Le metteur en scène Franco Dragone est décédé

Franco Dragone, photographié ici en 2017
Éric Lalmand Franco Dragone, photographié ici en 2017

L’illustre metteur en scène Franco Dragone n’est plus. La nouvelle a été confirmée vendredi dans un communiqué du Cirque du Soleil. D’origine belge, il a signé certaines des productions les plus emblématiques de l’entreprise québécoise, dont Mystère (1993), Alegría (1994), et O (1998). Il avait 69 ans.

Le metteur en scène a mené d’ambitieux projets partout dans le monde, notamment à Las Vegas, à Macao et à Abou Dabi. Parmi ses plus marquants, notons la première série de spectacles de Céline Dion en résidence à Las Vegas, A New Day, lancée en 2003.

« Nous sommes profondément attristés d’apprendre le décès de Franco Dragone. Nous sommes de tout coeur avec ses amis, sa famille et l’ensemble de l’organisation Dragone. Franco était une icône de l’industrie », a indiqué la direction du Cirque du Soleil. Au total, le metteur en scène a réalisé une dizaine de spectacles avec la troupe fondée par Guy Laliberté.

Très proche du Québec toute sa vie, M. Dragone a découvert la Belle Province au début des années 1980, alors qu’il était âgé d’une trentaine d’années. Il avait précédemment travaillé en théâtre, en Belgique, comme acteur et metteur en scène.

C’est lorsqu’il donne des ateliers de commedia dell’arte au Québec et enseigne à l’École nationale de cirque de Montréal qu’il fait la connaissance de Guy Laliberté. Il commence ainsi à produire des spectacles pour le Cirque du Soleil, une toute jeune entreprise à l’époque.

« Il a propulsé le Cirque »

Selon le professeur Louis Patrick Leroux, spécialiste en théâtre et cirque à l’Université Concordia, M. Dragone a révolutionné le milieu. C’est grâce à ses mises en scènes que le Cirque du Soleil a été « propulsé » au rang des plus illustres compagnies au monde, estime-t-il.

« Franco Dragone a apporté des références esthétiques européennes, puisant dans la commedia dell’arte, dans les masques. Dans chacun de ses spectacles, il y avait un Pierrot, une Colombine, un Scapin », explique M. Leroux.

M. Dragone a aussi « tourné le regard de la scène vers la salle, dans la mesure où la structure des spectacles reposait sur un fantasme collectif où on se projetait sur un personnage qui pouvait être nous, qui vivait des aventures, des rêves, et qui en ressortait », dit-il.

Selon M. Leroux, bien que Franco Dragone ait produit de nombreux spectacles majeurs pour le Cirque du Soleil, « O est son chef-d’oeuvre […] parce que tout y est : il met le paquet, il y a une grande piscine, il puise dans la tradition perdue du cirque aquatique du XIXe siècle, c’est baroque, c’est rococo, c’est tout ! »

Un héritage assombri

 

Après O, l’un de ses derniers spectacles avec le Cirque du Soleil, Franco Dragone était devenu très influent. À un point tel qu’il pouvait « imposer à Céline Dion de venir travailler dans son petit village en Belgique pour monter son spectacle parce qu’il ne voulait pas voyager », raconte le professeur Leroux.

C’est ainsi qu’au début des années 2000, il a « fait le tour de ce qu’il pouvait faire au Cirque », indique M. Leroux. Il se tourne alors vers des projets en solo et fonde sa propre société, Dragone, à La Louvière, en Belgique.

Franco Dragone est retourné au Québec à quelques reprises, entre autres pour monter l’installation-événement Le Potager des visionnaires sur le toit du Musée de la civilisation de Québec à l’occasion du 400e anniversaire de la capitale.

Malgré le mérite incontestable de son travail de metteur en scène, sa réputation a été entachée à quelques reprises. Il a notamment été mêlé à des histoires de blanchiment d’argent et a été cité en 2016 dans les « Panama Papers ». Plus tard, en juin 2020, Le Devoir rapportait qu’il était soupçonné, avec cinq complices, de fraudes fiscales internationales commises entre 2005 et 2012, et dont le montant était estimé à environ 30 millions de dollars.

« C’est assez ironique de s’imaginer qu’il faisait du théâtre politique dans sa jeunesse, en Europe, et qu’il a ensuite participé à mettre sur pied l’une des entreprises artistiques les plus rentables au monde », conclut le professeur Leroux.

Selon plusieurs médias, Franco Dragone serait mort des suites d’une crise cardiaque.

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