Une actualité brûlante sous les feux… des flashs

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La photo, parue dans le New York Times, a été prise par la photographe albertaine Amber Bracken.

Sur de petites croix de bois de la taille d’un enfant, des vêtements orangés battent au vent. Nous sommes en 2021, aux abords de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, où des traces de tombes anonymes ont été détectées. La photo, parue dans le New York Times, a été prise par la photographe albertaine Amber Bracken. Elle a été choisie comme photographie de l’année par le jury du World Press Photo, qui ouvre ses portes aujourd’hui au marché Bonsecours, à Montréal, après une absence de deux ans.

Photo: Sauver les forêts par le feu Matthew Abbott National Geographic/Panos Pictures Dans Sauver les forêts par le feu, qui a remporté le Prix de l'histoire de l'année, le peuple Na-warddeken, en Australie, qui considère le feu comme un moyen de rajeunir la terre, brûle les terres de manière stratégique pour protéger son environnement.

« C’est une installation qui avait été pensée par une Autochtone de la communauté Tk’emlúps te Secwe̓pemc, raconte Amber Bracken en entrevue. Au début, l’équipe voulait monter 215 croix, mais elle s’est arrêtée à 50. Son intention était de représenter chacun des enfants enterrés là. Les croix étaient le long de la route. On ne pouvait pas les manquer. C’était très impressionnant de voir toutes ces croix, de la taille des enfants. C’était une expression tangible, alors que les tombes n’ont pas encore été exhumées. »

« L’artiste qui a eu l’idée de cette installation est une survivante de deuxième génération. Sa mère et sa grand-mère ont fréquenté ce pensionnat », poursuit la photographe, qui a déjà présenté au World Press Photo, en 2017, des images sur la résistance autochtone à la présence d’un pipeline sur la réserve de Standing Rock, aux États-Unis.

C’était très impressionnant de voir toutes ces croix, de la taille des enfants. C’était une expression tangible, alors que les tombes n’ont pas encore été exhumées.

 

« J’ai commencé par essayer de comprendre comment les enjeux contemporains touchaient le monde autochtone », ajoute la photographe, qui dit aujourd’hui vouloir décrire autant les méfaits que les bienfaits de la colonisation.

Pour la photographe Caroline Monnet, c’est précisément le choix de cette photo par le jury qui lui a fait accepter d’être porte-parole de la 15e édition du World Press Photo.

« C’est comme un pivot de notre actualité nationale et internationale », dit Caroline Monnet, qui présente aussi dans l’exposition une série de portraits de femmes autochtones en tenues futuristes. « Il était à peu près temps » qu’on parle des questions autochtones canadiennes, selon elle.

Photo: La fleur du temps Yael Martínez Magnum Photos Chaque année, le 31 décembre, les Mixtèques gravissent le Cerro de la Garza, au Mexique, pour accomplir des rituels commémorant la fin et le recommencement d’un cycle de vie.

Plusieurs photographes lauréats de cette année se sont par ailleurs penchés sur les feux de forêt, qui avaient déjà commencé à dévorer le monde en 2021. En Indonésie, le smog provoqué par les feux a forcé les autorités à annuler des vols et à demander à la population de rester chez elle. En Grèce, Panayiota Kritsiopi, impuissante, voit le feu s’approcher de sa maison dans le village de Gouves, à Eubée, la plus grande île du pays après la Crête. Il a fallu presque deux semaines pour maîtriser cet incendie gigantesque. Au bout du compte, la maison de Panayiota Kritsiopi a été épargnée. Puis, à l’extrême nord-est de la Russie, dans la république de Sakha, ou Yakoutie, de très graves incendies de forêt ont contribué en 2021 à la fonte du pergélisol.

Des pièges de la désinformation

 

En marge de l’exposition principale, le World Press Photo présente une réflexion sur la désinformation, soutenue par des statistiques inquiétantes. Dans l’ensemble, neuf Canadiens sur dix ont admis avoir déjà été bernés par des informations trompeuses glanées sur Internet, selon un sondage Ipsos. Dans le cas précis de la pandémie de COVID-19, 96 % des Canadiens ont lu sur Internet des informations sur le sujet qu’ils ont soupçonnées d’être trompeuses, fausses ou inexactes. Puis, 40 % des Canadiens ont dit avoir cru que des informations liées à la COVID-19 étaient vraies pour constater ensuite que ce n’était pas le cas.

Photo: Sauver les forêts par le feu Matthew Abbott National Geographic/Panos Pictures Dans Sauver les forêts par le feu, qui a remporté le Prix de l'histoire de l'année, le peuple Na-warddeken, en Australie, qui considère le feu comme un moyen de rajeunir la terre, brûle les terres de manière stratégique pour protéger son environnement.

À ce sujet, un reportage photo, primé dans l’exposition, est troublant. En 2016, on disait de la ville de Vélès, en Macédoine du Nord, qu’elle était l’épicentre des fausses nouvelles. Le photographe Jonas Bendiksen publie en 2021 The Book of Veles, un projet documentaire sur la production de fausses nouvelles dans la ville. Six mois plus tard, il révèle que tout ce projet documentaire est faux. Toutes les personnes représentées sont en fait des modèles en 3D générés par des ordinateurs. Les arrière-plans sont des photos d’endroits vides de Vélès, reconvertis en espaces 3D. « Le projet remet en question la facilité avec laquelle les fausses informations peuvent être produites, diffusées et prises au sérieux », lit-on dans le texte qui accompagne les photos.

Photo: Ceux qui nourissent les États-Unis Ismail Ferdous Agence VU’ José, assis dans sa chambre avec sa sœur Sara, dans le Dakota du Sud, en septembre 2020. José a contracté la COVID-19 en avril 2020 et a été hospitalisé sous respirateur pendant cinq mois. Sara s’est occupée de son frère pendant sa maladie.

Un confinement interminable

 

De son côté, la photographe argentine Irina Werning a suivi l’évolution d’une jeune fille, Antonella, qui a fait le pari de ne pas se faire couper les cheveux durant tout le temps que durera la pandémie. On la voit assise, en train d’étudier sur Zoom, les cheveux qui touchent presque le sol. Antonella s’est finalement fait couper les cheveux en novembre 2021, alors qu’elle reprenait les cours à la Faculté d’ingénierie de l’Université de Buenos Aires, après avoir manqué 260 jours de classe en présence.

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