Action patrimoine réclame la préservation de la plus vieille douane au Canada

Construit en 1812 à Stanstead, l’édifice Wilder-Pierce a été utilisé comme magasin et comme poste de douane avant de tomber en décrépitude.
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir Construit en 1812 à Stanstead, l’édifice Wilder-Pierce a été utilisé comme magasin et comme poste de douane avant de tomber en décrépitude.

Action patrimoine regrette que la municipalité de Stanstead poursuive des démarches juridiques afin de démolir un édifice patrimonial. « En plus d’être un des plus vieux bâtiments de la ville, il s’agirait également du plus vieil édifice ayant servi de bureau de douane qui subsiste au Canada », observe Renée Genest, directrice de cet organisme national qui oeuvre, depuis 1975, à valoriser le patrimoine québécois.

En s’appuyant sur la loi québécoise, Action patrimoine propose plusieurs avenues à la municipalité afin de préserver cet édifice construit vers 1812 et connu sous le nom de Wilder-Pierce.

L’organisme note que le bâtiment est déjà cité pour sa valeur exceptionnelle. « Ce statut de protection permet notamment d’imposer des conditions pour la réalisation de divers travaux urgents. » La loi québécoise sur le patrimoine culturel stipule que « la Cour peut autoriser la municipalité à faire exécuter ces mesures ». Les coûts peuvent alors être imposés au propriétaire.

Au nom de cette même loi, la municipalité peut même devenir propriétaire de l’immeuble en bénéficiant d’avantages particuliers afin de contribuer à sa préservation. « En tant que bâtiment cité, la valeur de l’édifice Wilder-Pierce n’est plus à démontrer. L’objectif de notre lettre envoyée à la Ville de Stanstead était de la sensibiliser à l’importance de préserver ce bâtiment, mais également de lui faire part des responsabilités des municipalités pour la sauvegarde du patrimoine bâti », explique Mme Genest.

Du soutien de la part de Québec

 

Dans un entretien accordé en juillet à l’hebdomadaire régional Le Reflet du lac, le maire de Stanstead, Jody Stone, affirme qu’il en coûterait « 750 000 $ pour retaper l’immeuble à neuf ».

Un jugement, rendu par la Cour de Sherbrooke il y a moins d’un an, rapporte cependant que la municipalité estimait alors les travaux à 167 000 $.

Quoi qu’il en soit, le ministère de la Culture et des Communications (MCC) a indiqué au Devoir qu’il pourrait assumer jusqu’à 75 % de la facture de restauration, « dans l’éventualité où la municipalité de Stanstead ou la MRC Memphrémagog signait une entente avec le ministère pour les volets restauration du patrimoine bâti au Programme de soutien au milieu municipal (PSMMPI) », précise le MCC.

« En tant que Ville, écrit Action patrimoine à la municipalité de Stanstead, vous avez le devoir et le pouvoir d’agir et vous disposez de moyens permettant d’assurer l’avenir de ce patrimoine. L’édifice Wilder-Pierce nous rappelle que Stanstead a été, pendant longtemps, une plaque tournante des transports frontaliers au pays. Cette histoire, tout à fait unique, fait partie de l’identité de votre ville, et son héritage mérite d’être préservé. » La loi demande aux instances publiques d’être exemplaires en matière de préservation du patrimoine.

Une démolition, à quel prix ?

La municipalité de Stanstead n’a donné aucune réponse à cette lettre d’Action patrimoine, relate Renée Genest. Elle n’a pas indiqué non plus les frais juridiques encourus par sa volonté de démolir l’édifice Wilder-Pierce ni les coûts engendrés dans l’éventualité d’une démolition.

La municipalité de Stanstead s’adresse désormais à la Cour supérieure afin d’obtenir le droit de démolir l’édifice Wilder-Pierce.

Un conflit oppose Stanstead au propriétaire de cet immeuble historique, Pierre Drolet-Massue. « J’ai dû me battre avec la Ville pour qu’elle reconnaisse l’intérêt patrimonial et historique de ce bâtiment », a expliqué M. Drolet-Massue, à qui Le Devoir a parlé sans difficulté à quelques reprises par téléphone.

Le maire Stone affirme ne pas connaître le propriétaire de cet immeuble qu’il entend démolir. « Le problème, c’est que le propriétaire n’est pas trouvable. Je ne lui ai jamais parlé. Je ne sais même pas son nom. On a dû engager un huissier et un détective pour le retrouver. Il ne collabore pas beaucoup. C’est compliqué comme situation… », a indiqué le maire au quotidien La Tribune.

« Ce que nous souhaitons, c’est un terrain d’entente qui assurerait la pérennité et la mise en valeur de cet ancien bureau de douane », indique au Devoir Renée Genest, d’Action patrimoine.

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