Un quart de siècle d’incubation de talents technologiques à la SAT

La Satosphère de la SAT
Photo: Sébastien Roy La Satosphère de la SAT

Si Montréal se targue toujours d’être une destination nord-américaine de choix pour la qualité de sa vie nocturne, si elle peut revendiquer le titre de capitale de la créativité numérique, c’est beaucoup grâce à la SAT, la Société des arts technologiques. Sis sur le boulevard Saint-Laurent, l’incubateur de talents en musiques électroniques et en création visuelle immersive célèbre vendredi et samedi son 25e anniversaire avec deux soirées où se croiseront les vétérans et la relève des DJ et VJ ayant développé leurs talents grâce à cette institution montréalaise.

Travaillant aujourd’hui dans le domaine de l’événementiel, Bruno Ricciardi-Rigault a contribué à la programmation de ces deux soirées anniversaires. Il y a 25 ans, il était aussi aux premières loges de la naissance de la SAT, et l’affiche de l’événement de vendredi soir porte sa signature.

On y lit les noms de « ceux qui étaient là depuis les débuts et qui sont toujours actifs aujourd’hui », Maüs, Pfreud, Cristobal Urbina, sweet daddy luv, Mighty Kat. Mais aussi Pheek et Mateo Murphy, « ces deux-là comme un petit clin d’œil aux soirées Epsilonlab, qui ont beaucoup compté, à l’époque ».

Au tournant du siècle, la SAT est devenue la façade officielle d’une scène musicale alors encore incomprise. Avec le festival MUTEK et le café Laïka, qu’avait cofondé Bruno Ricciardi-Rigault, la SAT a fédéré toute une génération d’artistes du son et de l’image, grâce au soutien constant et à la vision de sa fondatrice, Monique Savoie, qui fut honorée par l’organisme plus tôt cette semaine.

« Oui, c’est devenu une institution, affirme Ricciardi-Rigault, mais c’était surtout un tremplin pour de nombreux acteurs » qui se sont découvert une vocation pour ces arts numériques. Le studio Moment Factory, dont la réputation n’est plus à faire à travers le monde, est pratiquement né entre les murs de la SAT.

Vingt-cinq ans plus tard, l’institution s’apprête à vivre une nouvelle révolution. D’abord par le renouvellement de ses troupes, désormais dirigées par la directrice générale Jenny Thibault, en poste depuis neuf mois.

« Cet anniversaire nous oblige à faire un exercice de mémoire et à nous replonger dans les nombreuses archives de la SAT, estime la directrice. Et l’exercice nous force à nous questionner : pourquoi on fait tout ça ? Cette réflexion a orienté la rédaction de notre plateforme stratégique. »

Au cœur des objectifs que vise la SAT, explique Jenny Thibault, se trouve l’idée de la « société » dans le nom — « Un nom qui a très bien vieilli, d’ailleurs, on n’a pas mis le mot “numérique” dedans, qu’on voit partout, j’en suis bien contente ! » La notion de société, de communauté, doit continuer à servir de phare à l’organisme.

« Je veux que la SAT devienne ce carrefour d’idéations, d’expérimentations, de rencontres inusitées entre différents artistes provenant des arts vivants, bien sûr avec ceux issus des nouvelles technologies. L’idée de base de la SAT, c’était ça : un lieu pour expérimenter, inviter des gens, des chercheurs, des artistes, des entreprises, pour collaborer », ajoute la directrice, qui tient à ouvrir encore davantage les portes de l’institution pour la rendre encore plus accessible « à tous les créateurs ayant envie d’expériences ».

Une expérience collective

 

Avec l’appétit du public pour les innovations technologiques et les expériences immersives, la pionnière SAT a vu apparaître plusieurs autres lieux voués à la création numérique depuis sa fondation.

« L’offre est vaste, reconnaît la directrice générale. Alors, quelle est la spécificité de la SAT aujourd’hui ? Je pense que c’est l’immersion, mais collective. L’expérience en groupe. La Satosphère, ce n’est pas un casque de réalité virtuelle. Ça se vit collectivement, c’est social. »

Le grand dôme du dernier étage de la SAT inauguré en 2011 subira bientôt d’importantes rénovations, tout comme le reste de la structure, d’ailleurs.

Un budget de plus de 17 millions de dollars permettra dès le début de 2023 la réalisation de travaux qui viseront à améliorer le centre de formation, le centre de création, le département de recherche et financement et les lieux de diffusion de la SAT (qui comprend également une terrasse, un café et un restaurant).

Cette somme provient d’abord du gouvernement du Québec, puis du Canada, de la Ville de Montréal et des activités philanthropiques de la Société.

Le party

 

Le rez-de-chaussée, une salle d’une capacité de plus de 900 spectateurs, sera enfin débarrassé de ses encombrantes colonnes et sera mieux insonorisé et climatisé.

Le Party du 25e se poursuivra samedi soir avec les artistes de la relève Clickbait, Donotstealmyname, Gabriel Rei et Leëf (sur la terrasse) ainsi que les vétérans Fred Everything et Poirier dans la Satosphère, rejoints par The Fitness et Ledisko.

Les VJ invités ce week-end seront Diagraf et TiND (vendredi), et Melesul3 et Binocle (samedi).

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