François Legault a les qualités de ses défauts

François Legault est le plus âgé des chefs en lice et aussi celui qui a le plus d’expérience.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

François Legault est le plus âgé des chefs en lice et aussi celui qui a le plus d’expérience.

L’image compte énormément en politique, encore plus dans nos sociétés hypermédiatisées obsédées par le look. La série «Images et chefs» examine comment les chefs des partis en campagne électorale jouent de leurs représentations pour séduire l’électorat.

François Legault a beau parler lentement, avec des gestes posés et rassurants pour marquer chacun de ses mots, à l’intérieur, c’est un homme bouillant et pressé.

C’est du moins ce dont se souvient l’ancienne ministre péquiste Louise Harel, qui a aussi été leader parlementaire à ses côtés, quand il était ministre de l’Éducation sous le gouvernement de Lucien Bouchard, entre 1998 et 2001. Pour François Legault, croit-elle, les jeux de la campagne sont faits. Aussi bien en finir au plus vite.

« C’est un expéditif, dit-elle en entrevue. Depuis le début de la campagne, je me dis qu’il doit trouver le temps long. Pour lui, c’est fait, les sondages le confirment. Il a une avance considérable. Sa réaction doit être la même que celle qu’il avait lorsqu’il siégeait comme député ou comme ministre. C’est-à-dire que [pour lui] les débats sont inutiles. »

Cette attitude, François Legault pourrait en avoir hérité du monde des affaires, où il a fait ses premières armes. « Il est un peu à l’image d’autres personnes que j’ai connues qui sont issues du milieu privé », poursuit Mme Harel.

Son pire ennemi

 

« Son plus grand adversaire, c’est lui-même », ajoute l’ancienne ministre libérale Nathalie Normandeau, aujourd’hui animatrice de radio. On l’a vu, tout récemment, lorsqu’il a dû s’expliquer à plusieurs reprises au sujet d’un rapprochement qu’il a fait entre la violence et l’immigration. « Il prend des raccourcis », dit-elle.

Reste que l’homme a joui, tout au long de la pandémie, d’une couverture médiatique exceptionnelle. Invité quotidiennement sur le petit écran des Québécois, il y donnait religieusement ses directives pour garder le peuple en santé.

Dans ce contexte, ses manières de bon père de famille, son parler terre à terre, sans envolée lyrique, voire sans éclat, fidèle à sa mère et à ses enfants, ne pouvaient pas tomber en sol plus fertile.

« La pandémie lui a permis d’être en campagne durant des mois, avec une présence à l’écran quotidienne. Ça, il n’y a personne qui peut battre ça », dit Mireille Lalancette, professeure de communication politique à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

D’un père de famille, surtout en période de crise, on attend moins le clinquant, le panache, que la persévérance et la régularité, voire l’humilité.

« Son image s’est beaucoup améliorée durant la pandémie, constate le chroniqueur politique du Devoir Michel David. En fait, ses défauts, tout ce qu’on lui reprochait, sont devenus des qualités. Quand il était dans l’opposition, les gens le regardaient de haut. On disait qu’il était terre à terre, qu’il n’était pas capable de défendre des grandes idées. Tout cela s’est retourné en sa faveur, on dit maintenant qu’il est proche des gens, qu’il ne se prend pas pour un autre… »

Un vocabulaire limité

 

Mais François Legault reste « un gaffeur », constate-t-il, dont le vocabulaire relativement limité ne permet pas la nuance, et le fait parfois paraître « pataud, trop carré ».

« François Legault n’est pas un grand orateur, ni en anglais ni en français, confirme Mireille Lalancette. Il se présente comme étant un bon gestionnaire, qui a tenu ses promesses. La pandémie l’a rendu humble, il dit : “je me suis ajusté” ».

Pour Nathalie Normandeau, pas question donc pour François Legault d’arborer des vestons coûteux ou des cravates flamboyantes. L’homme a beau avoir épousé Isabelle Brais, qui avait autrefois un magasin de vêtements rue Laurier, il arbore un profil vestimentaire discret. C’est Isabelle Brais qui le conseille cependant à ce sujet, et c’est aussi elle, a-t-il dit au Québec entier, qui lui coupait les cheveux durant la pandémie.

Depuis, François Legault attend les élections sourire aux lèvres, serre des mains, répond aux critiques sans s’énerver… la plupart du temps. « Je m’attends à me faire attaquer », disait-il fièrement la semaine dernière, faisant référence à son avance dans les sondages, quelques jours avant le débat télévisé qui l’a opposé aux autres chefs jeudi dernier.

Les analystes l’y ont trouvé moins performant, le nez chaussé de nouvelles lunettes qui lui donnaient, selon certains commentaires, l’oeil vieilli et fatigué, comme seul au sommet au milieu d’une meute d’ambitieux verbomoteurs.

Il faut dire que c’est le plus âgé des chefs en lice et aussi celui qui a le plus d’expérience.

« Il a vieilli, et cela l’avantage d’être le plus vieux des cinq chefs, commente Nathalie Normandeau. Il a l’expérience et il a tout son bagage politique ». En même temps, cela peut-être un désavantage, lorsqu’il doit incarner le changement, plutôt que la stabilité et la continuité. « Il est parfois moins énergique, ajoute-t-elle. Les autres chefs sont jeunes et dynamiques. Est-ce que ça va jouer dans la balance ? » Poser la question, c’est y répondre.



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