Mathieu Dufour continue de réaliser ses rêves

Dès l’École de l’humour, Mathieu Dufour a compris qu’il n’allait pas écrire un spectacle et le présenter tel quel à travers la province pendant des mois. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dès l’École de l’humour, Mathieu Dufour a compris qu’il n’allait pas écrire un spectacle et le présenter tel quel à travers la province pendant des mois. 

Mathieu Dufour est un conteur né, un improvisateur hors pair, un humoriste verbomoteur qui n’a de cesse de transformer ses rêves en réalité. Sorti de l’École nationale de l’humour en 2017, le jeune homme a vu sa carrière prendre un élan peu commun en mars 2020. En créant le Show-rona virus, une émission quotidienne de type talk-show diffusée en direct sur Instagram, il s’est constitué une vaste communauté de fidèles admirateurs (40 000 nouveaux abonnés en un mois), des gens qui l’appellent familièrement Math Duff et grâce auxquels il a reçu l’Olivier de l’artiste COVID de l’année en 2021.

Sur la vague que lui offrait la pandémie, l’humoriste a spectaculairement bien surfé. « C’est vrai, reconnaît-il. J’ai su saisir l’occasion, mais il faut aussi dire que j’étais prêt à ça. Je maîtrisais les codes propres aux réseaux sociaux, c’était naturel pour moi comme environnement et je m’amusais véritablement beaucoup à le faire. C’est ça que les gens ont perçu, je crois, le grand plaisir que j’avais à être là chaque soir à 21 h. Je réalise aujourd’hui à quel point c’est un moment précieux, unique, une expérience que je ne revivrai jamais. » Grâce au Show-rona virus, l’humoriste a développé des amitiés — avec Véronique Cloutier, Laurent Duvernay-Tardif, Charlotte Cardin, Loonie, Chloée Deblois… — qui ont d’ores et déjà d’importantes retombées sur sa carrière.

Seul en scène

 

Se tenir debout sur scène, un micro à la main, Mathieu Dufour considère que cela représente environ 5 % de son activité professionnelle. « Ma première petite tournée, se souvient celui qui a aujourd’hui plus de 203 000 abonnés sur Instagram, je l’ai faite parce que les gens la réclamaient sur les réseaux sociaux. C’était en 2019, il y avait six dates, dans de petites salles. En une heure, tout était vendu. » Depuis, l’humoriste s’est produit au Club Soda, au Capitole, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts (le 25 juin dernier), et bientôt ce sera au Centre Bell d’accueillir son énergie peu commune.

« Quand j’ai vu à quel point les 3000 billets de Wilfrid-Pelletier s’étaient bien vendus, explique Dufour, j’ai commencé à parler de faire le Centre Bell. C’était une inside joke. Puis, un jour, c’est devenu une réalité. Sans mes fans, je ne pourrais jamais faire ce genre de folie. J’ai le sentiment qu’on se crinque mutuellement, qu’on crée les affaires ensemble. » Mathieu Dufour est donc sur le point d’ajouter son nom à la courte liste des humoristes québécois qui se sont produits en solo au Centre Bell. Il ira notamment rejoindre Jean-Marc Parent, Louis-Josée Houde, Philippe Bond et Jay Du Temple.

Faire le Centre Bell à 27 ans, et ce, même si certains épisodes du Show-rona virus ont atteint des pointes de 12 000 spectateurs, cela doit générer quelques papillons dans l’estomac, non ? « Je ne le vois pas du tout comme une mise en danger, affirme l’humoriste. Je me dis que je m’en vais passer 1 h 30 avec 12 000 amis, des gens qui aiment ce que je fais et qui ont choisi d’être là. C’est un vrai privilège. Je serais pas mal plus stressé de faire un spectacle devant 200 personnes qui ne me connaissent pas. »

À propos du contenu de la soirée, Mathieu Dufour demeure avare de détails. « On peut prévoir la mise en scène, explique-t-il, les éclairages, les projections, mais ce que je vais dire, les sujets que je vais aborder, je vais décider ça le jour même, parce que je veux que ce soit connecté sur mon état d’esprit du moment. Tout ce que je peux vous révéler, c’est qu’il y aura des références au Centre Bell lui-même. J’y ai vu de nombreux concerts et j’ai bien l’intention de jouer avec ces codes-là. Mon arrivée, ça va être celle d’une rockstar. Je vais me prendre au minimum pour Ariana Grande. Il est aussi fort possible que je sois accompagné de danseurs. Pour que les gens, dont certains viennent de Saguenay, de Baie-Comeau et des Îles-de-la-Madeleine, passent une belle soirée, j’ai l’intention de mettre le paquet. »

La rançon du succès

 

Parce qu’il a connu le succès par le truchement des réseaux sociaux, des mauvaises langues continuent de qualifier Mathieu Dufour d’influenceur : « Quelqu’un qui ne fait pas les choses comme tout le monde, c’est sûr que ça dérange. Heureusement, je n’ai pas choisi ce métier-là pour obtenir l’approbation du milieu. Je le fais pour le public. Reste que c’est challengeant de faire les choses à sa manière. Pendant un certain temps, je me suis senti incompris, écarté, jugé. Si je suis passé au travers, c’est que j’ai toujours su que ça allait finir par marcher, que j’allais un jour faire ce métier. »

Dès l’École de l’humour, le jeune homme a compris qu’il n’allait pas écrire un spectacle et le présenter tel quel à travers la province pendant des mois. « Je me trouve plus drôle quand je raconte une anecdote dans la vraie vie que lorsque je livre un texte figé, explique-t-il. Je suis incapable de recommencer la même chose, je déteste me sentir pris dans un cadre, j’ai constamment de nouvelles idées et j’ai besoin que chaque projet soit différent. »

Quand j’ai vu à quel point les 3000 billets de Wilfrid-Pelletier s’étaient bien vendus, j’ai commencé à parler de faire le Centre Bell. C’était une “Inside joke”. Puis, un jour, c’est devenu une réalité. Sans mes fans, je ne pourrais jamais faire ce genre de folie. 
 

Cette liberté de ton, cette spontanéité, ce caractère iconoclaste, tout cela n’est pas sans évoquer les démarches de certains humoristes qui ont précédé Mathieu Dufour, tel Jean-Marc Parent. « Mes parents étaient vraiment fans de lui, précise le jeune humoriste. J’ai eu la chance de le rencontrer à quelques reprises au cours des dernières années et c’est fou comme on connecte. On s’enlève les mots de la bouche, on se comprend tout de suite, on a les mêmes méthodes de travail. Inconsciemment, il m’a probablement donné une permission, celle de faire de l’humour à ma manière. »

Audacieux et aux talents variés, Mathieu Dufour passe tout naturellement du Web à la scène et de la télévision à la radio. Cet été, pour une deuxième année, il anime Midi Duff, sa propre émission, sur les ondes de WKND, à 11 h 30 du lundi au jeudi. « Ils m’ont donné carte blanche, explique l’humoriste qui nous a justement donné rendez-vous dans les bureaux montréalais de la station, dans le quartier Ville-Marie. Une telle liberté, c’est une chance et une marque de confiance, d’autant que l’émission, que je coanime avec Pascale Caron-Vézina, est maintenant diffusée partout au Québec. »

De la diversité au Zoofest

Offrant un essentiel contrepoint au festival Juste pour rire, la foisonnante programmation du 13e Zoofest fait la part belle aux humoristes de la relève, bien entendu, mais plus particulièrement aux personnes racisées.

Pour entrer dans leurs univers, il faut d’abord fréquenter les salles intimes du Monument-National : le Studio, le Cabaret et la Balustrade. On a hâte de découvrir la verve de Garihanna Jean-Louis, d’origine haïtienne, première et seule femme noire diplômée de l’École nationale de l’humour. Seront aussi de la partie : Emna Achour, d’origine tunisienne, Rolly Assal, d’origine égyptienne, Yacine Belhousse, Français d’origine algérienne, Jean-Michel Elie, d’origine haïtienne, Sinem Kara, d’origine turque, Reda Saoui, d’origine libanaise, et Erika Suarez, aux origines cubaine et portugaise. Du 14 au 31 juillet.

Vie personnelle

Alors que sa vie personnelle lui sert allégrement de matière première, Mathieu Dufour aborde assez peu son homosexualité. « Je n’en fais pas un secret, précise-t-il. Ça fait partie de ma personnalité d’être un livre ouvert, je ne vais certainement pas commencer à cacher mon orientation sexuelle, mais je continue de considérer que ça ne me définit pas. »

L’humoriste a participé à plusieurs balados dont c’était le sujet. Il ne s’est jamais empêché d’en parler. Il n’a jamais dit « elle » à la place de « il » : « Pourtant, je ne ressens pas le besoin de mettre ça de l’avant. Ma manière à moi de faire avancer la cause LGBTQIA2S+, c’est d’être moi-même et de ne pas en faire un cas. Je suis un homosexuel qui obtient du succès, qui défonce les portes et qui réalise ses rêves. Tout ce que je peux espérer, c’est que ça ouvre le champ des possibles pour de jeunes personnes queers. »

Dufour avoue que le thème de la vie de couple, si cher à d’autres humoristes, l’inspire assez peu : « Il faut dire que je n’ai jamais été en couple avant tout récemment, donc ça pourrait changer dans le futur. J’aurai éventuellement des anecdotes qui seront liées à mon chum et je ne me gênerai surtout pas pour les raconter. »

Au moment de se quitter, il affirme, un brin solennel : « Ma mission sur Terre, ma ligne directrice, c’est de mettre un sourire dans la face du plus grand nombre de gens possible. Pour y arriver, je suis prêt à relever plusieurs défis. Percer aux États-Unis ou en Europe, ça ne me semble pas impossible. »

Mathieu Dufour au Centre Bell

Dans le cadre du festival Juste pour rire, le 23 juillet



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