Hommage aux amis qui sont là peu importe

Ce samedi-là, j’ai pris la route pour aller voir les arbres en me disant qu’il y a des amis qui sentent vraiment bon. Une odeur plus forte encore qu’une forêt au grand complet après la pluie.
Photo: Marin Blanc Ce samedi-là, j’ai pris la route pour aller voir les arbres en me disant qu’il y a des amis qui sentent vraiment bon. Une odeur plus forte encore qu’une forêt au grand complet après la pluie.

C’était un samedi matin de silence. De café qui prend une heure à boire, sur le balcon, en me demandant si ça vaudrait la peine de rouler jusque dans les Laurentides en après-midi, juste pour être entourée de forêt. Bien sûr, vous me direz que les forêts valent toujours la peine. Je suis d’accord. Mais l’affaire, c’est que ce n’était ni laid ni beau dehors, alors il fallait le p’tit coup d’pied au cul pour aller mettre du gaz dans le char, et accepter qu’il faudrait revenir tôt. C’est rendu cher, les locations de chalet. Et ils sont toujours tous loués anyway, même les plus laids. Ça faisait beaucoup de char le même jour pour aller dire salut aux arbres…

En buvant mon café, je regardais les stories sur Instagram. C’est là que j’ai vu que mon amie Marie-Pierre, elle, au même moment et à une trentaine de rues de chez nous, prenait son café dans la cour de sa nouvelle maison. Une cour qui, la veille, n’était rien d’autre qu’un ramassis de vieille terre ayant survécu à l’hiver. Et là tout à coup : de la tourbe et des planches dans tous les racoins, des gars avec des marteaux qui pendent sur les jeans, des fleurs à planter. Marie-Pierre et son chum venaient d’y emménager, leur première maison à eux-juste-eux, où tous les possibles étaient à imaginer et bâtir.

— Wow, Marie, c’est qui eux autres ?

— Les amis de Stéphan. Ils sont arrivés tôt pour aider à construire une remise. On va aussi essayer de faire un genre de bar avec les restes de planches pour la cour!

— Célibataires ?

(S’cusez-la, ça faisait longtemps qu’on était enfermés.)

— Hahaha. Viens-t’en. Je m’en vais acheter de quoi faire des hot-dogs, je vais être revenue dans une heure max.

— […]
 

— Faque… tu viens ?

— OK, mais tu leur dis pas ce que j’ai dit, han ? Je veux surtout pas passer pour une obsédée. ;)
 

— Bin non. Tu t’ennuies de ta chum, t’as pas tes enfants aujourd’hui, tu viens voir sa cour avant d’aller dans l’nord. That’s it.
 

— T’es parfaite.
 

— (T’es obsédée.) xxxxx

Même pas midi et voilà que je mangeais des hot-dogs. Et c’étaient, ce jour-là, les meilleurs hot-dogs de ma vie. Les gars travaillaient fort et ils étaient dans leur bulle de projet. Alors Marie-Pierre avait décidé que, dorénavant, elle saurait se servir du barbecue. Juste ça, je trouvais ça hot. Entendez-moi bien, là. Je sais très bien qu’une femme est capable de faire du barbeq. Mais moi, plus je vieillis, plus j’ai peur de la bonbonne de propane. Elle a mis les pains et les saucisses végé sur le gril ; je me suis occupée d’aller déposer toutes les garnitures sur la table à pique-nique : relish, moutarde, ketchup, mayo, cornichons, fromage, tomates, épinards.

— Crisse, est-ce que ça va encore goûter la saucisse avec tout ça ?

— C’parce que t’es pas obligée d’tout mettre…

J’ai tout mis, et c’étaient les meilleurs hot-dogs de ma vie. (Mon fils adepte du hot-dog pas de saucisse juste pain moutarde trouverait ça sûrement dégueulasse, mais ça, c’est un autre sujet.)

Dans cette cour qui sentait la fumée, ça sentait aussi un début de renouveau.

 

Ça sentait les chums-de-gars-depuis-le-primaire qui construisent une remise pendant deux jours, sans jamais rien demander en retour.

Ça sentait l’amie qui est toujours là pour donner un coup de pied au cul. L’amie qui m’invite chez elle que j’aie un chum ou non, que je sois avec les enfants ou non, et que je puisse rester cinq heures ou quinze minutes.

Un hot-dog végé cent fois meilleur que celui du IKEA, il faut le faire.

 

Ce samedi-là, j’ai pris la route pour aller voir les arbres en me disant qu’il y a des amis qui sentent vraiment bon. Une odeur plus forte encore qu’une forêt au grand complet après la pluie. Et c’est à ces gens que j’avais envie de rendre hommage (même ceux que je ne connais pas) : ceux qui disent OK, j’m’en viens t’aider, et les autres qui disent viens-t’en.

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