«Mon île, mon coeur»: l’envers de la scène

Ce sont peut-être les Montréalais qui se reconnaîtront le plus dans le spectacle «Mon île, mon coeur».
Alexandre Galliez Ce sont peut-être les Montréalais qui se reconnaîtront le plus dans le spectacle «Mon île, mon coeur».

Pour connaître Montréal, il faut sans doute avoir gravi, en hiver, les escaliers extérieurs de ses maisons, vers une fête animée où les manteaux s’empilaient dans une chambre, et les bottes dans le bain. Il faut avoir marché longtemps en pleine nuit, dans le silence des flocons légers tourbillonnant dans le ciel, et au petit matin, trouver, dans un café accueillant, tout ce qu’il faut pour se réchauffer.

Ce Montréal, Shana Carroll, l’une des fondatrices du cirque Les 7 doigts, en a saisi l’essence, et l’a parfaitement rendu dans le spectacle Mon île, mon coeur, qui inaugure la toute nouvelle salle du Studio-Cabaret du Théâtre St-Denis.

Montréalaise d’adoption, originaire de San Francisco, ville à laquelle elle a déjà consacré un spectacle, Shana Carroll a choisi de faire de Montréal, et de ses charmes à découvrir, le clou même de son spectacle.

C’est dans la peau d’un nouvel arrivant, Pablo, que l’on redécouvre la ville, avec sa chaleur accablante en été, ses froids polaires en hiver, et ses mots d’un français parfois bâtard qu’on ne prononce nulle part ailleurs. Avec lui, on fredonne des chansons de Leonard Cohen réinterprétées, du Jean Leloup pur jus, et on s’attache à un esprit bon enfant, qui colmate le mal de vivre, les chagrins d’amour et les printemps douloureux.

Dans ce contexte, les numéros de voltige du cirque, du trapèze à jonglerie, de la bicyclette acrobatique au mât chinois, le fil de fer, viennent surtout étayer cette déclaration d’amour fondamentale à la ville et à ses possibilités. En effet, ces numéros auraient pu être présentés dans toute autre ville du monde, mais c’est à Montréal, ville de cirque s’il en est une, qu’ils ont lieu, et ça n’est pas anodin.

La nouvelle salle du Studio-Cabaret de l’Espace St-Denis, où le spectacle se déploie avec force projections multimédias, aspire ouvertement à accueillir des touristes. Le spectacle s’offre d’ailleurs également en version unilingue anglaise. Reste que ce sont peut-être les Montréalais qui se reconnaîtront le plus dans le spectacle Mon île, mon coeur.

Bien sûr, Montréal ne livre pas ici tous ses secrets. Il faudra un jour raconter les raffineries de pétrole de l’est ou les parcs ombragés de Pointe-Claire. Il faudra dire d’autres Montréal, à travers des expériences humaines, à travers ses expériences qui se multiplient.

Mais le Montréal qui est livré ici existe, on y est né, on y a grandi, et, comme tant d’immigrants avant et après nous, on y est resté.

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