«Le génocide des Amériques» : une tragédie humaine

Marcelo Grondin
Photo: Gracieuseté d'Écosociété Marcelo Grondin

C’est l’histoire d’une tragédie humaine, celle de la découverte des Amériques par les empires européens, à partir de 1492. Trop longtemps, le récit eurocentré du Nouveau Monde a été abordé sous la lorgnette déformée des colonisateurs affichant une image d’Épinal, celle de l’explorateur Christophe Colomb posant le pied sur un continent quasi vierge regorgeant de richesses. Or, la réalité fut tout autre et moins glorieuse. De nombreux spécialistes et anthropologues ont, depuis, remis les pendules à l’heure, dont l’historien américain David E. Stannard qui, dès les années 1990, soutenait dans ses travaux que la colonisation européenne des Amériques a entraîné l’une des plus grandes séries de génocides de l’histoire.

Dans Le génocide des Amériques, la sociologue Moema Viezzer et le docteur en sciences sociales d’origine québécoise Marcel Grondin, tous deux installés à Toledo, au Brésil, nous livrent un panorama bref mais bien documenté sur la disparition progressive des premiers peuples d’Amérique, de la Terre de Feu au pôle Nord.

Le défi d’une telle entreprise est de taille. Les auteurs tentent, en 360 pages, de dresser l’inventaire des destructions à travers un immense territoire qu’ils divisent en cinq grandes régions : les Caraïbes, le Mexique, les Andes centrales, le Brésil et les États-Unis. L’ensemble, qui se lit d’une seule traite — malgré les catastrophes et drames abordés —, se veut avant tout didactique.

Le livre met en évidence les ressorts de la machine coloniale, «capitaliste et impériale» qui a motivé les premiers envahisseurs, qu’ils soient espagnols, portugais, anglais ou français.

Toujours dans un souci pédagogique, le livre, destiné à un large public, revient sur plusieurs moments clefs qui poussèrent, à partir du XVe siècle, les puissances européennes à chercher de nouvelles voies maritimes.

Les droits de passage de plus en plus lourds imposés par l’Empire ottoman convainquent les Espagnols et les Portugais à s’aventurer sur les rives de l’Atlantique.

Du point de vue des opprimés

 

Le génocide des Amériques met aussi en évidence les ressorts de la machine coloniale, « capitaliste et impériale » qui a motivé les premiers envahisseurs, qu’ils soient espagnols, portugais, anglais ou français.

À la manière de Howard Zinn avec son Histoire populaire des États-Unis (2003), les auteurs racontent les conséquences de la découverte du point de vue des opprimés. À l’échelle du continent, Viezzer et Grondin dénombrent plus de 70 millions de victimes, n’hésitant pas à qualifier cette hécatombe comme « le plus grand génocide de l’histoire humaine ».

Notons que le dernier chapitre, consacré spécifiquement au Canada, est écrit par l’historien innu Pierrot Ross-Tremblay, originaire d’Essipit sur la Côte-Nord, en collaboration avec l’avocate Nawel Hamidi. On y apprend d’ailleurs qu’en 1492, le pays comptait 2 millions d’Autochtones. Ils n’étaient plus que 120 000 en 1913.

Mais devant ces chiffres effarants, l’essai revient également sur les nombreuses luttes et tentatives de résistance de la part des premiers peuples. Au coeur de la jungle amazonienne ou bien dans les prairies de l’Ouest américain, des hommes et des femmes, dépossédés et humiliés, se sont soulevés contre l’oppresseur. Un combat pour la survie qui se poursuit aux quatre coins des Amériques, rappellent les auteurs.

Le génocide des Amériques

★★★

Marcel Grondin et Moema Viezzer, Éditions Écosociété, Montréal, 2022, 360 pages



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