Un voyage dans le temps garanti

Pascaline David
Collaboration spéciale
La jardin du monastère a été aménagé par les Hospitalières pour nourrir les patients de l’hôpital et devenir le plus grand verger de l’île de Montréal, au XIXe siècle.
GILBERT LANGLOIS La jardin du monastère a été aménagé par les Hospitalières pour nourrir les patients de l’hôpital et devenir le plus grand verger de l’île de Montréal, au XIXe siècle.

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

En compagnie du directeur général du Musée des Hospitalières, Paul Labonne, nous partons à la découverte de l’ensemble conventuel des soeurs. La crypte, la chapelle, le jardin et le monastère, où elles ont habité durant plus de 150 ans, renferment de nombreux secrets d’histoire.

C’est avec un enthousiasme sincère que Paul Labonne nous accueille à l’entrée du Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal, situé au pied du mont Royal. « Vous voyez cet escalier ? lance-t-il d’emblée, désignant l’immense artefact en bois. Il provient de la ville de La Flèche, en France, d’où sont parties les trois premières hospitalières pour rejoindre le Canada en 1659. »

Ce témoignage exceptionnel est un lien privilégié avec le récit de ces femmes, dépêchées par Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal et de l’Hôtel-Dieu, pour l’aider à administrer l’hôpital alors qu’elle s’était cassé le bras. Comme preuve de leur grande influence, M. Labonne nous montre les lettres patentes du Roi Louis XIV pour l’établissement des Hospitalières sur l’île de Montréal. Sur ces précieux documents, exposés au musée, on distingue avec surprise l’empreinte digitale du Roi Soleil.

Des femmes pionnières

 

En 1861, la communauté religieuse s’est installée au sein du monastère d’un ensemble conventuel érigé par l’architecte Victor Bourgeau, désormais propriété de la Ville de Montréal, depuis 2019. Le bâtiment en pierre a été dessiné et construit en forme de E, de manière à agrandir plus facilement les ailes.

Les soeurs y étaient cloîtrées, c’est-à-dire qu’elles devaient rester à l’intérieur d’un périmètre bien délimité. Elles se restauraient dans un grand réfectoire et dormaient dans des « cellules », d’étroites chambres individuelles reconstituées au musée.

Judith Moreau de Brésoles, Catherine Macé et Marie Maillet, les trois premières hospitalières, sont considérées comme les pionnières de la santé et des soins à Montréal. Après la mort de Jeanne Mance, elles géreront l’hôpital pendant près de trois siècles. Leurs journées sont dédiées aux soins des patients, à l’apothicairerie ainsi qu’à la gestion de l’hôpital. « Elles pouvaient assister aux messes de la chapelle derrière une grille, mais elles n’avaient aucun contact avec le monde extérieur, excepté l’évêque et les malades », souligne Paul Labonne.

Après 1940, les soeurs devaient suivre une formation universitaire en pharmacie pour continuer à exercer alors que se multipliaient les produits pharmaceutiques. Jeanne Phaneuf est ainsi devenue la première soeur pharmacienne de l’Hôtel-Dieu formée à l’Université de Montréal, en 1941.

Dix ans plus tard, Soeur Marie-Louise Allard se distingue également lorsqu’elle émet l’idée de créer un département de recherches cliniques. Cette initiative fera de l’Hôtel-Dieu le premier hôpital francophone canadien à se doter d’un laboratoire spécialisé dans l’hypertension artérielle et l’oedème. « Elles étaient avant-gardistes », commente M. Labonne.

La chapelle et la crypte

 

Quelques minutes après avoir appris l’héritage de ces femmes avant-gardistes, nous nous dirigeons vers la chapelle-église, située au centre du bâtiment. Un grand dôme surplombe son choeur. Dans la coupole, on découvre le premier décor peint à Montréal avec un programme iconographique structuré. « Ce n’est pas simplement de la décoration, ce sont des personnages dont l’histoire est liée à des ordres monastiques, indique M. Labonne avec entrain. C’est aussi le seul qui reste parmi les trois réalisés par le muraliste allemand John Held, à Montréal. »

Au-dessous de la chapelle, après avoir emprunté plusieurs dédales sinueux, on trouve l’aile la plus ancienne du monastère : la crypte. Une atmosphère chargée s’y ressent dès les premières secondes. Et pour cause : l’ensemble de la communauté, soit 600 religieuses, est enterré de l’autre côté du mur de brique, auprès de la sépulture de Jeanne Mance.

Occasionnellement, les soeurs — qui habitent toujours dans une aile du monastère — se recueillent sur les lieux qui demeurent la partie la plus authentique de l’ensemble conventuel. « Ce cimetière est la seule chose que les soeurs n’ont pas vendue à la Ville, chuchote M. Labonne. C’est un voyage dans le temps garanti. »

Le jardin des soeurs

 

La visite se termine par une promenade dans le paisible jardin fruitier, où une ribambelle de pommes se sont déjà échappées des branches, ce qui ne manque pas d’attirer quelques lapins.

Difficile d’imaginer que l’on se trouve au beau milieu d’une grande métropole lorsqu’on se balade entre les arbres et les fleurs. La silhouette du mont Royal en vision périphérique, nous passons devant le caveau à légumes construit en 1869 et la petite chapelle de l’Immaculée Conception.

Cet espace de verdure est niché derrière le monastère, entre l’avenue des Pins et la rue Duluth. Il a été aménagé par les Hospitalières pour nourrir les patients de l’hôpital et devenir le plus grand verger de l’île de Montréal, au XIXe siècle.

Pour le directeur du musée, il est important de conserver tout le patrimoine matériel et immatériel des soeurs, qui ont beaucoup contribué à l’histoire de Montréal. Cela est notamment possible grâce au travail de la gestionnaire des collections, Judith Houde, qui veille à la sécurité et aux conditions de conservation des 22 000 objets de la collection du musée. Dans une salle bien gardée, elle documente, étiquette et organise les tableaux, livres et autres sculptures afin de les rendre accessibles au grand public.

Au-dessous de la chapelle, après avoir emprunté plusieurs dédales sinueux, on trouve l’aile la plus ancienne du monastère : la crypte. L’ensemble de la communauté, soit 600 religieuses, est enterré dans la crypte, auprès de la sépulture de Jeanne Mance.

Le bâtiment en pierre a été dessiné et construit en forme de E, de manière à agrandir facilement les ailes. Les soeurs y étaient cloîtrées, c’est-à-dire qu’elles devaient rester à l’intérieur d’un périmètre bien délimité.

À voir en vidéo