Merlin à Québec

L’illusionniste Luc Langevin est le porte-parole de la 11e édition du festival de magie.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’illusionniste Luc Langevin est le porte-parole de la 11e édition du festival de magie.

Dès lundi, de curieux phénomènes agiteront la ville de Québec. Plus de 2500 magiciens apparaîtront dans la Vieille Capitale, prêts à émerveiller petits et grands à l’occasion du Festival de magie de Québec. Les activités de sorcellerie enchanteront le site de l’ExpoCité et le Centre des congrès de Québec, sans oublier les rues commerçantes du Vieux-Québec et de la Basse-Ville.

Ce carnaval de l’illusion, qui se déroule du 25 au 31 juillet, accueillera en grande pompe le Championnat mondial de magie de la Fédération internationale des sociétés magiques (FISM).

Les « Olympiades de la magie »

« C’est vraiment une première historique », indique Luc Langevin, porte-parole de la 11e édition du Festival. Rencontré sous l’ombre des géants sylvestres du square Sir-George-Étienne-Cartier, à Montréal, l’illusionniste bien connu des Québécois peine à retenir son excitation.

Et pour cause, le plus prestigieux concours de magie, que le porte-parole compare sans gêne aux Jeux olympiques, quittera son Europe natale,où elle a vu le jour en 1948, pour traverser l’Atlantique et atterrir en Amérique du Nord. « Je n’en reviens pas que la FISM arrive à Québec avant n’importe quelle autre ville américaine », s’étonne celui qui a passé les 24 premières années de sa vie dans la ville. Au passage, il lance des fleurs aux organisateurs du Festival, ses amis de longue date Renée-Claude Auclair et Pierre Hamon, pour avoir eu l’audace de proposer la candidature de la capitale nationale.

Durant cette semaine de festivités, les talents les plus prometteurs, venus des quatre coins du globe et réunis au Centre des congrès de Québec, rivaliseront afin d’impressionner juges et amateurs. Le défi s’annonce de taille pour ces prétendants, car les jurés, eux-mêmes versés dans la science de Merlin, sont plus exigeants que le public en général, avertit le prestidigitateur. Les numéros, typiquement muets et musicaux afin de contourner les barrières langagières, seront donc plus nichés. « De la magie d’auteur », lance avec ironie M. Langevin.

Remonter le temps

 

En parallèle du Championnat mondial, le Festival propose une série de galas présentés au Centre des congrès. Celui du 26 juillet sera d’ailleurs animé par le porte-parole de l’événement. « C’est un rêve d’enfant de participer à la FISM. Même si je ne suis pas compétiteur, mais plutôt artiste invité, je ne voulais pas passer à côté de la chance de présenter un numéro dans le contexte de la FISM », confie-t-il, le visage rayonnant.

Que le public soit composé de simple curieux ou de sourcilleux incrédules, l’art magique n’a qu’une visée : émerveiller. « Quand on vit un bon tour de magie, on sourit et on a des étincelles dans les yeux. On est partagé entre le questionnement et l’émerveillement », affirme le créateur d’illusions.

« Le moment de suspension of disbelief [lorsqu’un spectateur met de côté son scepticisme, NDLR] est très difficile à générer, et la magie est un des seuls arts qui réussissent à le faire », soutient-il. Un bon magicien, bien sûr, ne révèle jamais ses secrets, mais plus encore, il est celui qui parvient à remonter le temps et à ramener le spectateur à sa tendre enfance. « La magie génère une émotion qu’on vit au quotidien quand on est jeune », souligne l’illusionniste Langevin, en énumérant ces premières fois qu’un enfant voit un avion voler ou rencontre le père Noël.

« C’est une sensation qu’on vit de moins en moins en vieillissant », ajoute-t-il. Pour celui qui a fait disparaître plus d’un as de pique dans sa vie, ces instants d’hébétude sont d’autant plus précieux qu’ils sont rares. « Dans des rassemblements comme celui de Québec, il y a beaucoup de jeunes créateurs qui vont me montrer, j’en suis certain, des choses qui vont me bluffer. Quand ça arrive, je n’essaie pas de percer le secret. J’essaie de préserver cette émotion. »

Un art de rue qui se modernise

 

Fidèle à son habitude, le Festival envahira les rues commerçantes de la cité fortifiée ainsi que le site de l’ExpoCité. À l’occasion de dizaines de prestations de magie de rue, les passants renoueront avec les origines de l’illusionnisme. « Avant d’être considérée comme un art, la magie était vue comme une curiosité. Quelque chose que les amuseurs publics ou que les mendiants faisaient pour qu’on leur accorde de l’attention », explique M. Langevin.

Or, de nos jours, les disciplines sont multiples, allant de l’intimiste micromagie à l’impressionnante magie à grand déploiement, sans oublier l’art subtil des mentalistes. Alors que les créateurs font appel aux nouvelles technologies, M. Langevin est d’avis que l’illusionnisme n’est pas tout à fait ancré dans l’imaginaire collectif du XXIe siècle. « La magie n’a pas encore eu ce que le Cirque du Soleil a fait au cirque », estime-t-il, avant d’ajouter que des événements comme celui de Québec aident à la démocratiser.

Qu’il émeuve dans la rue ou en salle, qu’il recoure au banal paquet de cartes ou aux plus époustouflantes mises en scène, l’art magique demeure somme toute bien simple aux yeux de son principal ambassadeur québécois : « L’idée c’est d’être, pendant quelques instants, transporté. »

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