Entre héritage et mémoire vivante

Pascaline David
Collaboration spéciale
La basilique Saint-Patrick de Montréal ouvrira ses portes le 10 septembre dans le cadre des Journées du patrimoine religieux.
CPRQ La basilique Saint-Patrick de Montréal ouvrira ses portes le 10 septembre dans le cadre des Journées du patrimoine religieux.

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

Mettre en valeur le patrimoine religieux, c’est renouer avec l’histoire, l’art et l’architecture d’un territoire et d’un bâtiment. Trois journées lui sont dédiées partout au Québec en septembre, à travers des visites de lieux de culte, des circuits, des concerts et autres conférences.

Coordonnées par le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), un organisme à but non lucratif, les Journées du patrimoine religieux sont l’occasion de visiter plus de 245 sites et circuits. « On se retrouve collectivement dans un endroit avec une aura différente, dans lequel des générations se sont succédé à travers différents rites de passage, lance Johanne Picard, chargée de projet au CPRQ. C’est une atmosphère reliée à la vie et à la mort, qui permet une prise de conscience de la façon dont on a occupé le territoire. »

Parmi les 2751 lieux de culte inventoriés au Québec en 2003, 4 % ont disparu volontairement ou ont subi un incendie depuis. « On évolue comme société en même temps qu’on anime ces lieux-là, et si on les fréquente, alors on ne les côtoie plus comme de simples ruines, poursuit Mme Picard. Ils deviennent vivants. » Inviter les gens à y entrer représente une occasion de mieux comprendre l’histoire de sa localité, ou même de visiter d’autres régions pour les découvrir différemment.

Cette année, 25 % des sites proposés participent pour la première fois et dix confessions religieuses sont représentées, notamment la tradition anglicane, de l’Église unie, judaïque et musulmane. Deux lieux associés au patrimoine autochtone prendront également part à l’événement. À Wendake, une visite de l’église Notre-Dame-de-Lorette et de la maison Tsawenhohi est prévue en concertation avec le Musée huron-wendat. Cette bâtisse bicentenaire porte le nom du premier Grand Chef ayant habité la maison, Nicolas Vincent, dit Tsawenhohi, et est classée « bien patrimoniale » par le Conseil de la Nation huronne-wendat.

Les portes du sanctuaire Sainte Kateri Tekakwitha, à Kahnawake, seront aussi ouvertes. Issue de la communauté mohawk de Kahnawake, Kateri est la première femme autochtone d’Amérique du Nord à être canonisée, en 2012. « C’est un gros plus, se réjouit Johanne Picard. On est heureux qu’il y ait une plus forte participation interconfessionnelle cette année, bien que des ponts restent à bâtir. »

Un héritage social, artistique et architectural

 

Près de 50 concerts se tiendront lors de ces journées, incluant des récitals, des performances d’orgue et des chants de chorales. Même si le message religieux n’est plus porteur pour de nombreuses personnes, il est difficile de rester insensible à la beauté de la musique dans ces espaces, selon Johanne Picard.

Que ce soit par l’entremise de l’expérience musicale ou bien du recueillement dans des sites commémoratifs, ces journées donnent accès à un héritage social et artistique. C’est aussi le moyen de découvrir des connaissances techniques et les différents matériaux utilisés pour ériger des temples, selon les époques.

« Le paysage, la façon dont la bâtisse est implantée, l’architecture, la tôlerie du clocher ou la maçonnerie sont un ensemble de langages symboliques, matériels et techniques qui démontrent à leur façon comment une communauté s’est mobilisée pour construire quelque chose », estime Mme Picard. À titre d’exemple, elle mentionne ces lieux qui font vivre la mémoire des pionnières ayant fondé des communautés, comme la maison Saint-Gabriel à Montréal et le Monastère des Ursulines à Québec.

Le legs avant la religion

 

Parallèlement, une série de 12 consultations régionales a eu lieu de novembre à janvier dernier afin de mobiliser les associations, les agences de développement culturel, les musées et autres organismes de tourisme. Plusieurs circuits locaux et visites de cimetières ont donc été mis en place grâce à la contribution de bénévoles et de professionnels. Chaque responsable peut également s’inscrire volontairement pour participer aux Journées du patrimoine religieux.

« Notre rapport avec les autorités religieuses et l’État tient avant tout de la préservation du patrimoine, souligne Johanne Picard. On n’est pas dans la religion, mais dans le legs reçu de nos prédécesseurs et des nouveaux arrivants qui ont apporté leurs propres traditions. »

Selon le dernier inventaire, 26 % des lieux de culte n’appartiennent plus à un propriétaire religieux et sont soit fermés, soit réutilisés, soit en voie de l’être.

Avec son programme de requalification des lieux de culte excédentaires patrimoniaux, le CPRQ essaie d’accompagner des collectivités aux prises avec des endroits qui se dégradent. « On leur trouve de nouvelles fonctions pour ne pas se retrouver avec un bâtiment vacant », précise-t-elle.

La 5e édition des Journées du patrimoine religieux aura lieu les 9, 10, et 11 septembre 2022. Toutes les activités sont gratuites, mais les gens peuvent démontrer leur appréciation en laissant un don. Sur le site Internet de l’événement, il est possible de filtrer les activités par date et région ou bien de se promener sur la carte géographique.

25 % C’est le nombre de sites participant pour la première fois cette année aux Journées du patrimoine religieux.

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