Les églises du diocèse de Montréal se réinventent

Pascaline David
Collaboration spéciale
L’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal abrite trois salles de spectacle où se tiennent des concerts de musique classique ou populaire. Le directeur de choeur Frédéric Vogel y dirige notamment une chorale de 170 chanteurs et 15 musiciens.
ÉGLISE CATHOLIQUE À MONTRÉAL L’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal abrite trois salles de spectacle où se tiennent des concerts de musique classique ou populaire. Le directeur de choeur Frédéric Vogel y dirige notamment une chorale de 170 chanteurs et 15 musiciens.

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

Le patrimoine religieux est un témoin de l’héritage fondateur du Québec et de Montréal. Pour Caroline Tanguay, directrice des services administratifs aux fabriques du Diocèse de Montréal, les églises ont encore leur place dans le parc immobilier, car ce sont des édifices auxquels les citoyens demeurent largement attachés, malgré la diminution de la pratique religieuse.

L’archidiocèse de Montréal, qui inclut l’île de Montréal et de Laval, Repentigny ainsi que l’Assomption, abrite 214 églises. Si la plupart de ces lieux de culte ont été construits entre 1945 et 1975, près d’une vingtaine ont ouvert après cette période. Ce patrimoine religieux représente la somme des savoir-faire d’une époque, qu’il s’agisse d’oeuvres d’art, de menuiserie, de sculpture ou d’architecture.

« Il est fragilisé, mais il fait partie de notre héritage fondateur de Montréal et du Québec, puisque de nombreux quartiers et villages se sont développés autour des églises, affirme Mme Tanguay. Beaucoup de citoyens demeurent attachés à ces édifices et se mobilisent pour les préserver, car ils portent l’histoire des communautés. »

Les bénévoles sont ainsi essentiels dans le maintien de ces endroits. « Leur engagement est fondamental, que ce soit pour des tâches administratives, pour ouvrir les portes ou aider aux travaux, ajoute-t-elle. Ils tiennent parfois ça à bout de bras. »

Conservation… et création

Caroline Tanguay s’occupe notamment des réserves diocésaines, c’est-à-dire des objets récupérés quand les églises sont vendues, par exemple. Elle veille également à la préservation des valeurs patrimoniales des lieux de culte. Depuis cette année, elle dirige les services administratifs de l’archidiocèse, un mandat qui correspond à ses passions : l’histoire de l’art et la conservation du patrimoine bâti, deux domaines qu’elle a étudiés à l’université.

Lorsqu’on l’interroge au sujet de la conservation du patrimoine situé sur le territoire de l’archidiocèse de Montréal, l’aspect restauration lui semble incontournable. « Les paroisses doivent demander des subventions au CPRQ pour faire des travaux, par exemple pour remplacer un toit centenaire, explique Mme Tanguay. Ensuite, il y a tout ce qui est intérieur des bâtiments, comme les oeuvres d’art sacré, qui méritent aussi qu’on en prenne soin. »

La mise en valeur de ces lieux peut aussi être synonyme de création, grâce à l’octroi de contrats à des artistes contemporains. En 2021, l’artiste multidisciplinaire mohawk Marian Snow (MC Snow), de Kahnawake, a réalisé une statue de la sainte Kateri Tekakwitha, désormais installée à l’intérieur de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, au centre-ville de Montréal.

Un projet de réaménagement a aussi vu le jour au sanctuaire du Saint-Sacrement, en plein coeur du Plateau Mont-Royal, alors qu’une nouvelle communauté, les fraternités monastiques de Jérusalem, est venue s’y installer en 2004. C’est un de leurs moines, architecte de formation, qui a réalisé les dessins. La communauté a par ailleurs commandé des pièces à des artistes.

« Même aujourd’hui, dans un lieu plus ancien et classé monument historique, il peut y avoir des touches contemporaines, indique Caroline Tanguay. Ils sont toujours vivants. »

Se réinventer pour sauvegarder

 

Force est de constater que la pratique religieuse est en baisse et qu’il est parfois difficile de trouver les ressources pour conserver le patrimoine bâti, l’Église ne vivant que de dons. Sur le territoire du diocèse de Montréal, 57 églises ont été vendues entre 1995 et 2014, selon les derniers chiffres à jour. Occasionnellement, elles sont cédées à d’autres communautés religieuses, à des associations qui proposent des services sociaux ou bien à des organismes privés.

La réutilisation des lieux par des organismes permet souvent la tenue d’activités de solidarité, comme la distribution de nourriture ou l’accueil de personnes en situation d’itinérance. Les bâtiments n’ont donc plus vocation au culte, mais les personnes qui les achètent leur permettent de continuer à exister dans le paysage urbain.

Si les églises sont fréquemment associées au passé, certaines bénéficient ainsi d’une nouvelle vocation, tandis que d’autres tentent de trouver des solutions innovantes. C’est le cas de l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui abrite trois salles de spectacle. S’y tiennent des concerts de musique classique ou populaire, des représentations de danse ou de théâtre, mais aussi des congrès et autres événements corporatifs. Le directeur de choeur Frédéric Vogel y dirige notamment une chorale de 170 chanteurs et 15 musiciens.

« L’objectif est de rester une église, mais de trouver les moyens financiers en favorisant différents usages, explique Caroline Tanguay. L’argent investi n’est alors plus seulement destiné aux usagers de l’église, mais à toute la communauté d’un quartier ou d’une ville. »

Pour Mme Tanguay, il existe bel et bien des défis pour préserver le patrimoine religieux, mais il est encore possible d’y faire face, avec un peu de créativité.

« Même aujourd’hui, dans un lieu plus ancien et classé monument historique, il peut y avoir des touches contemporaines. Ils sont toujours vivants. »

La réutilisation des lieux par des organismes permet souvent la tenue d’activités de solidarité. Les bâtiments n’ont donc plus vocation au culte, mais les personnes qui les achètent leur permettent de continuer à exister dans le paysage urbain.

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