho où il se retrouvait avec [son ami Georges] Geoffroy au milieu des prostituées et des voyous qui l’avaient pris en sympathie ».

C’est grosso modo l’intrigue de Londres, une autofiction écrite très vraisemblablement en 1934, bien avant l’invention de ce terme.

Ferdinand est un poilu en sursis, qui écrit comme on parle dans la banlieue dont il est issu. Il dégoise sur le milieu interlope des proxénètes de la « pension Leicester » et sur sa passion pour Angèle, prostituée tirée de l’enfer du bordel par un riche Anglais.

Céline dépeint un nombre impressionnant de personnages pervers ou perdus, et de scènes violentes ou poignantes, éloquentes sur la face la plus sombre des mégapoles modernes.

 

Chez les chercheurs en littérature, un débat porte sur ce que représente véritablement Londres : première ébauche imparfaite de deux autres romans londoniens, Guignol’s Band (1944) et Le Pont de Londres : Guignol’s Band II (1964), ou oeuvre à part entière ?

Appareil critique

 

Pour l’éditeur, Gallimard, l’enjeu est autre. Il s’agissait de démontrer un savoir-faire, pour qu’arrive rapidement en librairie un volume constitué à partir de feuillets difficiles à déchiffrer.

Guerre a déjà connu un beau succès avec 163 000 exemplaires vendus, selon le cabinet GfK.

L’universitaire qui a établi l’édition de Londres, Régis Tettamanzi, évoque en introduction « des problèmes que l’on qualifiera par euphémisme d’ardus » : noms de personnages qui varient, mots illisibles, ponctuation largement absente, grammaire maltraitée, etc. Le résultat est pourtant très lisible.

Autre souci : traiter avec doigté la matière explosive qu’est l’antisémitisme virulent de Céline.

Alors que le manque d’appareil critique autour de Guerre avait surpris ou agacé, cette fois-ci, Gallimard aborde frontalement la question. D’autant que Londres décrit des Juifs échoués dans des quartiers miséreux et compte un personnage-clé qui se trouve être juif, le Dr Yugenbitz, médecin qui initie Ferdinand à son art.

« Sur le sujet du racisme, le roman ne se prête pas aux simplifications abusives ; il illustre bien plutôt l’état d’esprit de Céline avant la crise de 1936 et la furie pamphlétaire des années suivantes », avance Régis Tettamanzi.

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