Cent curiosités de l’île d’Orléans

L’île d’Orléans vue des airs
Photo: Pierre Lahoud L’île d’Orléans vue des airs

Pierre Lahoud est connu, depuis plus de quarante ans, comme l’un des défenseurs de tous les instants du patrimoine québécois. Photographe aérien, il parcourt le ciel québécois en amoureux du paysage, en quête de tous les coins du territoire. Derrière lui, on trouve plus de 800 000 photographies du pays. Elles racontent notre monde en partage, tout en révélant, à partir de points de vue inattendus, son extrême fragilité. C’est en bonne partie sur la base de ce savoir acquis du haut des airs que Lahoud est redescendu sur terre pour ancrer ses perspectives dans les réalités régionales, dans la proximité de tous les jours, au nom de ses préoccupations d’historien.

À l’enseigne des Éditions GID, Lahoud propose, depuis quelques années, une collection intitulée « Curiosités ». Ce sont des essais au caractère historique, richement illustrés, consacrés aux diverses régions du Québec, qui permettent de les découvrir selon des angles inattendus.

À ce jour, douze titres sont parus. De Trois-Rivières au Lac-Saint-Jean, de Lotbinière à la Baie-des-Chaleurs, en passant par les Cantons-de-l’Est, Pierre Lahoud et ses collaborateurs donnent du pays à voir depuis l’intérieur d’un passé retrouvé.

Photo: Pierre Lahoud Le pont qui relie l’île d’Orléans à la rive nord du fleuve Saint-Laurent

C’est sous la plume de Lahoud lui-même que paraît le treizième titre de cette collection. Il est consacré à la mythique île d’Orléans. Cette île, berceau d’une partie du Québec, c’est le pays de Lahoud. Il y vit. Il s’en nourrit.

Comme tous les livres de la collection, imprimés dans un format allongé et habillés de couvertures à rabat, Curiosités de l’île d’Orléans présente quantité de photographies. Elles servent à soutenir une suite de digressions à travers lesquelles le lecteur est invité à se perdre pour être bientôt gagné par la joie de se retrouver mieux à son aise dans un monde qu’il apprend à découvrir à travers un regard historique.

Une inspiration

 

« Autrefois, j’étais passionné par le Bulletin des recherches historiques », explique au bout du fil Pierre Lahoud, toujours joyeux et enthousiaste, comme à son habitude.

Publié à compter de la fin du XIXe siècle sous la direction de l’archiviste Pierre-Georges Roy, le Bulletin des recherches historiques survécut jusqu’aux années 1960. Il était destiné tant à un public de spécialistes qu’à des amateurs érudits, voire à de simples passionnés d’histoire.

Selon les intérêts de chacun, on trouvait là, pêle-mêle, toutes sortes de faits, de découvertes, de rappels, de liens. L’histoire locale et l’histoire nationale s’y trouvaient convoquées dans un même élan. L’archéologie, la biographie, la numismatique et des pièces d’archives diverses se tenaient la main. Le tout permettait de faire avancer la connaissance du passé. Non sans ambition, Roy souhaitait que sa revue devienne la plus réputée du genre au Canada français.

Photo: Pierre Lahoud La chapelle anglicane faite de pin rouge

« Le Bulletin des recherches historiques n’était pas illustré. Il n’y avait rien là-dedans comme image. Que des textes, parfois assez longs. On sait pourtant à quel point l’image est importante pour l’oeil d’aujourd’hui ! Ça m’a donné l’idée de produire des livres, un peu sur ce modèle, mais illustrés, avec beaucoup de photos. Des livres qui comprennent toutes sortes d’informations disparues avec le temps ou que l’on peine désormais à trouver. Je voulais rassembler tout ça, sous une même couverture, en fonction des régions du Québec. »

La surprise de l’île d’Orléans

« Honnêtement, je ne m’attendais pas à trouver autant de choses inédites sur l’île d’Orléans, indique-t-il. Tout ça nous renseigne sur notre société, sur la vie d’ici. »

À l’église de Sainte-Famille, un bâtiment qui date d’avant la Conquête anglaise, on trouve la plus importante collection d’oeuvres réalisées par la famille Baillargé. « L’île d’Orléans possède plus de dix peintures de François Baillargé. J’ignorais qu’il y en avait autant. » Ce Baillargé a étudié à Paris, de 1778 à 1781. « Il est amusant de voir que, comme en Europe, on a eu ici des évêques qui demandaient que les oeuvres d’art soient retouchées pour des motifs de chasteté. On se retrouve avec des sexes qui sont dissimulés par un ajout de peinture… »

Une toile de Baillargé inspirée d’une oeuvre d’Auguste Coypel est toujours visible à Sainte-Famille, même si l’évêque avait exigé que le Christ, à l’origine nu, soit recouvert d’un pagne un peu grossier. Peut-être même que c’est le fils de François Baillargé qui s’était chargé de retoucher ainsi le tableau, comme bien d’autres jugés licencieux par les dignitaires de l’Église.

À Sainte-Famille toujours, on trouve, comme dans la plupart des églises québécoises anciennes, un tétragramme censé représenter, en hébreu, le nom de Dieu. « Le décorateur ne devait pas trop savoir ce que c’était, cette écriture en hébreu ! Il a tout simplement écrit 777, parce que ce n’est pas si loin du 666 du diable, après tout », dit Pierre Lahoud en riant.

J’ai tellement trouvé de choses passionnantes sur l’île d’Orléans que je peux faire un autre livre avec tout ce que j’ai!

 

« Il existe une chapelle anglicane sur l’île que personne ne connaît. Elle est magnifique. Toute en pin rouge. Jamais il n’y a eu d’électricité là-dedans. Personne ne la connaît. Il faut voir ça ! J’ai tellement trouvé de choses passionnantes sur l’île d’Orléans que je peux faire un autre livre avec tout ce que j’ai ! » Ce livre compte pour l’instant cent curiosités. « Je ne savais pas, avant de le publier, qu’il y avait eu, sur l’île d’Orléans, un abri nucléaire… Ce sera pour le deuxième tome ! »

De nouvelles découvertes

 

Au fil des livres que Pierre Lahoud a dirigés dans la collection « Curiosités », il n’a cessé de s’étonner de nouvelles découvertes. Parfois, ce sont de toutes petites choses qui l’enchantent. « Les toponymes donnent une idée de la façon dont les gens aimaient vivre et montrent à quel point ils ne se prenaient pas trop au sérieux. » À Saint-Jean-Port-Joli, explique-t-il, il y a une rue de la Branlette qui débouche sur la rue de l’Église. « Pas besoin d’inventer ce genre de chose : c’est déjà là, autour de nous ! »

Dans le même ordre d’idée, Pierre Lahoud rappelle qu’en Gaspésie, il y avait une rue qui s’appelait la Fourche-à-Ida. « Il y avait un embranchement, et je pense que le commerce sur place appartenait à une dame Ida. C’était l’époque où on répandait des huiles usées sur les chemins de terre, afin que la poussière reste au sol lorsqu’on y circulait. Et le curé, à cette époque, avait fait un rappel en chaire pour aviser les paroissiens qu’on allait graisser la fourche à Ida… Il y a vraiment, même dans les patronymes, quelque chose qui rend compte de la vie en commun. »

D’autres titres sont prévus dans la même collection au cours des prochains mois. « Il y en aura un sur les Laurentides. Un autre sur la Côte-de-Beaupré. Un autre encore sur le Bas-Saint-Laurent. Puis la suite de ce que nous avons fait sur la Gaspésie, plus au nord cette fois, de Gaspé à Newport », conclut-il.

Curiosités de l’île d’Orléans

Pierre Lahoud, Éditions GID, Québec, 2022, 227 pages

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