Une ouverture baume au coeur

Rafael Payare dirige l’Orchestre symphonique de Montréal au Festival de Lanaudière.
Annie Bigras Agence BigJaw Rafael Payare dirige l’Orchestre symphonique de Montréal au Festival de Lanaudière.

L’ouverture du Festival de Lanaudière qui avait lieu, de manière originale, un jeudi soir, a rassemblé une fort honorable assistance à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay. Le public a réservé un triomphe à l’OSM et à Rafael Payare dans la 5e Symphonie de Mahler.

La dynamique d’un concert est parfois quelque chose de très étrange. Le 1er juillet 2017, Kent Nagano dirigeait la 5e Symphonie de Mahler à Lanaudière et complaisance et distraction mondaine étaient telles que le chef avait « oublié » d’enchaîner, attacca, comme prescrit par Mahler, l’Adagietto et le Finale pour laisser applaudir la musique de Mort à Venise. Du jamais vu !

Rien de tel en ce 30 juin 2022, où le public était tellement « accroché » à l’interprétation de Rafael Payare qu’il ne serait venu à l’idée de personne de tousser, et encore moins d’applaudir, entre les mouvements ! Si Payare tient le public en haleine c’est que l’emprise et la fascination sont croissantes.

Dans le cas de la 5e Symphonie de Mahler, jeudi, c’est à partir du dernier tiers du 2e mouvement que les éléments se sont vraiment alignés. Du coup, écouter une symphonie de ce calibre et de cette ampleur dans ce cadre magnifique était un vrai baume au coeur.

Une soliste fascinante

 

Pour un orchestre qui a joué cette oeuvre en 2017, en 2019 et en tournée avec Kent Nagano, des automatismes restent à caler avec son nouveau chef : une sorte de respiration commune, notamment dans le 1er mouvement qui peut être encore plus carré, avec un poids (« schwer ») qui peut s’appliquer sans forcément ralentir l’avancée. Il sera très intéressant de voir le gain de finition des deux premiers volets en concert à la rentrée à la Maison symphonique, après la tournée.

Les satisfactions orchestrales ont été nombreuses : flûtes, clarinettes et cors, par exemple. Si le pupitre des cors était composé des nouveaux éléments choisis récemment par le directeur musical (c’est le premier pupitre pour lequel Payare a fait des auditions) et que cela augure de la suite des recrutements, il y a de quoi se réjouir.

En première partie, Hilary Hahn nous est revenue avec le 1er Concerto de Prokofiev qu’elle avait joué en avril 2012 sous la direction de Stéphane Denève. Elle a encore creusé son interprétation, tout en maintenant les grandes lignes, notamment un tempo soutenu de l’Andantino initial, une presque étrange nervosité que l’on retrouve dans le « più tranquillo » de la fin de l’oeuvre.

Hilary Hahn fuit totalement l’onirisme facile, elle n’enlise pas les tempos et joue avec la partition dans une interprétation très originale. Cette approche culmine dans un 2e mouvement extraordinaire avec des épisodes « saltando » et « sul ponticello » d’une originalité sonore saisissante. L’apport de cette soliste en tournée sera majeur.

Rafael Payare et l’OSM magnifient Mahler

Prokofiev : Concerto pour violon n° 1. Mahler : Symphonie n° 5. Hilary Hahn (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, jeudi 30 juin 2022.

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