Les enregistrements sonores, du rouleau de cire au fichier numérique

Des disques compacts CD dans les rayons du magasin Archambault à Montreal. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Des disques compacts CD dans les rayons du magasin Archambault à Montreal. 

Les nouvelles technologies ne chassent pas toujours complètement les anciennes. Le disque microsillon survit et se porte en fait encore assez bien merci malgré la concurrence féroce du disque compact (CD) et des supports numériques depuis quelques décennies.

L’ethnologue québécois Marius Barbeau a continué à enregistrer des chants et des contes folkloriques, autochtones ou inuits sur des cylindres de cire jusqu’en 1949. Le Musée canadien des civilisations en possède 3312 gravés entre 1899 et cette date.

La vieille technologie portable et peu coûteuse datant du XIXe siècle conservait un avantage évident comme dictaphone. La bande magnétique, inventée en Allemagne et gardée secrète pendant la Seconde Guerre mondiale, a ensuite écrasé le cylindre, permis l’enregistrement d’émissions audio diffusées en différé puis la commercialisation de la microcassette au milieu des années 1960.

Le dépôt légal existe depuis la même période au Québec. La loi de 1967 a d’abord imposé aux éditeurs québécois le legs gratuit aux collections nationales d’un ou deux exemplaires d’un document imprimé au Québec dans les jours suivant la publication. L’obligation a été étendue aux enregistrements sonores depuis 1992, soit dix ans après l’apparition du CD.

Une collection faramineuse

 

« On cherche à acquérir tout ce qui a été produit avant cette date, par don ou par achat », explique Mireille Laforce, directrice du dépôt légal et des acquisitions à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). L’institution comprend la Grande Bibliothèque, les archives nationales et la Bibliothèque nationale. Cette dernière est responsable de rassembler les enregistrements sonores québécois ou relatifs au Québec. « On veut s’assurer d’avoir la collection la plus complète possible. »

Les données donnent déjà le vertige. Les archives comptent autour de 24 000 titres de CD différents relatifs au Québec, pour une moyenne de production d’environ 600 galettes par année depuis quarante ans. En 2002, le dépôt légal en a reçu environ un millier, 900 en 2012 et, pour le moment, 500 en 2022 (les comptes annuels vont de mars à mars).

Par comparaison, la collection nationale de microsillons compte plus de 30 000 titres, des 78 tours (6000 titres), des 33 tours (12 000) et des 45 tours (13 000). Le cylindre de cire ne fait pas le poids avec quelques centaines d’exemplaires seulement.

« On voit maintenant de plus en plus de sorties en fichier numérique combinées à des sorties de vinyle », explique Mme Laforce. Le dépôt légal s’applique au support entièrement dématérialisé depuis cette année.

Archivés dans l’infonuagique

Les contenus anciens ou nouveaux sur les vieux moyens de reproduction inventés depuis un siècle seront aussi dématérialisés pour faciliter leur conservation et leur diffusion. Toutefois, les vrais de vrais CD comme les microsillons continueront d’être archivés comme objets de référence (pour la pochette notamment), disons pour le contenant plus que pour le contenu.

Tout support pose des défis de conservation, même dans une institution qui maximise la qualité d’entreposage. Les bandes magnétiques s’avèrent particulièrement fragiles. BAnQ possède plus de 3000 cassettes audio québécoises dont les contenus seront idéalement transférés dans le nuage. Et qui sait si la grande dématérialisation en mode binaire s’arrêtera là ?

« La création de nouveaux supports ajoute des défis, pose des difficultés de préservation, dit la directrice Laforce. Les formats changent tout le temps. Avec le papier, c’était assez simple : on plaçait le document dans une réserve, et il pouvait y rester des siècles. Avec les nouvelles technologies, il faut migrer vers de nouveaux supports pour assurer la conservation dans le temps. Il faut une veille et des efforts supplémentaires. »

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