Les autrices dominent les palmarès de la Journée du livre québécois

Lori Saint-Martin ne manque pas de rappeler que les femmes ont tendance à lire des livres qui sont écrits tant par des hommes que par des femmes, alors que les lecteurs masculins ne s’intéressent généralement qu’aux romans et aux essais publiés par des hommes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Lori Saint-Martin ne manque pas de rappeler que les femmes ont tendance à lire des livres qui sont écrits tant par des hommes que par des femmes, alors que les lecteurs masculins ne s’intéressent généralement qu’aux romans et aux essais publiés par des hommes.

La littérature québécoise doit son succès des dernières années en grande partie aux femmes, qui ont écrit environ les deux tiers des livres les plus vendus le 12 août dernier, alors que se déroulait pour une neuvième année l’initiative J’achète un livre québécois.

Sur les 110 livres qui ont été les plus populaires sur le site LesLibraires.ca vendredi dernier, à peine 35 sont l’oeuvre d’hommes ; cinq ont été signés par un tandem homme et femme. Dans le top 20, on retrouve douze femmes, une personne non binaire et sept hommes. Un rapport homme-femme qui se répète bon an mal an dans ce classement depuis que le 12 août est devenu l’une des journées les plus lucratives de l’année pour le milieu littéraire québécois.

Consommatrices de culture

 

« Ça ne m’étonne pas tant que ça. Toutes les études l’ont montré, les femmes consomment beaucoup plus de culture que les hommes. Elles vont plus au théâtre, mais achètent aussi plus de livres », souligne la romancière Lori Saint-Martin, professeure à l’UQAM, qui s’est beaucoup penchée sur la place des femmes dans le milieu littéraire ces dernières années.

Ça ne m’étonne pas tant que ça. Toutes les études l’ont montré,les femmes consomment beaucoup plus de culture que les hommes. Elles vont plus au théâtre, mais achètent aussi plusde livres.

 

Lori Saint-Martin ne manque pas de rappeler que les femmes ont tendance à lire des livres qui sont écrits tant par des hommes que par des femmes, alors que les lecteurs masculins ne s’intéressent généralement qu’aux romans et aux essais publiés par des hommes. Qu’autant d’autrices se trouvent dans le palmarès du 12 août lui fait cependant dire que les mentalités sont peut-être en train d’évoluer, que de plus en plus d’hommes commencent à considérer les écrivaines sur un pied d’égalité avec leurs confrères.

« Les hommes manquaient quelque chose. C’est extrêmement positif qu’ils soient en train de comprendre que les femmes ont des choses intéressantes à dire qui ne s’adressent pas qu’aux bonnes femmes. Je sens qu’il y a un peut-être un mouvement en ce moment et je m’en réjouis », poursuit-elle, avant de préciser que les femmes ont encore des combats à mener au sein de milieu littéraire pour aspirer à un traitement équitable.

« C’est comme en politique. Oui, on peut atteindre la parité, mais ça ne veut pas dire de ne pas être vigilantes », résume Lori Saint-Martin.

En quête de respectabilité

 

L’été dernier, Le Devoir avait recensé de grandes disparités dans la liste des lauréats des quatre prix littéraires les plus prestigieux au Québec lors des dix dernières années. Certains comités avantageaient clairement les femmes, alors que c’était l’inverse pour d’autres distinctions.

« Les palmarès de vente, comme celui du 12 août, c’est éphémère. On ne se souvient probablement plus des best-sellers qui étaient en tête des ventes il y a dix ans. Ce qui assure la consécration, c’est autre chose, les prix notamment. Et on sait que plus un prix est prestigieux, plus les femmes ont tendance à être sous-représentées », rappelle Lori St-Martin, qui déplore le manque d’écrivaines qui réussissent à se faire un nom, à être enseignées et même à être traduites.

Selon des chiffres publiés en 2019 par l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), les femmes ont surtout moins de chances de se faire publier. Un peu moins de 20 % des manuscrits écrits par des femmes finissent en librairie, contre 29 % de ceux envoyés par des hommes.

La même étude laissait aussi entendre que les autrices ont plus de mal à attirer l’attention des médias à la sortie de leur livre. C’est donc avec étonnement que la présidente de l’UNEQ, Suzanne Aubry, a appris qu’environ les deux tiers des livres les plus commandés sur LesLibraires.ca lors de la journée du 12 août avaient été écrits par des femmes.

« Je suis surprise, mais je m’en réjouis. Ça montre que peut-être les choses sont en train de changer. Peut-être que l’on arriverait à des résultats différents si on refaisait l’étude aujourd’hui », s’enthousiasme-t-elle.

Mme Aubry ne s’émeut pas par ailleurs du peu d’auteurs masculins dans le classement. Selon elle, il ne faudrait pas y voir le signe que les hommes délaissent la lecture, ou s’inquiéter que la littérature populaire peine à représenter la réalité des hommes québécois.

« Il y a le même discours pour l’école et la télévision. On dit qu’il n’y a pas assez de figures masculines, qu’il y a trop de femmes enseignantes. Ça me fait pouffer de rire à chaque fois. Il faut intéresser les jeunes à la lecture. Point final. Harry Potter a été écrit par une femme, et ça n’a pas empêché plein de petits garçons de découvrir la lecture de cette façon », persiste la présidente de l’UNEQ.

Les 10 livres les plus commandés sur leslibraires.ca le 12 août

1. Une femme extraordinaire de Catherine Éthier (Stanké)

2. Mille secrets mille dangers d’Alain Farah (Le Quartanier)

3. Les pénitences d’Alex Viens (Cheval d’août)

4. Mélasse de fantaisie de Francis Ouellet (La Mèche)

5. Là où je me terre de Caroline Dawson (Remue-Ménage)

6. Kukum de Michel Jean (Libre Expression)

7. Gloria sort du moule de Guylaine Guay (La Bagnole)

8. Plessis de Joël Bégin (VLB)

9. Au pays du désespoir tranquille de Marie-Pierre Duval (Stanké)

10. Les rois du silence d’Olivier Niquet (Ta Mère)



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