Emmanuel Bilodeau bientôt autosuffisant, mais pas suffisant

Avant tout un divertissement, le deuxième spectacle solo d’Emmanuel Bilodeau possède tout de même quelques commentaires politiques.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Avant tout un divertissement, le deuxième spectacle solo d’Emmanuel Bilodeau possède tout de même quelques commentaires politiques.

Emmanuel Bilodeau présente son deuxième spectacle d’humour, Dans le pétrin, un clin d’oeil au premier degré à sa passion presque obsessionnelle pour la fabrication de pain maison, mais aussi un plaidoyer contre le « pétrin » dans lequel la planète se trouve. À l’écoanxiété s’ajoute le poids de l’âge, qui se fait de plus en plus sentir pour le comédien de 58 ans, père de quatre enfants, dont la petite dernière n’est même pas encore en âge d’aller à l’école.

« Quatre enfants, c’est beaucoup trop », se plaît à plaisanter ce père indigne décomplexé à qui d’aucuns s’identifieront. Se décrivant aussi comme le « plus vieil humoriste débutant », Emmanuel Bilodeau préfère se moquer de « son pétrin », souvent avec une pointe d’autodérision, parfois avec des commentaires plus politiques ici et là, sans pour autant forcer la note.

Son deuxième one-man-show se veut avant tout un divertissement, mais tant mieux s’il fait aussi réfléchir. Et pour cause, la question de l’avenir du monde, de la planète, demeure en filigrane de ce nouveau spectacle. Reconnu pour être très politisé et un peu fort en gueule, le comédien de formation est à l’aise avec l’étiquette « d’artiste engagé », même s’il ne la revendique pas.

« Le premier show, c’était vraiment mon objectif. J’avais le complexe du sauveur. Je voulais changer le monde, changer le Québec. Mais finalement, je me suis rendu compte que ce n’était pas nécessaire. […] Ce n’est pas que je suis plus cynique, c’est que je suis moins idéaliste. Mon but aujourd’hui, c’est vraiment de me présenter, de parler de ma vie en faisant rire. S’il y a des gens qui peuvent trouver ça inspirant, tant mieux », poursuit Emmanuel Bilodeau, qui a présenté son premier spectacle solo, le One Manu Show, en 2014.

À l’époque, il avait bénéficié de la machine de promotion des Productions J. Mais cette fois-ci, Emmanuel Bilodeau tenait à un spectacle plus minimaliste, avec une mise en scène dépouillée, sans artifice. « La dernière fois, il y avait un panneau de moi sur le bord du pont, et je me suis senti imposteur. C’est une game que je n’ai plus envie de jouer à mon âge. Je n’ai plus rien à prouver. J’ai le goût de faire des salles plus petites. En fin de semaine, j’étais à Laval devant 200 personnes, et c’était juste parfait, je n’ai pas besoin de plus », résume Emmanuel Bilodeau, en droite ligne avec le désir de simplicité volontaire et de retour à la terre qui l’anime depuis quelques années.

Plus écolo que souverainiste

 

Durant la pandémie, lui et sa conjointe, Édith Cochrane, ont tenté de devenir autosuffisants, une démarche qu’ils ont documentée dans la série C’est plus qu’un jardin, diffusée l’an dernier sur Unis TV. Depuis, ils ont vendu leur chalet des Laurentides pour acheter un petit lopin de terre dans les Cantons-de-l’Est, toujours dans cet esprit de réduire au minimum leur empreinte écologique.

Connu pour avoir interprété René Lévesque au petit écran, Emmanuel Bilodeau estime aujourd’hui être « plus environnementaliste que souverainiste », même s’il caresse encore le rêve de voir le Québec accéder à l’indépendance. Bien qu’il assume ses convictions dans son spectacle, l’humoriste et acteur tient toutefois à ne pas jouer l’artiste donneur de leçons sur scène.

« Je me dévalue sans arrêt. À cause de l’émission qu’on a faite, les gens pensent qu’on est donc autosuffisants. Mais pantoute ! On essaie, mais on est poche. Je ne sais même pas comment planter une carotte comme du monde », confesse-t-il en rigolant à l’autre bout du fil, alors qu’il est justement en train de cuire son pain.

Pas un plan B

 

Emmanuel Bilodeau est devenu un as du pain maison. Dans les dernières années, et encore plus durant la pandémie, il a eu le luxe du temps afin de parfaire sa technique pour pétrir la pâte. De son propre aveu, les offres à la télé et au cinéma se sont faites plus rares, « le téléphone sonne moins ».

« En même temps, dans les cinq dernières années, ça tombait bien avec la naissance de la petite. Mais là, je serais prêt à travailler plus. J’en rêverais, même. Ce n’est pas bon de dire ça, car ça a l’air loser, et les gens ne veulent pas engager des losers. Ils veulent des Claude Legault et des Paul Doucet. […] Mais bon, je ne ferai pas un Guillaume Lemay-Thivierge de moi, et je ne monterai pas sur la scène pour dire qu’on voit toujours les mêmes », glisse-t-il avec une honnêteté déconcertante.

Emmanuel Bilodeau se résigne à ne plus être la coqueluche des réalisateurs et des directeurs de distribution. Il sait trop bien que cela fait partie des aléas du métier d’acteur. Sa place pour le moment est peut-être sur la scène, seul, en tant qu’humoriste. De toute manière, il s’y plaît. De plus en plus, même. Le fameux « sentiment d’imposteur », qui l’habitait lors de son premier one-man-show, ne le dévore plus. Il a enfin l’impression d’être arrivé à un spectacle achevé, à son image.

« L’humour n’a jamais été un plan B. Même quand j’étais à l’École nationale de théâtre, j’aurais voulu faire de la scène. Les gens me disaient que j’étais drôle, que je serais bon. Mais je n’osais même pas en rêver », insiste l’humoriste, qui ne se trouve pas dans le pétrin, sur le plan professionnel à tout le moins.

Dans le pétrin

D’Emmanuel Bilodeau, au théâtre Outremont le 7 octobre et en tournée au Québec.

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