Une autre histoire de l’art

Pascaline David
Collaboration spéciale
Dans l'église Saint-François-de-Sales, on peut admirer une oeuvre d'origine très rare peinte par T.-X. Renaud.
Photo: Vincent Girard Dans l'église Saint-François-de-Sales, on peut admirer une oeuvre d'origine très rare peinte par T.-X. Renaud.

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

La Ville de Laval compte une quarantaine de lieux de culte de diverses confessions et traditions. Sensibiliser le public et mettre en valeur le patrimoine extraordinaire qui s’étale sur le territoire lavallois, telle est la mission de la Société d’histoire et de généalogie de l’île Jésus.

« Le patrimoine religieux est un peu malmené. C’est pourquoi il est nécessaire de créer des liens à long terme avec les communautés, pour le sauvegarder », explique Jasmin Miville-Deschêne, directeur de la Société d’archives de Laval et de la Société d’histoire et de généalogie de l’île Jésus, mandatée pour favoriser la participation des lieux de culte lavallois aux Journées du patrimoine religieux.

Ana Manescu, urbaniste et coordonnatrice à la régie patrimoine de la Division art et culture de la Ville de Laval, est du même avis. « C’est un premier point de contact important avec les communautés, dit-elle. On souhaite que les lieux de culte aient envie d’ouvrir leurs portes au-delà de cet événement. »

La Ville de Laval tient particulièrement à promouvoir la représentation de la diversité de ses lieux de culte lors des Journées du patrimoine religieux. Très multiculturelle, notamment dans le quartier Chomedey, cette terre d’accueil compte 28,5 % de sa population issue de l’immigration.

Découvrir le patrimoine de l’île

Avec l’application Parcourir Laval, développée en 2015 pour le 50e anniversaire de la Ville, il est déjà possible de découvrir les anciens noyaux villageois par l’entremise de circuits. Pour bonifier l’offre, Maude Trottier, historienne de l’art et chargée de projet à la Société d’histoire, est allée à la rencontre des personnes responsables de lieux de culte durant l’été. Ces riches discussions ont permis, du même coup, d’évoquer les Journées du patrimoine religieux.

« C’est un travail très humain, raconte Mme Trottier, qui a notamment échangé avec le directeur du Centre culturel islamique de Laval. C’était passionnant de comprendre son projet conceptuel et matériel, qui est très précis. » Ainsi, l’historienne de l’art a découvert une volonté de ne pas afficher de motifs religieux explicites à l’extérieur du centre, c’est-à-dire que les symboles ornementaux ont été choisis pour leur neutralité. Elle a également été impressionnée par la quantité d’activités communautaires organisées dans les milieux non catholiques.

Une autre histoire de l’art

« En règle générale, on ne peut pas décrire le patrimoine religieux de Laval comme étant très flamboyant, souligne Jasmin Miville-Deschêne. Son passé agricole et de villégiature et sa modernité font qu’on va moins le remarquer. » Sur 42 lieux de culte répertoriés sur l’île, 31 ont été érigés après 1945. Toutefois, si certains édifices ne semblent pas exceptionnels vus de l’extérieur, ils renferment des détails architecturaux et artistiques qui valent le détour.

Certaines oeuvres liturgiques représentent d’ailleurs l’occasion de connaître des artistes locaux et moins connus malgré leur contribution importante. « Les journées du patrimoine religieux sont importantes, car elles permettent de faire connaître une autre histoire de l’art », indique Maude Trottier.

À l’église Saint-Léopold, les sculptures et ameublements de Gaétan Therrien sont représentatifs de toute l’histoire de la villégiature qui a eu lieu sur l’île Jésus, à la fin du XIXe siècle. « À l’intérieur, il y a une sorte d’intimité préservée et un esprit de communauté assez fort », poursuit-elle.

Le patrimoine de l’église Saint-François-de-Sales renferme également un riche patrimoine. Il s’agit de la première paroisse de l’île Jésus, bien que l’église ait été reconstruite plusieurs fois. On peut y admirer un décor peint par T.-X. Renaud, une oeuvre d’origine très rare, alors que la plupart ont disparu dans les flammes d’un incendie. S’y trouvent aussi un crucifix d’Olindo Gratton et un relief polychrome de René Beauvais, dit Saint-James.

La modernité se mêle souvent à l’ancien, notamment sur les chemins de croix comme celui d’Alfred Pellan, à l’église Saint-Théophile. « Cela casse les préjugés comme quoi l’art religieux est un peu ronflant, commente Maude Trottier. Au contraire, il y a énormément d’innovations artistiques et techniques. »

Préserver la conscience de l’archive

À travers son mandat, la Société d’histoire souhaite aussi aider les communautés dans le traitement de leurs propres archives. Si certaines sont bien classées dans les voûtes, d’autres sont inexistantes. « Il y a une urgence de documenter. On a parfois besoin d’aller chercher directement des sources orales ou des documents paroissiaux », indique Mme Trottier.

Ce travail de fourmi occasionne de belles surprises. « Il y a une vierge noire à l’église de Saint-Maurice-de-Duvernay, mais on ne savait pas qui l’avait signée, raconte l’historienne de l’art. Jusqu’au jour où, lors d’une rencontre, la responsable des lieux a émis l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’une oeuvre de Norma Blass, la mère de la renommée sculptrice canadienne Valérie Blass. On a découvert que c’était bel et bien le cas. » Maude Trottier ne cache pas sa joie d’avoir pu établir ce lien, rappelant l’importance de s’intéresser au patrimoine religieux qui, à bien des égards, est toujours vivant.

Toutefois, si certains édifices ne semblent pas exceptionnels vu de l’extérieur, ils renferment des détails architecturaux et artistiques qui valent le détour

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